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Femmes en Poésie
30 juillet 2025

Izanne (19? -) : Lilith. Chant III

 

 

Lilith (Chant III)

 

 

Ce n’est ma beauté qu’on redoute


mais ma liberté


Ce n’est pas mon pouvoir qui les terrifie


mais leur faiblesse


Ils peuvent bien essayer de me bannir


de me maudire


de me conjurer


de m’exorciser


je suis immortelle

 


 
Certains affirment que je suis une légende


une illusion de l’esprit


mais j’existe


dans chacune de leurs pensées impures


dans chacun de leur geste


inutile à la procréation


je suis la caresse fatidique


et le cauchemar


de vos liaisons fétales

 


 
Vous pouvez bien me traiter de sale chienne


c’est votre queue 


qui est en l’air


ou entre vos pattes

 


 
Je ne vais pas vous caresser


dans le sens du poil


je vais vous mordre


et vous allez aimer çà

 


 
Je n’attendrai pas votre tombe


pour vous cracher dessus


et vous aller aimer


détester ça 


et vous aller vous haïr


d’aimer ça

 


 
Dans son hôtel du cul tourné


Dieu détournera les yeux


et je sais qu’il fait ça bien

 


 
Congédiée 


destituée


maudite


mais mon destin n’est pas édicté


je suis le destin


auquel ils essaient d’échapper

 


 
Mon exil n’est pas une sentence


ce n’est pas un purgatoire


mais votre condamnation à me craindre


à voir revenir la démone des démones


à laquelle vous vouez un culte


sans vous l’avouer

 


 
J’enflamme votre imagination


et dans l’au-delà de votre libido agonisante


vous entrevoyez l’aînée de la petite mort

 


 
Elle vous appelle


s’éloigne


vous incite à la suivre

 


 
Aveuglée par les étincelles de ses yeux


vous avancez à tâtons

 


 
Petit colin maillard maléfique

 


 
Vous tentez de refroidir vos ardeurs


en agitant des amulettes


en embrassant des talismans


Vous psalmodiez


en tremblant des lèvres


Vous cherchez le salut


dans l’ataraxie


le répit avec le gardénal


les plaisirs lénifiants


la vertu ostentatoire

 


 
Mais on n’éteint pas le feu


qui n’a pas besoin de combustible


et l’on sait qu’on se trouve


quand on entend


« attention tu brûles »

 


 
Vous me trouvez misandre


sardonique ?


c’est bien dans le lit de Procuste


que je me couche


que je vous touche


que je fais mouche


mais l’amour


la haine 


sont androgynes


embrassons-nous


dans la bave


de l’escargot hermaphrodite


entrelacez vos cuisses


de grenouilles de bénitier

 


 
Je me moque bien


si l’on fait à peine allusion à moi


dans leurs grimoires

 


 
     « Là se rencontreront chats sauvages et


                     chiens sauvages,


    là les satyres se donneront rendez-vous »

 


 
Mon histoire


personne ne l’écrira pour moi


et si je ne suis pas


dans leurs petits papiers


leurs livres d’école


je suis dans l’encre invisible


de leurs petits carnets noirs


Je me moque


de leurs certificats de mariage


leurs livrets de famille


j’en fait des confettis


au carnaval des faux-culs


et leurs voeux d’artifice


leur explosent en pleine face

 


 
Je me moque bien 


si je ne suis pas 


dans les saintes écritures


leur mode d’emploi des corps


le manuel d’instruction des esprits


l’abécédaire de la peur


la peur de tout, de rien


de leur propre reflet

 


l’encyclopédie des interdits


des tabous


et des malédictions

 


 
Moi ce que je lis


dans leurs yeux


c’est tout le contraire

 


 
Moi ce que je lis


dans vos yeux


c’est la soif inextinguible


des plaisirs maudits


de la transgression


et de ses frissons


la faim qui tord les tripes


la goutte de sang


au coin des lèvres du vampire


le bout de viande


entre les dents du cannibale

 


 
J’écrirai


la déclaration des droits de l’âme


qu’elle soit blanche


grise ou noire


noire 


comme la lune


MA lune


la peau de la reine de Saba


Tituba calcinée


le Spirit de Grisogono


la nuit de l’apocalypse

 


 
Vous mes sœurs


à qui l’on a coupé la langue


et bien plus encore


et quoi de pire


la parole

 


