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Femmes en Poésie
9 novembre 2025

Debora Vogel (1900 – 1942) : Motif d’Automne / Brouillard d’Automne

« Figures du jour & Mannequins », Debora Vogel (Détail) © La Barque
 

 

 

Motif d’Automne

 

 

I

 

Une fois de plus s’ouvrent les rues

 

sur des perspectives de fantastiques destinées

 

et promettent tout. Une fois de plus.

 

 


Et l’on se lance dans les rues

 

toutes les voies sont comme une seule voie

 

et l’on ne peut sortir de cette rue

 

ni de cette lasse compagnie :

 

 


Réverbères qui cachent le dernier flamboiement d’attente

 

sous le sourire d’indifférentes lèvres de verre

 

et vont un à un, qu’importe vers où...

 

 


Et arbres orgueilleux à l’incompréhensible

 

coloris de grande lassitude....

 

Et tramways retournant au dépôt...

 

 


Et l’on finit par s’imprégner de l’humeur

 

de cette mélancolique compagnie

 

en ce salon d’automne cuivré :

 

la lassitude de choses perdues.

 

 


Tombent les feuilles. Feuilles lasses.

 

Feuilles rouges, feuilles jaunes.

 

 


II

 

Maintenant plus rien ne va venir.

 

On ne doit plus rien attendre

 

tout devient inutile et pour personne.

 

 


Sur les soirs se déploie

 

un long rouleau de précieux tissu de mélancolie

 

brodé de motifs de choses perdues.

 

 


Et de vastes nuits bleu marine sont encore constellées

 

de lointaines lunes chatoyant de choses inconnues

 

qui peuvent peut-être encore venir. Peut-être.

 

 


Mais dans les rues de parchemin qui ne sont plus pour personne

 

se réduisent à rien les choses jamais advenues : 

 

fantômes colorés sur des coulisses de grise attente.

 

 


Devant les fenêtres se dressent des châtaigniers de rouge rouille.

 

Sentent la cire. Le rouge cire des choses

 

déjà perdues depuis le début, pour toujours..

 

 


Brouillard d’Automne

 

 


Aujourd’hui est déjà inutile la grisaille

 

le doux brouillard, le tapis de pluie :

 

les feuilles sont déjà de rouille mouillée sur les trottoirs.

 

 


Les feuilles ne pendent plus sur les arbres

 

en attente de fantaisies de cuivre –

 

il y a une semaine encore étaient utiles les doux brouillards.

 

 


Désormais tout ce qui arrive est inutile.

 

Comme après coup. Et comme pure imitation de la vie

 

plein d’incertaines feuilles jaune topaze.

 

 


Et il ne faut pas s’embarquer dans des choses

 

car tout est déjà perdu depuis le début

 

tout arrive trop tard sans certitude...

 

 

 

 

 
Traduit du Yiddish par Batia Baum

 

In, : Debora Vogel : « Figures du jour & Mannequins »

 

Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023  
 

Voir aussi : 


Chansons à boire (03/12/2023)


Figures (25/11/2024)
 

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