Femmes en Poésie

12 octobre 2019

André Chedid (1920 – 2011) : Regarder l’enfance

 

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Regarder l’enfance

 

Jusqu’aux bords de ta vie

Tu porteras ton enfance

Ses fables et ses larmes

Ses grelots et ses peurs

 

Tout au long de tes jours

Te précède ton enfance

Entravant ta marche

Ou te frayant un chemin

 

Singulier et magique

L’œil de ton enfance

Qui détient à sa source

L’univers des regards.

 

Epreuves du vivant

Editions Flammarion,1983

Voir aussi :

Le cœur naviguant (26/01/2017)  

L’escapade des saisons (06/03/2017)

Je t’aime, hostile oiseau (13/04/2017)

Par-delà les mots… (12/10/2017)

Voix multiples (13/10/2018)

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08 octobre 2019

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Pour croire encore au bonheur... »

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Pour croire encore au bonheur

Il suffirait qu’un oiseau passe

Dans les fontaines du ciel

Que le feuillage d’un arbre

S’éveille à la grâce du givre

Ecoute mon cœur est vivant

Ce soir au creux de la neige

Les choses lentement renaissent

Comme autrefois dans la chambre

La lampe fait son office

Et voilà que je te rejoins

Sur les hauteurs du silence.

Pour que ton ombre s’y repose

La neige est tendre sur ma gorge

Et le ciel retient le jour.

 

Le bonheur du jour

Editions Seghers, 1956

Voir aussi :

« Ce soir / la nuit est bleue… » (18/01/2017)

« J’ai vu des paysages… » (22/02/2017)

 « Ce printemps trop grand pour moi… » (03/04/2017)

Ilarie Voronca ... (24/07/2017)

 Le soleil griffait les tuiles... (09/10/2018)

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06 octobre 2019

Denise Le Dantec (1939 -) : mémoire des dunes

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mémoire des dunes

à Reinout

 

 

Stries

sur le gris arraché

à l’extrême du pays

 

sous l’œil,

c’est un champ de mémoire,

intact,

qui se retire

 

les vagues ne viennent plus

 

 

l’herbe s’annule

 

 

 

 

Peut-être,

une membrane

 

pour écrire

 

 

un silence de poisson

 

 

 

 

Ramures

sur l’étendue du sable,

 

preuve

par-delà l’oiseau blanc

qu’ici écuma l’océan

 

le mot humecté de salive

 

 

de tout ce qui commence

 

 

 

 

Vagues sédimentées,

 

l’étoile vivante du carex

accuse l’état blanc-sombre

de toute lumière

 

lointaine

 

 

 

remémorée

 

 

 

 

Matière étale

et sourde,

séparée de son eau

 

excoriée

 

la phrase écrit sa phrase

 

 

dans la phrase

 

 

 

 

Le geste simple du pinceau

suspendu avec l’encre

 

au-dessus de l’étendue natale

 

 

qui craint

 

 

 

 

Intimité

de l’espace :

 

la pulsation

raye :

 

la confusion des sables

 

 

à la surface

 

 

 

 

Au noir de l’œil

dans l’épars,

 

plantation de racines

 

le sable s’ouvre

 

 

pour voir

 

 

 

 

Pauvres,

les semences de la nuit

 

à déchiffrer

 

dans les alphabets

 

 

absents des botaniques

 

 

 

 

Et c’est un peu la pluie,

parmi les joncs,

qui fait briller

dans l’explosion de vent

qui les agite

 

avec des larmes

 

 

les mots

 

 

 

 

Immense

rosée de mer

 

dans la vallée des gneiss

 

les lumières

 

 

se raniment

 

 

 

 

De tertre en tertre,

le chardon

 

chiffre son bleu mouvant

 

 

où cela cingle

 

 

 

 

Etoile de mer,

posée,

 

en extase

 

 

sur le chemin

 

 

 

 

A l’instant clair

où l’œil,

ouvert plus haut,

 

apaise sa soif

 

dans ce qu’il voit

 

 

de l’océan

 

 

 

 

Semis silencieux

des lilas de mer

 

pente

d’essences

 

à demi-chemin

 

 

de la grande parole liquide

 

 

 

 

Rescapé des déluges,

l’oiseau signe

avec la lumière

 

et l’aile encore humide

 

