Hashimoto Takako / 橋本 多佳子 (1899 - 1963 ) : « Comment dormir... »
Comment dormir
quand la mer ne dort pas
Traduit du japonais par Dominique Loreau
In « Aimer la pluie, aimer la vie »
Editions J’a lu, 2001
Comment dormir
quand la mer ne dort pas
Traduit du japonais par Dominique Loreau
In « Aimer la pluie, aimer la vie »
Editions J’a lu, 2001
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Droits d'auteur : Emil Zander
Dans d’autres espaces
anges sommes-nous plus beau dans l’incertain
entre ici et là-bas nous sommes là
nous parlons ensemble par le biais d’appareils
les voix sont dans l’écouteur la respiration
nous sommes à l’autre bout de quelle ligne
en pensées en souvenirs nous nous voyons fixés
sur des photos le temps passé
en vol nous sommes un assemblage
d’ombres d’effleurements des manuscrits
invisibles en chair et
en sang nous sommes des papiers qui nous
expulsent citoyens du paradis
LOST IN LOVE il y a de l’espace pour toi
entre les mots il y a de l’espace pour moi
entre les images nous nous promenons
quand nous les anges sommes plus beaux laissez-nous
tomber
Traduit de l’allemand par François Mathieu
In, « La poésie allemande contemporaine »
Editions Seghers / Goethe-Institut Inter Nationes, Paris, 2001
In anderen räumen
sind wir engel schöner im ungewissen
zwischen hier und dort sind wir da
sprechen miteinander durch apparate
sind die stimmen im hörer das atmen
am anderen ende welcher leitung sind
in gedanken in erinnerungen auf fotos
sehen wir festgehalten die im flug
vergangene zeit sind wir aus schatten
von berührungen zusammengesetzt hand-
schriften unsichtbar in fleisch und
in blut sind wir papiere die uns aus-
weisen als staatsbürger des paradieses
LOST IN LOVE es ist raum für dich
zwischen den worten ist raum für mich
zwischen den bildern gehn wir einher
wenn wir engel sind schöner so laß uns
fallen
Blue Box
Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1995
Voir aussi :
Meubles / Möhel (29/06/2025)
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Photo : A.-M. Guérineau
Irrésolu
On entend le grondement
des années la tempête
approche encore
le vol des oiseaux s’interrompt
avec la fatigue de nos rêves
les blessures inguérissables
la saison à laquelle on renonce
on n’y voit plus rien
à l’ombre
d’un autre monde
Des corps flottent
à la dérive comme
nos espoirs se disloquent
après l’incendie
on arête d’avancer
la bête que rien n’effarouche
traverse la rafale de nos pas
Une luciole a pris possession
de la nuit une autre
l’a rejointe et d’autres encore
tombent
comme de lourds flocons d’hiver
sur la ville les lucioles
replient leurs aides ignorent
ce que détruit la chute
On lèche les os de l’histoire
il n’y a pas de mot simple
dans la bouche de l’orage pas
de repentir on avale les sacrifices
on gruge l’amour on invente
une pluie de poussières
pour remodeler
la route et les brouillards
Quand l’arbre s’incline
vers sa solitude il reste
un monde harnaché
dans ses glaces
le récit de la cause
et l’effet
une marée de l’après
le cœur irrésolu
in, « Haute tension. Poésies françaises d’aujourd’hui »
Le Castor Astral, 2022
Voir aussi :
Mes forêts (18/06/2025)
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La mer
..................................................................................
*
La mer brûle, en elle l’été s’est avancé. Le soleil
entre dans ses yeux et lui raconte son essence et
son histoire.
Après la ferveur, la fraîcheur. La mer accourt
et le recouvre, ses yeux brûlent dans l’eau. J’entends
ses chocs ses bruits ses rumeurs... Elle est un
tissu dont la verticale est d’eau et l’horizontale
de lumière. Elle raconte son essence liquide et son
histoire lumineuse.
*
Protubérance aux chaudes couleurs roses
contrastant avec la couleur argent de ta
couronne, ô soleil ! Ma couronne est une
lune diffuse...
Poursuivi, poursuivant, poursuivi,
ô soleil ! tu as absorbé les siècles passés
dans ton centre mou.
