Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Femmes en Poésie
20 février 2026

Heather Dohollau (1925 – 2013) : Après Saint-Pétersbourg

 

 

 

Après Saint-Pétersbourg


 
 

Il y a de l’herbe très longue en chevelure

 

Où le vent souffle les vagues à l’écume de fleurs

 

Bleuets, coquelicots et marguerites

 

Le ciel est haut et bleu, il y a peu de bruit

 

Les hangars ont deux noms dont l’un s’efface

 

L’avion nous mène jusqu’à la     porte

 

Et là nous attendons dans le calme

 

D’un Oblomov qui dort sa vie aux champs

 


 
 

Après le métro la sortie dans la rue

 

Qualifiée entre toutes de grande

 

La Perspective Nevski mais à cette heure

 

Le fleuve en coule à peine

 

Les ombres incertaines font peu de pas

 

Les rondes de poussière rôdent dans les coins

 

Et sèment le vent

 

Mais après un pont on tourne à droite

 

Là où des arcs de lumière imposent

 

Une écluse sombre avant la vaste place

 

Elle aussi presque vide sauf près de nous

 

Où un homme joue du cor pour quelques-uns

 

Et convie tout l’espace à sa seule joie

 


 


Un luxe d’espace : les palais et les parcs

 

Ici où les êtres ont droit à peu de place

 

Où comme François et ses petits frères

 

Dedans recèle dehors par transparence

 

Et l’homme vit dans la guérite de sa tête

 

Mais il y a une aisance du désir

 

Sans les contraintes et c’est en enfants sages

 

Que nous touchions de nos yeux aux plis de rêve

 

Les surfaces hors des doigts vivent des miroirs

 

Et seuls les spectres colorent le temps qui passe

 


 
 

TO THE FINLAND PASSION

 


 
La statue encore sur son monticule

 

De voiture blindée en Lego de pierres


 
................................................................
 


Mais c’est Samedi et l’été

 

Et le soleil prend le train

 

Vers la forêt où les arbres au ciel

 

Ont à leurs pieds des myrtilles

 

Comme nos vies en cueillent par terre

 

Les heures et les gardent en main

 

En léger viatique

 

Et les chemins clairs déroulent

 

Leurs pansements de silence

 

Sous nos pas

 


 
 

AKHMATOVA A KOMAROVO

 


 
 
Non, ils ne sont plus les mêmes

 

Vos poèmes lus ici

 

Habillés par les ombres des hauts nuages

 

Qui passent et qui regardent

 


 
 
Les mots ont soif de lieux

 

Des noces tremblées

 

Aux mesures d’un souffle

 


 
 
Racines d’espace

 

Où les arbres tournoyent

 

En pur abri

 


 
 
Une blessure pour si peu

 

Une rose invisible

 

Saigne sous les pas

 


 
 

Ici où les arbres en bénédiction

 

Dénombrent le silence j’entends votre voix

 

Sa venue dans la musique de ces mots

 

Qui étant pour moi étranges

 

N’ont pas d’autres sens que tout

 

Pas plus que le chant d’un oiseau

 

Ils ne se séparent de l’instant

 

Et sa rondeur de miroir 

 

Au fond d’un puits

 

Ou sur le mur d’une vie

 


 
 
                                           
               KOMAROVO

 


 
 
Quelques heures de lecture sur un banc

 

De jardin public en bordure de route

 

La poussière et le bruit ratissent de près

 

Mais les arbres sont hauts et au soleil

 

Les passants portant couleurs de l’été

 

Se meuvent en transparence sur les eaux des yeux

 


 
 
Les jardins d‘Eté sont des lits de feuilles

 

Tombées au travers d’heures qui furent uniques

 

Une musique jouée ici sous les arbres

 

Un dimanche matin seul de toute une vie

 


 
 

Les petites choses : une boîte de laque rouge

 

Avec un héron ou peut-être une grue

 

Porté en signe léger entre ciel et terre

 

notre immortalité en brindilles d’or

 

Sur une nappe de sang

 


 
 
Des livres de la taille d’une main

 

Aux doigts serrés ou un oiseau bleu

 

Se pose parmi les fleurs

 

Et change de place

 

Suivant la coupe du sort

 


 
 
Deux toiles de Monet d’une grande taille

 

Où la gardienne de la salle me montre

 

Dans l’une, une datcha dans une clairière

 

A peine visible, dans l’autre

 

Une ronde de statues comme une bague de fée

 


 
 
Ces images glissées parmi les valises

 

Chargées des livres des autres – les grandes ainées

 

Les voix qui portent une terre et toutes ses heures –

 

De la menue monnaie pour un proche cerbère

 


 
 

PASTERNAK A PEREDELKINO

 


 
 
Ici à la lisière de la peur

 

Sous une armure de rosée et de feuilles

 

Froissées au moindre vent

 

Les mains transpercées d’herbe

 

Sous le regard penché des nuages trop hauts

 

Dans une fragilité de mots

 

Se dressait une transparence

 

Et ce qui se poussait libre

 

A son ombre radieuse

 

 


 
 

La terre âgée.


 
Editions Folle Avoine,35023Bédée 1996

Voir aussi :


 « Matière de lumière les murs… » (14/01/2017) 


« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017)


La terre âgée (21/03/2017)


L’après-midi à Bréhat (28/04/2017)


Mère bleue (05/03/2018)


L’ombre au soleil (05/03/19)


Le tertre blanc (05/03/20)


Paulina à Orta (05/03/2021)


Lieux (06/03/2022)


Fleurs 05/03/2023)


Les larmes de Carthage (05/03/2024)


Octobre Toscan (25/02/2025)
 

Commentaires
Femmes en Poésie
Archives