Femmes en Poésie

25 juin 2020

Angèle Vannier (1910 – 1980) : Vent printemps

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Vent printemps

 

Celles qu’on éteignait celles au blanc promises

Celles qu’on habillait de silence et de froid

Celles qui ronronnaient des leçons bien apprises

Cœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas.

 

Celles qu’on enfermait dans des chapelles grises

Celles qu’on emmurait dans les plus hautes tours

Celles qui n’attendaient qu’un signe de la brise

Ont cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour.

 

Nous t’embrasserons trois fois sur la bouche

Chevalier printemps pas très comme il faut.

Est-ce défendu que les vierges couchent

Avec un amour couronné d’oiseaux ?

 

Et tant pis s’ils sont vrais ces vieux dits de nos mères

Que le vent du printemps fit les quatre cent coups

Dans les bois dans les prés sur le bord des rivières.

 

Ca alors si vous saviez comme on s’en fout

 

L'Arbre à feu,

Éditions du Goéland, Paramé (Ille-et-Vilaine), 1950 

Voir aussi :

L’aveugle à son miroir (29/06/2017)

J’adhère (25/06/2018)

« Je suis née de la mer » (25/06/2019)

 

 

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21 juin 2020

Erika Vouk (1941-) : « Le long du lit tari... » / « Po presahli beli strugi... »

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Le long du lit tari

je cours et je t’appelle,

toi qui est autre ;

qui ne sais rien des vagues

ruées sur les mots et la peau,

rien des marées

cruauté tendre,

rien de l’eau qui se perd en soi,

rien des charmes du sud,

rien de ce temps

qui fait de moi une autre.

 

Traduit du slovène par Barbara Poganik,

In, « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie »,

Editions Gallimard, Culturesfrance, 2010

 

Po presahli beli strugi

tečem in te kličem,

ki si drugi ;

ki ne veš za strmo valovanje

besed in čutov,

ne za plimovanje

nežnokruto,

za reko, ki ponika vase,

za ukletosti juga,

čase,

ki od njih sem druga.

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20 juin 2020

Laure Morali (1972 -) : Grâce

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 Grâce

Grâce aux vents qui me tiennent chauds

Grâce à la caresse de l’air

Et au bruit enivrant de la ville

Grâce aux fleurs que je plante

Et au ciel qui se couvre

Grâce aux mouvements calme des draps sur la corde à linge

Grâce aux grands yeux d’un petit garçon

Grâce à l’amour qui n’appartient à personne

Et glisse lentement avec l’eau de l’orage sous la terre

Grâce au tintement des casseroles chaque soir à huit heures

Grâce aux amies qui vous prêtent leurs vêtements

Grâce aux charbons ardent de la colère ambiante

Grâce à la pluie qui vient chanter sur nos casseroles

Grâce au ciel et à la terre et grâce à l’eau et au feu

Grâce à la vie qui m’inonde

Grâce aux cœurs qui débordent

Grâce à l’électricité invincible des vents détrempés

La foudre tombe drue sur la place publique

Nous caressons les trottoirs avec une langueur nouvelle

Nous redevenons humains en un très long grondement

de tonnerre

 

Ecrit lors des « manifestations des casseroles » à Montréal, durant le printemps 2012

 

In, « Il fait un temps de poèmes. Volume 2.

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan

De la même autrice :

« Je t’écris sans papier… » (12/05/2017)

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13 mai 2020

Sapphô / Σαπφώ (vers 1630 – vers 1580 av. J. C.) : « Et je ne reverrai jamais... »

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Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.

Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;

Et je la vis pleurer au moment des adieux.

Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. »

Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure.

Mais souviens-toi toujours combien je t’ai aimée.

Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,

Nous allions à la source ou rôdions par les landes.

J’ai tressé pour ton cou d’entêtantes guirlandes ;

La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe

Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;

Les baumes précieux oignaient ton corps charmant

Et jeune. Prés de moi reposant tendrement,

Tu recevais des mains des expertes servantes

Les milles objets que l’art et la mollesse inventent

Pour parer la beauté des filles d’Ionie...

Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !

L’éperdu rossignol charmait les bois épais,

Et la vie était douce et notre cœur en paix... »

 

Traduit du grec par Marguerite Yourcenar,

In, « La couronne et la lyre,

Anthologie de la poésie grecque ancienne »

Editions Gallimard, 1979

Voir aussi :

 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (22/02/2017)

Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (30/03/2017)

A une aimée (10/05/2017)

Nocturnes (14/05/201919)

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04 mai 2020

Marie Noël (1883 – 1967) : Vision

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Vision

 

Quand j’approcherai de la fin du Temps,

Quand plus vite qu’août ne boit les étangs,

J’userai le fond de mes courts instants ;

 

Quand les écoutant se tarir, en vain

J’en voudrai garder pour le lendemain,

Sans que Dieu le sache, un seul dans ma main ;

 

Quand la terre ira se rétrécissant

Et que mon chemin déjà finissant

Courra sous mes pieds au dernier versant ;

 

Quand sans reculer pour gagner un pas,

Quand sans m’arrêter ni quand je suis las,

Ni dans mon sommeil, ni pour mes repas ;

 

Quand le cœur saisi d’épouvantement,

J’étendrai mes mains vers un être aimant

Pour me retenir à son vêtement...

