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Un monde de pierres (I)

Je ne connais qu’un seul devoir,

c’est celui d’aimer.

ALBERT CAMUS

 

Tombe la neige

 

les couches blanches

de mutisme

recouvrent vie et mort

 

Un vent glacial

balaie présent et passé

           - - - -

Nous ne voyons pas

ce qui échappe aux yeux

 

Chaque mensonge

porte les blessures

de la vérité

 

La vie travestie

en liberté

invente les mirages

de notre quotidien

 

 

 

Comment établir les règles

en ce monde virtuel

 

Comment déchiffrer le langage

de l’univers

 

Les astres tracent des signes illisibles

sur l’ardoise du ciel

           - - - -

Je marche à l’intérieur

de moi-même

comme à travers une forêt vierge

envahie par ses ombres

 

mon sang tourne

comme un fauve encagé

 

 

 

Je vis dans une cage de liberté

me cognant

à des barreaux invisibles

 

J’empile paroles et jours

dans ma tête

 

Le temps demeure

une succession de présents

           - - - -

Mon sommeil

approfondit la nuit

il la peuple de fantômes

 

Derrière leurs visages de rêve

il n’y a personne

leurs ombres exaspèrent ma solitude

 

Ils ne vivent leurs destins

qu’à travers mes rêves

sans savoir qui ils sont

ni d’où ils viennent

 

 

 

Nous restons orphelins

malgré la mère

et le père

 

Sans fin

ni commencement

nous errons

dans un monde de pierre

           - - - -

Les jours passent

pour s’établir

dans l’aujourd’hui

 

Chaque matin

je ressuscite

d’une mort passagère

 

Réinventant

la fiction de mon existence

 

 

 

Je ne connais

pas mon ombre

 

Qui est cette étrangère

frappée d’aphasie

qui s’associe à moi

           - - - -

La montagne

ne mène que vers ses hauteurs

 

Arrivés à sa cime

elle se transforme en précipice

 

 

 

J’ai vécu plusieurs vies

plusieurs morts

 

la mélodie qui m’endort

réveille les activités

d’un passé d’antan

 

Je me perds en moi-même

sombrant

dans mes identités multiples

           - - - -

Je rêve

dans une langue

qui n’est pas la mienne

 

D’antiques rumeurs de la Bible

la traversent

 

Derrière moi

le temps s’est fermé

comme la mer Rouge

 

 

 

Le monde se fait et se défait

 

Les paroles caillent

dans ma bouche

 

Mon nom

tombe en poussière

 

J’existe dans cette chair pensive

comme si je n’existais pas

           - - - -

A René

 

Le matin se dévoile

et me regarde

avec les yeux de l’aimé

parti pour l’éternité

 

Il est mon jour

il est ma nuit

 

 

 

 

A René

 

A ma mort

je mélangerai mon corps d’argile

avec celui de l’aimé

décédé avant moi

 

Nous fusionnerons

 une dernière fois

pour affronter

l’éternité barbare

 

 

 

Comment vivre

sans prendre conscience

de la mort ?

 

Des galaxies nous traversent

 

Nous portons l’univers

sous nos peaux

 

Jamais nous ne vivons

là où nous existons

 

A chaque nouvelle naissance

Nos antennes ont été brisées

 

 

 

Mère

qui m’as fait naître

avec ton lait

tu m’as ingurgité

la mort qui me guette

l’apprentissage des péchés

le retour à la terre

d’où je suis sortie

 

Et cette folie

de ton éternelle transhumance

 

 

 

L’univers se construit

et se déconstruit

 

Le siècle respire difficilemnt

 

la pesanteur

nous cloue par terre

 

Des antiques rumeurs

de la Bible

traversent notre désert intérieur

 

J’enregistre

des signes désespérés

d’une éternité séquestrée

 

 

 

A chaque pas

je vieillis

dans mes souliers

 

Mon aura change

           - - - -

Le Nil

connaît son parcours

 

Nous aussi suivons la voie

inscrite en nous

 

La source de nos paroles

est dans le murmure de l’eau

 

Comme le fleuve

nous passons

tout en demeurant

.................................................

 

Un monde de pierres

Editions Arfuyen, 2015

Voir aussi :

Un monde de pierres (II) (08/06/2022)