AVT_Anise-Koltz_1786[1]

 

 

Galaxies intérieures

 

L’océan d’où j’étais sortie

il y a des millions d’années

se réveille en moi

quand je t’aime

 

Dans mes étreintes

je laisserai sur ton corps

des restants de coquillages

 

Ton lit sera recouvert

d’une fine couche de sable

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Le monde continue à tourner

dans mes rêves

 

Des orbites de paroles

décrivent une poésie étrange

 

J’ai des galaxies intérieures

 

L’univers alourdit

chacune de mes paroles

 

 

 

J’ignore pour qui

              pour quoi je vis

 

J’ignore pour qui

              pour quoi je meurs

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D’où suis-je venue ?

 

Je suis simple

et électrique

 

Quel esprit m’a donné

mon esprit ?

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Mes mains

sont sans géométrie aucune

mais le monde entier

est inscrit

dans mes paumes

 

 

 

Qui sait

qui je suis ?

 

Mes empreintes digitales

changent chaque jour

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Ma tête tourne

autour de soleils inconnus

 

Je m’éloigne de plus en plus

de moi-même

divisée

en de nouvelles possibilités

de lumière

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J’explore ma tête

là où les pensées

deviennent impensables

enfouies

dans les sombres marécages

de mon cerveau

 

 

 

Le temps inscrit

ses images

 

Je cherche des mots adéquats

pour construire

des espaces de silence

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Aucune légende

n’est la mienne

 

Personne ne terminera

mon histoire

 

Mon passé

sans retour

se mêlera à la terre

 

Toute cette vie :

une équation

qui reste à démontrer

 

 

 

Je marche

en moi-même

sans jamais arriver

 

L’invisible me poursuit

 

Dans la géographie

de mon cerveau

l’impensable

où réside t-il ?

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Mon âge m’alourdit

ma mémoire est périmée

 

Je me regarde

regarder

les paysages empilés

sous mes paupières

 

 

 

Le désert est une terre

d’absence

de silence

 

Une nuit cloutée

éclaire cet espace désaffecté

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Soleil sans fin

cloué dans le ciel

je m’ouvre à ta distance

 

La distance

étant notre proximité

 

Tu te lèves

et te couches avec moi

 

Chaque rayon

désigne une soif

qui me dépasse

qui me fait exister

 

 

 

Dès notre naissance

nous avons flairé le sang

 

Les images du déluge

tapissent encore

notre mémoire

 

Nous marchons sans repères

suspendus au monde

par une épingle de sûreté

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Entre le blanc de la page

et mon écriture

s’est installé

un morceau d’enfer

dernier vestige du ciel

 

 

 

Le langage travestit

la réalité

 

Les mots ne couvrent pas

les objets

 

La vérité apprise

n’est qu’une fiction du réel

 

 

 

Quel destin se cache

sous mes paupières closes ?

 

Invente-t-il

une autre réalité du monde ?

 

Les séquences se suivent

d’après un ordre nouveau

 

Alertant le sang

orchestrant des apparences trompeuses

 

Des constellations défilent

devant mon écran intérieur

 

Des personnages apparaissent

formés de la matière de l’ombre

 

Jusqu’à ce que la nuit émigre

devant l’apparition du jour

 

 

 

Les battements de mon cœur

marquent le rythme

de mes poèmes

 

La respiration du monde

s’y accélère

 

La page brûle

sans brûler

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Depuis ma migration

à travers tant de corps

les siècles s’entassent

sur mes os

 

Mon ombre se cogne

à chaque paroi

 

Le monde est virtuel

 

Le visible

Reste invisible

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Galaxies intérieures

Editions Arfuyen, 2013

Voir aussi :

Un monde de pierres (I) (08/12/2021)

Un monde de pierres (II) (08/06/2022)

Galaxies intérieures (08/12/2022)