Debora Vogel (1900 – 1942) : Motif d’Automne / Brouillard d’Automne
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« Figures du jour & Mannequins », Debora Vogel (Détail) © La Barque
Motif d’Automne
I
Une fois de plus s’ouvrent les rues
sur des perspectives de fantastiques destinées
et promettent tout. Une fois de plus.
Et l’on se lance dans les rues
toutes les voies sont comme une seule voie
et l’on ne peut sortir de cette rue
ni de cette lasse compagnie :
Réverbères qui cachent le dernier flamboiement d’attente
sous le sourire d’indifférentes lèvres de verre
et vont un à un, qu’importe vers où...
Et arbres orgueilleux à l’incompréhensible
coloris de grande lassitude....
Et tramways retournant au dépôt...
Et l’on finit par s’imprégner de l’humeur
de cette mélancolique compagnie
en ce salon d’automne cuivré :
la lassitude de choses perdues.
Tombent les feuilles. Feuilles lasses.
Feuilles rouges, feuilles jaunes.
II
Maintenant plus rien ne va venir.
On ne doit plus rien attendre
tout devient inutile et pour personne.
Sur les soirs se déploie
un long rouleau de précieux tissu de mélancolie
brodé de motifs de choses perdues.
Et de vastes nuits bleu marine sont encore constellées
de lointaines lunes chatoyant de choses inconnues
qui peuvent peut-être encore venir. Peut-être.
Mais dans les rues de parchemin qui ne sont plus pour personne
se réduisent à rien les choses jamais advenues :
fantômes colorés sur des coulisses de grise attente.
Devant les fenêtres se dressent des châtaigniers de rouge rouille.
Sentent la cire. Le rouge cire des choses
déjà perdues depuis le début, pour toujours..
Brouillard d’Automne
Aujourd’hui est déjà inutile la grisaille
le doux brouillard, le tapis de pluie :
les feuilles sont déjà de rouille mouillée sur les trottoirs.
Les feuilles ne pendent plus sur les arbres
en attente de fantaisies de cuivre –
il y a une semaine encore étaient utiles les doux brouillards.
Désormais tout ce qui arrive est inutile.
Comme après coup. Et comme pure imitation de la vie
plein d’incertaines feuilles jaune topaze.
Et il ne faut pas s’embarquer dans des choses
car tout est déjà perdu depuis le début
tout arrive trop tard sans certitude...
Traduit du Yiddish par Batia Baum
In, : Debora Vogel : « Figures du jour & Mannequins »
Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023
Voir aussi :
Chansons à boire (03/12/2023)
Figures (25/11/2024)