...............................................................

 

Quand mes doigts de tout se détacheront

Et quand mes pensers hagards sous mon front

Se perdront sans cesse et se chercheront ;

 

Quand sur les chemins, quand sur le plancher,

Mes pieds n’auront plus de joie à marcher ;

Quand je n’irai plus en ville, au marché,

Ni dans mon pays toujours plus lointain,

Ni jusqu’à l’église au petit matin,

Ni dans mon quartier, ni dans mon jardin ;

 

Quand je n’irai plus même en ma maison,

Quand je n’aurai plus pour seul horizon

Qu’au fond de mon lit toujours la cloison...

 

..........................................................................

Quand les voisines sur le pas

De la porte parleront bas,

Parleront et n’entreront pas ;

 

Quand parents, amis, tour à tour,

Laissant leur logis chaque jour

Dans le mien seront de retour ;

 

Quand dès l’aube ils viendront me voir

Et sans rien faire que s’asseoir

Dans ma chambre attendront le soir ;

 

Quand dans l’armoire où j’ai rangé

Mon linge blanc, un étranger

Cherchera de quoi me changer ;

 

Quand pour le lait qu’il faut payer,

Quelqu’un prendra sans m’éveiller

Ma bourse sous mon oreiller ;

 

Quand pour boire de loin en loin,

J’attendrai n’en ayant plus soin

Que quelqu’un songe à mon besoin...

.....................................................

 

Quand le soleil et l’horizon

S’enfuiront... quand de la maison

Sortiront l’heure et la saison ;

 

Quand la fenêtre sur la cour

S’éteindra... quand après le jour

S’éteindra la lampe à son tour ;

 

Quand sans pouvoir la rallumer

Tous ceux que j’avais pour m’aimer

Laisseront la nuit m’enfermer ;

 

Quand leurs voix, murmure indistinct,

M’abandonnant à mon destin,

S’évanouiront dans le lointain ;

 

Quand cherchant en vain mon salut

Dans un son je n’entendrai plus

Qu’au loin un silence confus ;

 

Quand le froid entre mes draps chauds

Se glissera jusqu’à mes os

Et saisira mes pieds déchaux ;

 

Quand mon souffle contre un poids sourd

Se débattra... restera court

Sans pouvoir soulever l’air lourd ;

 

Quand la Mort comme un assassin

Qui précipite son dessein

S’agenouillera sur mon sein :

 

Quand ses doigts presseront mon cou,

Quand de mon corps mon esprit fou

Jaillira sans savoir jusqu’où...

 

Alors, pour traverser la nuit, comme une femme

Emporte son enfant endormie, ô mon Dieu,

Tu me prendras, tu m’emporteras au milieu

Du ciel splendide en ta demeure où peu à peu

Le matin éternel réveillera mon âme.

 

Les Chansons et les Heures

Sansot éditeur, 1920

Voir aussi :

 Crépuscule (23/02/2017)

Retraite (28/03/2017)

« Les chansons que je fais… » (09/05/2017)

Attente (06/05/2018)

Connais-moi... (04/05/2019)

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01 mai 2020

Marcela Delpastre (1925 – 1998) : « Entre toutes choses... » / « Entre tot... »

 

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Entre toutes choses je louerai la main. Cinq doigts. Le poing fermé,

l’oiseau qui dort, la tête sous l’aile.

     Cinq doigts. Le poing qui se déplie comme une aile, la feuille de mai.

L’oiseau qui se réveille. La tête, les pattes, le bec. La main vivante. Je te

louerai.

     La main qui s’ouvre et s’étend vers l’arbre et vers le pain, vers l’ombre

et le soleil, et la chaleur du feu.

     La main qui est faite pour prendre le pain de la pointe des doigts, le raisin

sur la branche, et le creux de la main pour cueillir l’eau entre les pierres. 

     Tout ce qui se boit, tout ce qui se mange. Et pour porter au corps ce qui va

là. Je te louerai.

     La main qui est faite pour toucher la terre, pour lever la glèbe et pour la

travailler, pour semer le blé dans les parfums de l’automne. Ma main, je te

louerai.

     La main qui est faite pour pétrir le pain, l’argile et la chair tendre. Qui sait

tenir, qui sait porter.

     Qui fait monter le grain de la graine vivante, et le panier des éclisses ; et le

plaisir du corps comme une flamme. Qui sait bâtir, qui sait caresser.

     Qui sait défendre sa vie, le poing fermé sur le couteau. Et qui s’ouvre sur la

femme.

     La main dure comme la racine, comme la pierre. Et qui connaît chair contre

chair la douceur de la femme et la chaleur du sang, la peau humaine.