 

vole dans l’air marin

 

 

 

 

Contrée

du rien et du multiple

 

avec cette marge de clarté

 

unique

 

 

ouverte sur le limon

 

 

 

 

Chargé de bleu

et d’indigo

 

avec la houle,

 

l’œil

voit

 

 

en regardant la mer

 

 

 

 

Sous l’entrepôt d’étoiles

     les caissons

 

     versent

 

 

     dans la magie

 

 

 

 

Intempestif

le poisson gît sur le roc

 

avant l’immersion bleu-nuit

 

 

feuilletée de vagues

 

 

 

 

Ortie de mer

où se dévêt l’écume,

 

l’à-peine fleurie

 

 

détachée de la vague

 

 

 

 

Rompu au vent

le pétrel

risque le bec

 

au point brisé

de l’eau

 

 

et crie

 

 

 

 

Stridence finale

de la parole

 

dans les traverses

 

 

vert-océan

 

 

 

 

... Nous conversons ensemble dans le bleu de l’obscur. D’un côté trop de mer,

trop de sable de l’autre. Les étoiles brillent suspendues aux roseaux poussés

au bord du ciel.

   A qui offrir cet abandon si vaste qui tantôt nous altère tantôt nous inonde ?

     Il n’y a ici ni stupeur ni espoir.

     L’immense s’assemble sous un grain de sable et s’évapore loin là-bas.

 

 

 

 

     Et de ce pays fatal qu’en créant je parcours rien ne reste à donner sinon, ô

lèvres fermées en espérance de sel, ce segment d’océan tombé en déshérence.

 

 

mémoire des dunes

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017)   

« O l’adieu… » (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

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24 septembre 2019

Bernadéte Bidàude ( 1968 -) : « Comme mille signatures ... »

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  Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     cicatrices et brûlures

     ampoule grattée jusqu’au sang

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent

     grains de sable, égratignures

     raies blanches et coutures

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et aussi tout ce qui ne se voit pas...

 

   Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau d’Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque a promis de lui faire la peau.

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

    

       Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent.

     grains de sable, égratignures,

     raies blanches et coutures,

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et toutes les invisibles traces ...

 

     Je te titille, tu te grattes

     je t’effleure, tu te tâtes

     tu me masses, tu me touches

     je te flatte, je te chatouille

     tu me pétris, je te frotte

     tu me palpes, je te tripote

     tu me pinces ... Aïe !

 

Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

y a la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau d’Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque s’est juré de lui faire la peau.

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

 

     Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides sur la peau de nos vies

 

     dragons et papillons

     fleurs de paradis,

     filles voluptueuses

     prénoms de nos folies

     jalonnent les épidermes

     balisent les corps

     tatouent les cuirs

     de nos histoires

 

     entre caresseurs et tueurs

     trop d’empreintes digitales

     trop de signes possessifs

     sur les corps abandonnés

     trop d’emprises sur la chair

     sur la tendresse de nos âmes

     sur le tendre des peaux

     on ne s’y reconnaît plus

 

     entre amoureux et tueurs

     trop d’empreintes digitales

     sur la peau des passions

     trop d’emprises dessinées

     sur la tendresse des chairs

     trop de signes possessifs

     sur les corps abandonnés

     on ne s’y reconnaît plus

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

     

       Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     cicatrices et brûlures

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     Mille et une traces sur la peau de nos âmes

     Mille et une rides sur la peau de nos vies

 

     Sous ton cuir, j’entends un rire

     tu sens une peine sous ma couenne,

     changer de souffle, de pieds, de ventre,

     devenir un battement d’aile

     soulever la peau de l’aube

     le voile de tous nos rêves

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau ?

 

 

 

 

     Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent

 

     grains de sable, égratignures

     raies blanches et coutures

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et toutes les invisibles traces.

 

     Je te titille, tu te grattes

     je t’effleure, tu te tâtes

     tu me masses, tu me touches

     je te flatte, je te chatouille

     tu me pétris, je te frotte

     tu me palpes, je te tripote

     tu me pinces ... Aïe !

 

Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

y a la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau de Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque s’est juré de lui faire la peau !

