1069[1]Photo : Editions Arfuyen

 

 

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Le courant de vie

qui me traverse

est sans retour

 

Lorsque je plonge

en moi-même

je vois la terre entière

qui tourne dans mon sang

 

      .........

 

Chaque poème

que j’écris

existe depuis toujours

 

Voyageant avec la lumière

je le capte

 

le faisant vibrer

avec les herbes du champ

 

 

 

A René

 

Tu traverses mon lit

comme celui d’un fleuve

 

Tu te reposes

sur mes berges

 

Dans le murmure de l’eau

tu écoutes mes paroles

 

L’eau est mon messager

porteur de mon amour

 

 

 

Il est toujours trop tard

ou trop tôt

 

Chaque fois qu’on me tue

la lumière renaît

dans mes yeux

 

Un nouveau jour se lève

sans âge –

malgré un passé

millénaire

 

Le monde change

sans changer

 

L’éternité

sans cesse déroutée

par des points de repère désuets

 

 

 

Je porte en moi

des souvenirs d’autres vies

 

Parfois j’y retourne

dans mes rêves

où je divague

comme un compas déréglé

 

      .........

 

Tu m’incendies

par le soleil violent

de ta venue

 

Tu es un poème

en écriture braille

qui me brûle les doigts

lorsque je lis

 

Nous vivons

dans un monde

de feu

 

 

 

Le chemin se fait

en marchant

 

Chaque pas

pèse plus lourd

qu’un destin

 

      .........

 

Même la parole

mâchée et remâchée

que je colporte

à travers le temps

est un ailleurs

que je ne connais pas

 

Parfois la parole ignore tout

de son sujet

 

Parfois elle refuse de se laisser

appâter

sous l’écriture

 

 

 

A René

 

Buvant dans tes baisers

le soleil et la pluie

 

Mes pores se dilataient

comme des valves

qui s’ouvrent lentement

 

L’extérieur

s’insinuait

dans l’intérieur

 

Un miroir universel

reflétait l’autre monde

 

 

 

Le poème

est somnambule

il avance les yeux fermés

 

Il vit dans la respiration de la terre

il veille à ce que le rêve subsiste

 

Même à quelques instants

de la fin du monde

 

      .........

 

Chaque jour

le soleil se réincarne

 

Officiant dans les champs

il récite

des litanies de sécheresse

 

Après nous avoir marqués

de ses tatouages

 

Le soleil assoiffé

boit nos ombres

 

 

 

Tout changement

n’est que répétition

réincarnation du passé

 

Le temps ne bouge pas

il ne fait qu’exhiber

sur grand écran

les images des saisons

 

      .........

 

Ciel et terre sons suspendus

dans le vide

 

Le soleil se braque

sur l’irréalité du monde

dans un présent éternel

 

 

 

Je dédie mes poèmes

à tout ce que je ne comprends pas

 

A tout ce qui existe

et que je ne vois pas

 

Je les dédie au silence

qui se trouve au fond

de chaque fracas

 

      .........

 

En chaque vie

il y a d’autres vies

 

Je suis devenue

somnambule du jour

 

Chaque clarté

finit par s’obscurcir

 

Les paroles s’éteignent

une fois prononcées

 

 

 

A chaque naissance

je récupère  les langes

de ma chemise de mort

 

      .........

 

Je ne suis qu’un écho

dont j’ignore l’origine

 

J’accompagne le temps

autour du soleil

 

Tandis que mes yeux stagnent

dans leurs anciens moules

 

      .........

 

Je me répète l’histoire du monde

tremblante devant l’écho

de mes paroles

 

 

Galaxies intérieures

Editions Arfuyen, 2013

Voir aussi :

Un monde de pierres (I) (08/12/2021)

Un monde de pierres (II) (08/06/2022)

Galaxies intérieures (I) (08/12/2022)