*
« Tu es un nain, dit la mer, par rapport aux autres
étoiles. »
« Ne perds pas de vue mon omnipuissance, dit
le soleil. Mon baiser appliqué à toute ta surface sera
le cataclysme attendu. »
*
J’ai dit : le fanatisme de la lune. Quand
la mer est verte comme la surface de l’Islam et que
le soleil froid plonge en elle, comme une épée, la
lune, la lune à la lèvre serrée, ferme le triangle
céleste dans lequel nous sommes tous emprisonnés !
*
ô mer, qu’ai-je besoin de te savoir
profonde quand ta surface, déjà, désespère,
de te savoir pacifiée, quand tes lèvres
sont des machines éternelles,
de te savoir sacrée, toi femme, et
femme adultère, et femme profanée...
*
J’ai dit : la pâleur de la mer, le désastre
du soleil, la douleur de la femme, l’or rouge ellipse
tendue contre le sol et contre le ciel essence et
forme de l’homme, et le sommeil unique de chaque
,nuit où chacun s’enveloppe dans le sexe et la pitié
pour soi-même. Les rêves coulent comme rivière
et parfois éclatent pulvérisés comme les grands
cratères de la lune, dispersés en fine poussière de
poussière...
*
Il n’y a qu’une « mer » ; océans, golfes, baies,
tout cela est un. Ce grand réservoir est en partie
dans les glaciers, en partie dans les nuages. La mer est
un esprit changeant constamment de forme ;
c’est un fluide lourd, c’est de la brume, du nuage,
du cristal de neige. C’est un mélange de gaz.
C’est un ange vaste aux membres dilatés, hydrophile
et aberrant.
Elle est indivisible. Elle a ses saisons ; la furie froide
et grise de l’hiver, l’œil du printemps, les eaux
chaudes et la boue bleue, les migrations de l’automne ;
la lumière froide qui ne perd pas de l’énergie, les
poissons vêtus de luciférine ;
les animaux errant dans son ventre qui la remplissent
d’angoisse ;
Le mirabilis qui a une goutte d’huile dans le corps,
comme une lampe sacrée.
Elle a :
les montagnes sans ombres du fond de l’océan ;
les éruptions volcaniques sous-marines, ses
colères... ;
les bêtes du silence aux multiples voix ;
des fleurs qui sont des animaux enracinés ;
des profondeurs qui ressemblent au ciel étoilé ;
ceux qui croient que la Terre a été arrachée
au Soleil par une comète filante ;
ceux qui croient qu’il y eut un temps où il
n’y avait que des éclairs incessants ;
l’eau qui dissout tout ;
la folie propre, un cyclone.
Elle dit :
« Toi, soleil, Râ, Marduk, Inca, jadis mon père
aujourd’hui mon amant, fais que je revienne
en ton oeil et en ta matière,
fais que je remonte jusqu’en ton royaume,
ou alors redescend en mes profondeurs. »
*
Une armée de flux et de reflux monte la garde
autour du Reflet du soleil, tandis que partout, sur la
surface fraîche et compacte, et nullement résistante
et nullement vénérable de l’eau souveraine il se
laisse, souverain, s’étendre et se multiplier.
Multiple et un, l’un et l’autre à part et en même temps,
leur image égale, l’un dans l’autre et pourtant
aussi réduite et arrondie, voilà qu’ils savent
mutuellement, par l’érotisme et par l’innocence,
qu’il n’y a ni dualité ni unité, mais le multiple
toujours un, commencé à l’aube, recommencé
au crépuscule
J’ai vu la mer dans la cellule et la cellule
au milieu de la mer.
J’ai vu la mer dans le soleil et le soleil
au milieu de la mer.
J’ai vu la mer dans ton œil et ton oeil
au milieu de la mer.
1948
Je suis un volcan criblé de météores
Poésies 1947 – 1997
Editions Gallimard (Poésie), 2023
Voir aussi :
Beyrouth (22/06/2025)
: La mer .1 (26/06/2026)
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La mer
Je voudrais te parler de la mer, de sa patience,
Du soleil enchevêtré en elle. Te dire
les cuivres assourdis par les eaux
*
La mer hallucinée : la nuit offerte
au souvenir et les eaux demeurées en révolte. Il y
eut une querelle nocturne. Le tonnerre
déchira les nuages.
Liquide, liquide, incapable de se briser, femme, elle sait qu’il lui
est impossible de se diviser pour mieux
l’enserrer. Elle clame son immensité.