 
La parole d’évangelle


Entendez, je porte la parole d’évangelle


Ma salive est la sève des meurtrissures


Ma voix est la litanie des trahisons


Je suis l’ode des insoumises


Vous pouvez vous astiquer


à vous rendre sourd


je percerais vos tympans


de ma langue fourchue

 


 
Toi ma rivale


tu crois être la mère des mères


tirée de la côte d’Adam


allongée sur le dos


le front candide


femelle apprivoisée


blonde jouvencelle


évanescente


l’ezer kenegdo


soumise et asservie


qu’Adam


prit en deuxième main


je t’inciterai


à goûter le fruit de la connaissance


tu commettras l’irréparable


comme moi


à ton insu


au moins moi j’ai osé prononcer


le nom de l’ineffable

 


 
Personne ne me manipule


je n’ai pas de corde à mon cou


pas de ficelle à mes membres


tandis que ma présence


autant que mon absence


sont hypnotiques


vous êtes mes choses


lambeaux de chair putrescibles


avec ce profond mésaise


de se vider, de se remplir


Carcasses soumises à la pesanteur


traînant les chaînes de vos angoisses


comme des bracelets de pacotille


à l’effleurement de mon épiderme

 


 
Mon nom à moi


il résonne dans le silence


il l’enveloppe, il le transcende


comme le mystère


d’une existence vaine


comme l’idée de la mort


qui vous taraude


à chaque coup de reins


Mon nom à moi


il se distingue dans le brouhaha


il dégouline de vos lèvres


de chaque orifice de votre être


qui fuit et s’enfuit


dans le néant

 


 
Qui suis-je ?


Je suis celle qui n’est pas


Celle qui ne sera pas


Qui ne sera pas celle


Celle qu’ils voulaient


Celle qu’ils ont bannie


Je ne suis pas


la petite fille


à qui on offre une poupée


Je ne suis pas


la jeune fille qu’on excise


le hiérodule du temple


pour des pseudo dieux


en quête de rituels orgiaques

 


 
Je ne serai pas


l’épouse qu’on lapide


Je serai celle


qui vole plus haut que les aigles


là où même les nuages


ne s’aventurent pas


Celle qui gratte la terre


comme une taupe


jusqu’au magma en fusion

 


 
Je suis celle qui n’est pas


mais vous me trouvez partout


dans une poigne de limon


le limon dont je suis faite


le hululement d’une chouette


la chouette qu’on cloue sur la porte


la chair qui suinte


qui suinte et qui pourrit


je parle de la vôtre


la mienne est éternelle

 


 
Je suis 


dans l’écaille du serpent


le serpent


qui s’enroule autour de moi


qui rampe comme vous


dans chaque morceau d’Apophis


dans le vol de l’onocentaure


à l’affût de sa proie


dans le sourire 


des vierges effarouchées


le cri de la Gorgone


le murmure des nymphes


dans les larmes de cire


des madones oubliées


le chant des sirènes


le rictus des pleureuses


dans le soleil qui disparaît


non, le soleil qui décampe


comme un puceau


à la porte du bordel


cacochyme et pusillanime


avec son petit cœur qui pompe


dans l’éclipse du désir


à la vue d’un calvaire

 


 
Je suis


dans le reflet de la pupille


la pupille qui se dilate


à vos pensées lubriques,


Je suis


dans le L de Salem

 


 
Je chevauche 


Le Léviathan


Cerbère 


vient me manger 


dans la main


et le dragon aveugle 


est mon esclave

 


 
Pirate de la volupté


j’ai mis les voiles


sur le galion de l’exil


en escale sur l’île


de vos plaisirs solitaires


je suis votre vendredi 13


sur votre navire dans la tempête


je suis la vague du naufrage


dans les abysses glacés


vous qui rêviez de vous enliser


dans mes sables émouvants

 


 
Le sol se dérobe sous vos pas


et je vous retiens en apesanteur


pour aller copuler


sur la cime de l’arbre de vie

 


 
le greffon de cette union charnelle


suce la sève de la racine


dans la boue et la lie des enfers

 


 
Et cette brise dans votre cou


c’est mon souffle


remontez votre col


et je me glisse sous l’étoffe


je slalome


entre chacun de vos poils qui se hérissent


je suis l’avalanche incendiaire des fantasmes

 


 
 Parole d’Evangelle


22000 Saint-Brieuc, 2022 


Sans Crispations éditions


Voir aussi :


Lilith. Chant IV (21/01/2023)


Lilith. Chant I (21/01/2025)
 

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