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

Fleur de peau

Traces éditeur, 80540 Saint-Benoist-sur-Mer, 2009

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19 septembre 2019

Kadia Molodowski (1894 - 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Dieu de miséricorde

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Dieu de miséricorde

 

Dieu de miséricorde,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous sommes las de mourir, d’être morts

Et nous n’avons plus de prières,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous n’avons plus assez de sang

Pour être des victimes.

Notre demeure est devenue un désert

Et la terre pour nous est avare de tombes,

Plus de Livre pour nous des Lamentations

Plus de complaintes

Dans les vieux livres saints.

 

Dieu de miséricorde,

Sanctifie un autre pays,

Un autre mont.

Nous avons dispersé notre cendre sacrée

Sur tous les champs déjà, sur chaque pierre,

Nous avons payé

Avec des vieillards,

Des jeunes gens,

Des nouveau-nés

Chaque lettre de tes Dix Commandements.

 

Dieu de miséricorde,

Que ton sourcil de feu se lève :

Contemple les peuples du monde –

Et donne-leur les jours d’effroi, les prophéties.

En chaque langue on prêche ta parole,

Apprends-leur les actes

Et les chemins de l’endurance.

 

Dieu de miséricorde,

Donne-nous l’humble vêtement

Du berger parmi ses moutons,

Du forgeron à son marteau,

De la lingère et du peaussier,

Fussent-ils les plus grossiers.

Rends-nous encore une autre grâce,

Dieu de miséricorde :

 

Délivre-nous de l’aura du génie.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

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13 septembre 2019

Geneviève d’Hoop (1945 -) : « je n’ai jamais cessé d’être... »

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je n’ai jamais cessé d’être

cette écorce vive

qui mange ses syllabes

et aboie ses mots

 

le temps transpire jusqu’à la plage

où se défont mes rives

 

je clôture mes trois vies

j’additionne mes impatiences

je mesure l’espace déçu

 

étais-je un défaut

un intervalle

 

qui m’a couverte de ruines

pendant que je respirais

le temps

de l’aubépine

 

In, Revue » Poésie 1, N° 81-82, Novembre-Décembre 1980 »

Le Cherche Midi éditeur, 1980

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25 août 2019

Anne Bihan (1955 -) : Amer III

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Amer III

 

... Tu dis elle lui la mer et que pour écrire tu l’as traversée d’un bord à

l’autre du monde, franchi cap tropiques et cherché les mots à genoux sur la

chaussée des pauvres ; tu dis personne ne revient partir comme rester, mais

apprends à te tenir entre à jamais debout sur les fissures les gouffres, femme

entre à jamais, et seul compte à la toute fin l’enlacement des mondes...

 

 

Variation 1

 

... tu ne crois plus tout à fait qu’écrire comme traverser la mer les murs la mort

de la terre à l’île et de l’île au ciel, mais te moques désormais du mensonge

qualificatif de leur langue

 

... continent péninsule finis-terre aucun mot pour le dire mais d’autres que tu

as toujours cherchés, archipels constellations jusqu’à celui que tu es venue

reconnaître en passant le tropique la Ligne le Cap Horn et d’Espérance l’autre

tropique, debout à la tangente d’un méridien puis d’un autre et encor d’un autre

 

... Océanie océanienne, femme entre à jamais, ta mer n’est pas la fin des terres

jamais la fin, femme entre à jamais, à cloche-pied sur la crête des dunes et des

vagues, entre la mer et le sable, femme entre à jamais

 

... entre les écueils les fissures les gouffres, allant et venant, pour le mouvement

l’écart la tension,  l’effacement sans fin de toute chose...

 

Variation 2

 

écrire

comme traverser la mer

les murs les morts

 

les mots cherchés pour

me dire

en passant la Ligne

 

se tenir entre

à la toute fin

femme entre à jamais

 

et par-delà les fissures et les gouffres

choisir

l’effacement sans fin de toutes choses

 

 

Ton ventre est l’océan

Editions Bruno Doucey, 2011

Voir aussi :

« Être ni l’un ni ... » (19/08/2018)

 

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14 août 2019

Jany Cotteron (1944-) : N’importe où

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N’importe où

 

N’importe où     Elle écrit

 

Sur les feuilles qui murmurent dans le vent

elle écrit à la sève des arbres

le chant des oiseaux

 