« C’est à la mesure de mon immortalité, dit-elle, que
ma douleur est géante. C’est pourquoi ce creux est
rempli du liquide vert du souvenir Je hante l’espace,
le lieu où rodent les faucons ».
Avec quelle clarté dans la mémoire on se
souvient de la mer !
Le soleil dit « la mer est la vie originelle,
je suis les vignes futures et la vigueur des panthères. »
La mer est femme sur les genoux de l’aube.
*
La mer bouge dans nos lèvres et s’élève comme
murailles dans nos yeux. Nous avons mal à sa pulpe.
Le vent dérange nos cheveux pour en faire piques
et épines, le voici comme une paume sur l’échine apaisée
des eaux.
L’éternité court sur la matière fluide, ni
mouvement, ni essence de la ligne, ni la trace
presque de chair d’un baiser quotidien, mais le
visage lavé et délavé de la mer.
Présence continue, satisfaite, extase à la
face du ciel et accomplissement de l’eau en ses
espèces. Gloire répétée du soleil.
Immolation de l’étendue pacifiée, silence et
lenteur de ses eaux, extase de ses vagues soumises et
figées en nappes et en plaines, gloire immémoriale
et sacre du soleil.
*
Elle dit :
« soleil :
mouvante pieuvre dans les eaux du ciel
rose allumée comme un tatouage au milieu
de mon ventre
pieuvre qui enfle et me soulève
en vagues de torture,
les tentacules sont les chemins
de ma clarté et de ma mémoire ! »
*
ô soleil des journées exaspérées, éphèbe
du premier jour, la mer dit : « je suis ton Eglise
première, car il n’y a point d’ombre en toi »
la mer merveilleusement souple pour les accouplements
diurnes....
*
Je suis exposée à la nudité de la lumière et
abandonnée à la lèvre multiple de la mer
je suis liquide élément liquide
la terre, ses volcans, ses ravines, sa colère
Je suis ses torrents et sa vase et son limon
et son printemps
Liquide élément liquide
Je suis la mer et unie à la mer
*
Même en ta colère, ô mer, ton silence de
Haute-Egypte a la densité du plomb.
J’ai vu la mer dans la cellule et la cellule au milieu
du soleil et le soleil au centre de tes yeux et ton œil
dans le ventre de la mer...
*
J’ai dit : la mer est seule. Réduite
à son état d’objet. Abandonnée dans son essence
liquide par le visage sans larmes de la lune. Les
volcans ne crachent plus. La lune, la lune au
visage sec, aux terres arides, la lune ne déverse
plus que des flots falsifiés
*
Elle dit :
« soleil :
tu n’es pas matière,
tu n’es pas matière,
tu n’es pas conquis,
tu n’es pas habité,
tu n’es pas un cygne
et ta face n’est pas un cancer,
mais tu es dieu
et père de la lumière
et frappé de folie
et baigné par la mer ! »
« Tu es un soudard de la mer, vulgaire
éclatant ! »
et le soleil dit :
« tu es le vin de mes orgies,
victoire de mes continents mes armées mes
vaisseaux qui marchent pour te livrer bataille ! »
*
La mer seule !
Dans le matin triste, femme elle s’est lavée.
L’eau est fraiche, le ciel est frais. Elle traîne,
traîne, s’attarde sur les cailloux, retourne les
galets. Si elle n’était immense et de si longue
date, je l’eusse dite gamine et abandonnée.
Incestueuse. C’est là son orgueil. Elle s’assied
sur les routes et le raconte au premier venu. D’où ces
îlots de tempête qui, plus loin, se calment. C’est
un sourire qu’elle vous prête quand elle porte à ses
lèvres une anémone dérobée aux vagues.
*
Matière aussi mouvante que mer sous le soleil
nr pourrait pas être l’origine et comme l’essence
de mon souffle à ton souffle mélangé.
Jamais n’ont vu le jour les murailles de la
distinction de la femme d’avec la mer, du soleil d’avec
ton visage.
Perverse, l’une, et pourtant plus innocente
de ne pouvoir n’être nue que la clarté à la nuit opposée,
et plus heureux que le soleil toi qui détient les
cordes de la marée...
Le soleil dit : « la mer grogne comme chienne.
Je vais armer mes archanges et mes couteaux
seront pluie en un jour d’orage ».
