Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Femmes en Poésie
30 septembre 2025

Josée Lapeyrère (1944 – 2007) : Edison Simons

Josée Lapeyrère en bleu avec une amie.
Parfois, le dimanche matin ,Josée Lapeyrère , va sur une passerelle qui enjambe la Seine avec des rubans de papier blanc sur lesquels elle a écrit des mots .C'est son offrande au vent. Elle les nomme ses "in-votos" (Librairie "Litote en tête » Paris

 

 

 

Edison Simons

 

(1933-2001)


dans la salle funéraire de l’hôpital européen à peine inauguré

 

la bouteille de vin blanc tourne autour du cercueil

 

d’Edi

 

tout petit visage au-delà de tout corps d’adolescent

 

en sari orangé et or

 

recouvert de pétales violet

 

dans son cercueil près de sa main gauche une page blanche déposé j’ai

 

autour de lui nous sommes peu 5 ou 6

 

(les effets de l’art de la rupture cher à Edi)

 

puis le cimetière du père Lachaise

 

le cercueil file comme un pain vers le four quelqu’un chante d’autres parlent d’

 

Edison fils du Docteur Simons le médecin indien en costume de lin blanc

 

et de la reine de beauté de Panama

 

dont j’ai hérité des coupes de champagne

 

Edi se baptisant lui-même dans le fleuve comme à Calcutta

 

le jour où nous nous sommes baignés (jetés) dans la Seine sous le pont des Arts

 

il y avait aussi Jorge Perez-Roman et sur le quai Michel et Godo

 

Edi la Phalène dans les bordels sur les collines de Valparaiso

 

le Dragon Rouge les jeux improvisés avec la clientèle et les dames

 

il y avait Ignacio Balcells et le Chino Sepulveda

 

il y a 3 ans le don des œufs frais aux passants le pur présent à la sortie du métro

 

– Jussieu, Saint-Paul, les Halles, Parmentier –

 

Edi princier et frêle couvert de coquillages et de bagues qui entre le Samedi matin

 

dans le café le Village Ronsard place Maubert en lisant parfois une lettre de Fédier

 


Edi le plus grand des lecteurs Edi guidé par le son comme par le vent

 

les capitaines de bateaux Edi mariant les petites et la grande histoire

 

et ses histoires magnifiques où se promènent majestueuses auprès de beaux

 

garçons fragiles des femmes impériales excessives

 

– Sœur Jeanne la mystique ou Médée ou Maria –

 

Edi sa langue serpentine et ses lettres de cette écriture totalement lisible

 

donnant vraiment de ses nouvelles tout au long de ces derniers 33 ans

 

Edi qui n’a jamais eu le téléphone mais toujours des mécènes

 

Edi remerciant la France pour le RMI qu’elle lui offrait

 

et qu’il n’avait pas demandé et dont il ne connaissait pas l’existence

 

et le soir plutôt la nuit tombante les cendres jetées dans la Seine à l’île Saint-Louis

 

le fleuve agité sa tombe bouillonnante courant très fort traversé par les bateaux

 

mouches où sera t’il ce soir disions-nous ? dans la Somme ? au Havre ? et demain ?

 

partout nulle part ici là l’éternité en mosaïque en quelque sorte Edi

 

 

 

In, Revue « Po&sie, N°97 »

 

Belin éditeur, 2001

 


Voir aussi :


L’autre – Entre là et ici (11/10/2021)


Moments donnés ou Physiologie des Muses (17/10/2022)


 Exercices en vol - De là à ici (11/10/2023)


La quinze chevaux (1 et 2) (07/10/2024)
 

Commentaires
Femmes en Poésie
Archives