Elle écrit des lettres avec le plein des rochers

et le délié des hautes herbes

 

Elle écrit à l’encre des nuages

en blanc et noir

 

Elle écrit des mots de plumes et de fleurs

des mots qui rient     qui parlent d’amour

des mots d’enfance

des mots de tous les jours

 

Puis elle signe d’une main d’eau et de terre

les sentiers dans la forêt

le versant des montagnes à l’odeur de soleil

 

 

N’importe où

 

Elle écrit la vie

 

Le chant des pierres et de l’eau

Editions Samizdat, 1218 Grand-Saconnex (Suisse)

Voir aussi :

F aille (18/08/2018)

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05 août 2019

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : Premier avertissement / Первое предупреждение

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Premier avertissement

 

Que nous importe, en vérité,

Que tout se transforme en poussière,

Sur combien d’abîmes j’ai chanté,

Dans combien de miroirs j’ai vécu ?

Ce n’est pas un rêve, soit, ni un réconfort,

C’est tout sauf un bienfait du ciel,

Il se peut que tu sois obligé

De te rappeler plus qu’il n’est nécessaire.

Le grondement des poèmes qui se taisent,

L’œil qui se cache dans les profondeurs,

Cette couronne de barbelés rouillés

Au milieu d’un silence inquiet.

6 juillet 1963

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

Первое предупреждение

 

Какое нам, в сущности, дело,

Что все превращается в прах,

Над сколькими безднами пела

И в скольких жила зеркалах.

Пускай я не сон, не отрада

И меньше всего благодать,

Но, может быть, чаще, чем надо,

Придется тебе вспоминать —

И гул затихающих строчек,

И глаз, что скрывает на дне

Тот ржавый колючий веночек

В тревожной своей тишине.

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)

« Les unséchangent des caresses ... »  (04/08/2018)

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02 août 2019

Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : « Je viendrai quand ... » / « I’ll come when …”

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Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse,

Allongé, seul, dans la chambre assombrie,

La folle joie de la journée évanouie

Et l’heureux sourire banni

Des ténèbres glacées du soir.

 

Je viendrai quand le vrai sentiment de ton cœur

Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir,

Et que mon influence, se glissant en toi,

Aggravant la désolation, gelant la joie,

Emportera ton âme.

 

Ecoute : voici l’heure, voici

Pour toi le moment redoutable ;

Ne sens-tu pas déferler sur ton âme

Un flot d’étranges sensations,

Signes avant-coureurs d’un plus rude pouvoir,

Hérauts de mon avènement ?

Novembre 1837

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

Je viendrai près de toi quand ton cœur sera triste ;

J’emplirai de clarté ta chambre emplie de nuit,

Quand s’estompe le jour et sa rumeur bruyante,

Quan s’étend l’ombre désolée

Où frissonne le soir

 

Je viendrai quand l’ennui de ton cœur excédé

Te tiendra dans ses chaînes ;

Alors ma volonté, s’emparant de la tienne,

-Tandis que ton chagrin se fera plus profond,

Que ta joie ne sera plus qu’une cendre froide –

Emportera ton âme au loin.

 

Ecoute ! voici l’heure,

le moment suprême pour toi :

Ne sens-tu pas s’abattre sur ton âme

Un flot de sensations étranges,

Signes avant-coureurs d’une force plus rude,

Hérauts de l’Esprit que je suis ?

Novembre 1837

 

Traduit de l’anglais par Mireille Best,

in, Emily Brontë « Les orages du cœur »

Pierre Seghers éditeur (Cahiers P.S.), 1950

 

 

 

I’ll come when thou art saddest,

Laid alone in the darkened room;

When the mad day’s mirth has vanished,

And the smile of joy is banished

From evening’s chilly gloom.

 

 

I’ll come when the heart’s real feeling

Has entire unbiased sway,

And my influence o’er thee stealing,

Grief deepening joy congealing,

Shall bear thy soul away.

 

 

Listen ’tis just the hour,

The awful time for thee;

Dost thou not feel upon thy soul

A flood of strange sensations roll,

Forerunners of a sterner power,

Heralds of me?

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…” (01/08/2018)

« Mon plus grand bonheur... »  / « I’m appiest… » (30/06/19)

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