Elle dit : « Il ne veut pas savoir qu’au loin c’est encore
moi qu’il va recouvrir de sa lumière,
dans le jour éternel, dans l’espace nu ».
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Je suis un volcan criblé de météores
Poésies 1947 – 1997
Editions Gallimard (Poésie), 2023
Voir aussi :
Beyrouth (22/06/2025)
Lascaux
Dans l’étreinte des origines
de ses secrets murmurés
lorsque tremblent ou se figent
les signes morcelés
un instinct de lumière
nous parvient.
Font-de-Gaume
Entre les roches étroites
tout le relief
frissonne de couleurs
aux énergies adverses
alliances scellées
par les magiciens de l’ombre éblouissante.
Revue « le nouvel Ecriterres, N°3, Automne 1990 »
29720, Plonéour-Lanvern, 1990
Voir aussi :
"La terre durcie ..." (23/04/2023)
Le Menec / Les pierres plates-Locmariaquer (13/04/2024)
La tranchée de Glomel (25/04/2026)
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Intervention d'Elen Riot, ethnologue. Colloque au Sénat, le 5 mars 2018
Seizaine
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9. Nuit à cinq heures : trois récits
Tout à coup le jour est tombé
Et tu te perds dans la nuit
Tu tâtonnes de rue en rue
Tu vas de maison en maison,
Tu colles ta main au carreau,
Ceux où brillent une lumière,
Tu vois à travers la buée
la petite fille aux allumettes
sur sa boîte jaune et bleue
la boîte que tout le monde a.
Tu suis pas à pas dans la neige
L’enclos du jardin d’hiver
sous la neige tu reconnais
du bout des doigts la barrière,
les pointes de palissade en bois
puis voici l’orangerie vide,
et sa vitre au verre cassé.
Comme un grelot, cloche félée
La vieille église sonne l’heure,
dans le silence, comme un guide,
te semble lancer un appel,
Les vagues battant dans ton dos
Appellent aussi et résonnent
De l’autre côté des remparts.
Tu discernes l’écho des sons
Et même les ombres dans l’ombre,
Mais tu peines à avancer
tu glisses sur le sol gelé.
Jusqu’au sommet de la falaise
Dont tu ne trouves plus le chemin
Mais où se trouve ta maison
Tu dois encore remonter.
L’église enfin, est devant toi
Une chorale ce soir y chante
Et les cierges sans doute y brûlent
Car un fable halo doré
La découpe comme au ciseau
dans la brume et l’obscurité
comme un tremblé dans les vitraux,
ou c’est la bourrasque qui souffle.
Un enfant, je croirais rêver,
Sur sa luge, glisse la neige,
Depuis la falaise, l’ensevelit,
Mais non, il passe et me sourit.
La neige poudroie comme une traîne
Le givre crisse sous mes pas.
***
Parce qu’il fait un froid de loup,
Cette nuit, tu croirais qu’il hurle,
Ou qu’il parle, qu’il est là.
Les neiges vont s’éparpillant
une herbe grise couvre les champs
la terre a durci sous la glace
au loin, sur les berges du fleuve
sur les rivages de la mer
l’eau s’accroche à chaque pierre
des falaise battues au vent
toi, n’espère rien de nouveau
de neuf, de la nouvelle année
non rien de neuf, n’en attends rien
si les vents venus de l’ouest
t’amènent un jour le printemps,
sa douceur bientôt passera,
l’année égrène une à une
le jour du mois, l’heure du jour
chaque heure dans le sablier
qui grandit a diminué
les coffres s’emplissent de sable
les granges se vident du grain,
rien à attendre du soleil,
la lune ne dit plus rien de plus,
croît et décroît, s’étire et s’efface
quand dans un grand tourbillon,
les ombres et le froid s’en vont,
toi, n’espère rien de nouveau
de neuf, de la nouvelle année
non rien de neuf, n’en attend rien.
***
Comme je marchais plongée dans mes pensées
un soir de promenade
semblable aux autres soirs
sans savoir que j’avais
de fait un peu tardé
Longeant la rive bleue
Luisante, prise en glace
Voici que vint la nuit
Soudain, pressant le soir
telle une nasse où l’eau
ne passe plus, se fige
pas une étoile au ciel
une brume descend
elle tombe telle un lourd rideau de velours
Un vol d’hirondelles,
Non, des grèbes peut-être,
Prestes, passe à tire d’ailes
Et dans le ciel s’égaille
Son frôlement s’éloigne
Et la neige tombe
Tombe d’une branche
Sur l’autre branche et ploie
Les cimes vers le sol.
