Josée Lapeyrère (1944 – 2007) : Edison Simons
Josée Lapeyrère en bleu avec une amie.
Parfois, le dimanche matin ,Josée Lapeyrère , va sur une passerelle qui enjambe la Seine avec des rubans de papier blanc sur lesquels elle a écrit des mots .C'est son offrande au vent. Elle les nomme ses "in-votos" (Librairie "Litote en tête » Paris
Edison Simons
(1933-2001)
dans la salle funéraire de l’hôpital européen à peine inauguré
la bouteille de vin blanc tourne autour du cercueil
d’Edi
tout petit visage au-delà de tout corps d’adolescent
en sari orangé et or
recouvert de pétales violet
dans son cercueil près de sa main gauche une page blanche déposé j’ai
autour de lui nous sommes peu 5 ou 6
(les effets de l’art de la rupture cher à Edi)
puis le cimetière du père Lachaise
le cercueil file comme un pain vers le four quelqu’un chante d’autres parlent d’
Edison fils du Docteur Simons le médecin indien en costume de lin blanc
et de la reine de beauté de Panama
dont j’ai hérité des coupes de champagne
Edi se baptisant lui-même dans le fleuve comme à Calcutta
le jour où nous nous sommes baignés (jetés) dans la Seine sous le pont des Arts
il y avait aussi Jorge Perez-Roman et sur le quai Michel et Godo
Edi la Phalène dans les bordels sur les collines de Valparaiso
le Dragon Rouge les jeux improvisés avec la clientèle et les dames
il y avait Ignacio Balcells et le Chino Sepulveda
il y a 3 ans le don des œufs frais aux passants le pur présent à la sortie du métro
– Jussieu, Saint-Paul, les Halles, Parmentier –
Edi princier et frêle couvert de coquillages et de bagues qui entre le Samedi matin
dans le café le Village Ronsard place Maubert en lisant parfois une lettre de Fédier
Edi le plus grand des lecteurs Edi guidé par le son comme par le vent
les capitaines de bateaux Edi mariant les petites et la grande histoire
et ses histoires magnifiques où se promènent majestueuses auprès de beaux
garçons fragiles des femmes impériales excessives
– Sœur Jeanne la mystique ou Médée ou Maria –
Edi sa langue serpentine et ses lettres de cette écriture totalement lisible
donnant vraiment de ses nouvelles tout au long de ces derniers 33 ans
Edi qui n’a jamais eu le téléphone mais toujours des mécènes
Edi remerciant la France pour le RMI qu’elle lui offrait
et qu’il n’avait pas demandé et dont il ne connaissait pas l’existence
et le soir plutôt la nuit tombante les cendres jetées dans la Seine à l’île Saint-Louis
le fleuve agité sa tombe bouillonnante courant très fort traversé par les bateaux
mouches où sera t’il ce soir disions-nous ? dans la Somme ? au Havre ? et demain ?
partout nulle part ici là l’éternité en mosaïque en quelque sorte Edi
In, Revue « Po&sie, N°97 »
Belin éditeur, 2001
Voir aussi :
L’autre – Entre là et ici (11/10/2021)
Moments donnés ou Physiologie des Muses (17/10/2022)
Exercices en vol - De là à ici (11/10/2023)
La quinze chevaux (1 et 2) (07/10/2024)