Depuis le chemin creux
Que j’emprunte à l’aveugle
Contre la roche des murailles
L’écume monte, je l’entends, j’entends son souffle
Son souffle qui appelle,
Et soudain je vois, là,
Devant moi, l’étoile,
L’étoile du soir, guide
Sur le chemin poudreux,
Guide au long des remparts,
Qui semblent plus ombreux
A chaque pas, j’entends
Le sol dur qui résonne
Et mon coeur qui cogne,
Mais je suis le chemin
Que l’étoile me donne
Dans le silence obscur et profond des champs
10
Le carex des marais y pousse
Ses laîches percent le brouillard
Et se dressent comme une armée.
Tu traverses les prés en herbe
Pour l’église de Martebo,
l’inclusorium y figure
comme un lieu à visiter
que conseille le guide bleu
comme une originalité.
C’est un espace de prière
sa galerie autour du chœur
reste invisible des travées
et dans cette chambre fermée
comme une antre pour les damnés
l’on songe à ses méchants péchés
entre maudits, l’on peut penser
rêver, peut-être, au pardon,
y croire à perdre la raison.
Sur une fresque peinte au mur
On écime, étête, décorne,
Bonne tradition paysanne,
On trie le bon grain de l’ivraie,
Dans de grands chaudrons sur un feu
On fait bouillir la poacée.
Toi tu retournes dans les champs
Chercher la douce campanule
et ces si rares orchidées
Mais ce n’est que la renoncule
que tu trouves sur le chemin
et cette fragile hellébore
pousse quand Noël est passé.
..............................................................................
Revue « Babel heureuse, N° 4, automne 2018
Gwen Catalá Éditeur, 31000 Toulouse
Voir aussi :
Seizaine (1-5) (20/06/2024)
Seizaine (6-8) (16/06/2025)
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Lessia Oukraïnka et "La Chanson de la forêt" sur un timbre de 2020 dessiné par Sofia Karaffa - Korbout.
Paroles, que n’êtes-vous dur acier,
Qui dans les combats puisse scintiller ?
Que n’êtes-vous une épée sans merci
Pour trancher la tête des ennemis ?
Je voudrais, ô langue trempée et fière,
Te dégainer tout comme une rapière,
Mais las ! mon coeur seul saignerait ainsi,
Sans que ma lame perce l’ennemi...
J’affilerai une épée, une lance,
Selon mon savoir-faire et ma patience,
Puis au mur blanc je les accrocherai
Au rire des uns, mais à mon regret.
Paroles, ma seule arme de combat,
Soyez- sûres, nous ne périrons pas !
Aux mains de frères, d’inconnus amis,
Vous pourfendrez mieux les bourreaux maudits.
L’épée frappera les fers en tintant,
Lançant l’écho jusqu’aux fiefs des tyrans...
Rencontreras des lames fraternelles
Et, non captive, une langue nouvelle.
Mon arme ira dans les mains de vengeurs
Qui courront au combat avec ardeur...
Ô, mon glaive, sers les guerriers d’airain
Mieux que tu ne sers en de faibles mains !
25 novembre 1986.
Traduit de l’ukrainien par Ella Yevtouchenko et Bruno Doucey
In, « Ukraine, 24 poètes pour un pays »
Editions Bruno Doucey, 2022
Слово, чому ти не твердая криця,
Що серед бою так ясно іскриться?
Чом ти не гострий, безжалісний меч,
Той, що здійма вражі голови з плеч?
Ти, моя щира, гартована мова,
Я тебе видобуть з піхви готова,
Тільки ж ти кров з мого серця проллєш,
Вражого ж серця клинком не проб'єш...
Вигострю, виточу зброю іскристу,
Скільки достане снаги мені й хисту,
Потім її почеплю при стіні
Іншим на втіху, на смуток мені.
Слово, моя ти єдиная зброє,
Ми не повинні загинуть обоє!
Може, в руках невідомих братів
Станеш ти кращим мечем на катів.
Брязне клинок об залізо кайданів,
Піде луна по твердинях тиранів,
Стрінеться з брязкотом інших мечей,
З гуком нових, не тюремних речей.
Месники дужі приймуть мою зброю,
Кинуться з нею одважно до бою...
Зброє моя, послужи воякам
Краще, ніж служиш ти хворим рукам!»
Voir aussi :
Contra spem spero ! (14/06/2024)
« Parfois, lorsque j’étais fillette... » (15/06/2025)
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Cinq sourires de l’intelligentsia
I
Tant de forces, de formes, d’efforts
Sont cachés dans ce jeu de grammaire
Inventé par les arrivistes
Pour justifier leur corps d’esclaves.
Moi, je l’aime toujours et encore
Cette ville à mi-corps de grand-mère
L’impartialité des immeubles
Me procure toujours une lourde tendresse
Le jeu de l’histoire est trop bancal
Pour justifier une objectivité du mal.
L’inquiétude de toute raison
Nous ramène toujours à la neige princesse.
Mais quels fumiers ces intellos quand même
Quelle rumeur nous parvient de l’église
Où la décharge est ouverte à la brise.
Tous des vendus et tous des parasites
A les entendre, ils diraient Aphrodite
Pandeïmos – moi je dis mauvaise femme,
Eros et Thanatos. Les mystères de l’âme
Les deux lobes, droit, gauche, vous êtes bien brave
Oïkouména, les Huns, les Aryens et les Slaves
Et les passionarias qui déversent leur lave
Le logos et la gnose, les parias les esclaves
L’élaboration d’images conjonctivites permanentes
Comme moyen de stabilisation de la transcendentalité
de l’origine première
Et elle a pas crié, hein, ta mère,
Le jour où t’es née on sait même pas pourquoi ?
Pour vivre sans toit
Ni loi ?
Elle a mis au monde une limace
Toujours noyée dans ses paperasses
Hein, c’est dur, les mollusques
De traîner vos chaînes !
Mais l’avouer franc jeu ça vous ferait peine
Accueillir-nourrir l’errant maléfique
Cet hôte de nuit
votre élu christique
Vous vous la coulez douce, - francs-maçons et sophistes
Faites-vous la bise, on vous a sur nos listes.
II
Les souhaits de Bonne Année
37
N’influent pas
Sur l’état des routes
L’essence
Pue comme avant
Pareil pour votre fermentation sèche
Qui trouve dans les esprits un accueil un peu rêche
La faute à la météo !
L’horizontalité de la culture
Se transforme toujours en phase stagnante
De la verticalité des immeubles
Et c’est sans doute lié
A l’autophagie
(Pas moi – le voisin, Seigneur, pitié - grâce.)
Oui – entre les gouttes. Dans cette antiphase
Mieux vaut que je me colle à la surface
Verticale, qu’on me peigne, peut-être, en jaune
Que mon masque m’inscrive dans la flore et la faune
Oui, reprendre mon souffle dans mon masque à gaz.
Oh mais ça – fi, alors, c’est inesthétique
C’est vraiment trop facile. Et pas très hygiénique.
Le dictionnaire est réduit, déplaisants, ses morphèmes,
Sans parler des phonèmes. Les mythologèmes
Ignorent la classification de Spengler
Heidegger est absent où donc est Fûrtwengler ?
Du sophisme à foison, mais trop peu de sagesse.
Et vulgaire avec ça – confiné... La bassesse
Pas pour dire, je vous dis, mais bon, l’orthographe...
Mmouais... Et alors la syntaxe!... Son seul biographe?
Le Destin. Son talent brillera, mais à titre posthume,
Nous, des nèfles. Entre le marteau et l’enclume,
Sur les lèvres des hommes... Tu vois, tu t’en tires :
Jamais la patrie n’oubliera ton martyre.
III
C’est vrai ça, on s’aime !
Vous aussi, triples buses,
Mais nous, ça, on s’aime !!
Vous voulez des excuses !!
On passe nos nuits dans les larmes poignantes
On passe nos jours comme amant et amante
Et chaque soirée c’est les veilles démentes
Avec au réveil une paix rayonnante
L’amour et la paix, c’est ça votre ligne
Elle, elle rapporte des bouteilles à la consigne
On a dans la cour ne consigne à bouteilles
Avec ses ivrognes qu’on cogne ou qu’on paye.
Et dans notre intérieur on a tant d’abondance
De tendresse et d’amour. Cette toute puissance
Impuissante n’est pas susceptible d’admettre
Un reflet sur la page. Elle est -vantardise – un être
En lui-même, et donc, vantards, on se vante on se flatte
On se flatte, on se vante, on se vante on s’éclate
On fait preuve – disons – d’indécente inconduite
On nous dit « exhibi... » on répond « la suite ! »
Disposant d’Organes-Passion Gigantesques
On attrape la grippe pour le seul pittoresque
De se dire « souffrants », supposant confitures
Sucreries et tout juste une température
Acceptable. Car quoi ? On est tous asthmatiques.
Le manque de souffle est le programme unique
Et si on trouvait un programma assez clean,
On n’aurait pas même besoin d’aspirine.
IV
sans le sun, pas de fun
Solennissime Pont !
Péan !
Péon.
Pivoines !
Qu’une pensée d’instant
Transforme en texte idoine
Sous un ciel transparent
Où Thalie ment aux dieux
Sur un sommet pointu
J’ai décrété « j’ai lieu »,
Un flot des plus pressants
Repousse les espaces,
Des couples amoureux
Aux yeux qui s’entrelacent
Soudain le sun sun sun
D’in faut pris sur le vif
Démultiplie le fun
De l’écrivain rétif.
Oh, les semi-cristaux
Des victoires infimes,
Frêle salutation
Nécessairement fine
Réserve d’eau pensée
Où sous l’écume-crainte
Trouant pour traversée
Ils fuient, hors de contrainte,
« Prosaïsme flamand
Vulgaire », pauvre image
D’anciens festins du mage
Devant les éléments,
En quoi vaudraient-ils mieux
Que nos discours déments
De terrariums miteux ?
V
Chacun a eu droit à sa jolie cage
Chacun peut noircir et blanchir ses pages
Dans sa chambre avec livres pour bibliophiles
Du contexte et des plantes 100% chlorophylle
Ils ne demandent rien, juste qu’on ne leur mette
Pas de croix sur la porte ou sous leur sonnette
Vu qu’ils sont au courant, cette sale engeance,
Ces fumiers, ces poètes, ces ce que-je-pense,
Frappés par le verbe, tremblant comme des feuilles
Le seul truc qu’ils attendent c’est qu’on les cueille.
Ô gros cul de Russie, seul endroit fertile
Ave désinfection et odeur subtile
C’est le stade infantile – sexualité anale
Jusqu’au stade sénile, retour à la normale.
J’écris çà au-dedans, pas hors des frontières,
Notez ca, ça vous fait une vraie matière
Ca vous met dans les transes pour vos partouzes
Plumitifs, fonctionnaires, barbeurs et barbouzes,
Oh baisers de Judas à se taper le ventre !
Des bagnards décorés. A se faufiler entre
Les pauses-cigarettes. L’as de carreau du bagne
L’araignée-rouge sombre, le feu qui vous gagne
avril 1983.
Traduit du russe par André Markowicz
In, Kari Unksova : « La Russie l’Eté »
Editions Mesure, 2021
Voir aussi :
Stances classiques / КЛАССИЧЕСКИЕ СТАНСЫ (06/06/2024)
« Le ciel qui se lave... » (13/06/2025)
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Madeleine *
Toute sa douleur s’est fondue en confiance
la flamme d’une bougie blanche
vigilante et calme comme un jour d’automne
apaise les plis de son voile
et ses longues mains qui s’affligent
Au loin du vent se pose
muet sur les armoises
Toute la mer s’est retirée en sable
et panse avec ses gestes de patience
une blessure obscure
Si deux mains lavées de lumière
se lient doucement pour lever
hors de la combe ouverte entre les genoux bleus
la tête au front poli comme un galet
le jour ira jusqu’à la délivrance
Elle a courbé ses paumes
autour du globe nu
et le tient devant l’aube
Nul miroir nul cilice
la flamme peut s’éteindre
Halée par la marée au large
la nuit laisse un ciel d’eau
limpide sur la lande.
* Sur un tableau de Georges de La Tour
In, André Markowicz : « Partages, 2015-2016) »
Editions Mesures, 2023
Voir aussi
:
Retour / Allège (08/06/2021)
Le bois des fables (10/06/2022)
Lucarne / Grèbe (10/06/2023)
Effraie / Roseaux (30/05/24)
Pluie (1) (08/06/2025)