     La main qui arrête le taureau, qui retient le cheval. Et qui ne garde pas le

vent...

 

(Louange de la main)

 

Traduit de l’occitan par Marcelle Delpastre,

in, Revue « Poésie 1, N° 79-80, Septembre - Octobre 1980 »

Editions Armand Colin, 1980

 

 

     Entre tot lauvarai la man. Cinc dets. Lo ponh barrat, l’ausel que duerm,

emb la testa jos l’ala.

    Cinc dets. Lo ponh que se despleja coma na ala, la fuelha de mai. L’ausel

que se desvelha. Cinc dets. La testa, las pautas, lo bec. La man viventa. Te

lauvarai.        

     La man que se duebre e s’estend vers l’aubre e vers lo pan, vers l’ombra e lo

solelh, e la chalor dau fuec.

     La man qu’es facha per prener lo pan de la poncha daus dets, lo rasim sus la

brancha, e lo crôs de la man per culhir l'aiga ente las peiras.

     Tot çò que se beu, tot çò que se minja. E per portar au còrs çò que lai vai.

Te lauvarai.

     La man qu’es facha per maniar la terra, per levar la gleva et per la trabalhar,

per semenar lo blat dins los perfums de la darriera. Ma man, te lauvarai.

     La man qu’es facha per prestir lo pan, l’argiu e la charn tendra. Que sap

tener, que sap portar.

     Que fai montar lo grum de la grana viventa, e lo panier de las cliças ; e lo

plaser dau còr coma na flamba. Que sap bastir, que sap flatar.

     Que sap defendre sa vita, lo ponh barrat sus lo coteu. E que se duebre sus la

femna.

     La man dura coma la raiç, coma la peira. E que coneis charn contra charn la

doçor de la femna e la chalor dau sang, la peu umana.

     La man qu’arresta lo taureu, que reten lo chavau. E que ne garda pas lo

vent...

(Laus de la man)

 

Saumes pagans

Institut d’Etudes Occitanes, 24430 Marsac sur L'Isle, 1974

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22 avril 2020

Marceline Desbordes – Valmore : La lune des fleurs

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La lune des fleurs



Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne !

Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.

Des chants de l'espérance il éteint les accords,

Et dans la nuit qui m'environne,

Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne.

Jette-moi tes présents, lune mystérieuse,

De mon front qui pâlit ranime les couleurs ;

J'ai perdu ma couronne et j'ai trouvé des pleurs ;

Loin de la foule curieuse,

Jette-moi tes présents, lune mystérieuse.

Entrouvre d'un rayon les noires violettes,

Douces comme les yeux du séduisant amour.

Tes humides baisers hâteront leur retour.

Pour cacher mes larmes muettes,

Entrouvre d'un rayon les noires violettes !

 

Poésie

Charpentier, Libraire-éditeur, 1860

Voir aussi :

Les Roses de Saadi (08/02/2017)

Qu'en avez-vous fait ? (20/031/2017)

Les séparés (25/04/2017)

Elégie (06/07/2018)

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29 mars 2020

Kikí Dimoulá / Κική Δημουλά (1931 - 2020) : Temps allongé / ΑΝΑΣΚΕΛΟΣ ΧΡΟΝΟΣ

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Temps allongé

 

Herbe et camomille

sur la terre du dedans du dehors

verdure salutatoire

oracle qui étale

prophétie verte.

Une offre de choix cette refloraison

et cela paraît facile

d’envelopper la nudité.

Quelle panique cette poussée de fleurs

pour se trouver une place dans les arbres.

Herbe, camomille, fleurs sauvages

douceur sans profondeur comme du velours

ou un serment — ne pas piétiner.

 

D’énormes vagues de prairies

arrivent des campagnes profondes

les lis plongent

les fleurs de citronnier réapparaissent,

fleurs uniques,

vibrante traversée d’avril.

Le rouge des coquelicots

phare qui clignote.

D’énormes vagues de prairies

arrivent du large des campagnes.

 

 

Arrivent aussi des profondeurs du temps

herbe, camomille et fleurs uniques pour éclore

dans mes tiroirs, fleurs sauvages

dans mes tiroirs sauvages.

Une merveille les choses enfermées là-dedans

échangées, à échanger, changées

battements d’ailes de mémoire

apostrophes là-dedans traînantes

chuchotis chuchotements : masques du silence

du silence sauvage,

et pousse noire de l’encre

des écrits, des désécrits, des réécrits

des écrits sauvages.

Des chronologies à longue figure

jeûneuses d’avenir devenues saintes

jettent la bure aux orties

et font fleurir un temps profane allongé,

temps fleur sauvage

des tiroirs sauvages.

 

 

 

Herbe grasse dans mes tiroirs

douceur sans profondeur comme du velours

ou comme un serment piétiné

et je vois qui se délasse et se prélasse

ta photo.



Traduit du grec par Michel Volkovitch

in, Kiki Dimoula : « Mon dernier corps »

Editions Arfuyen, 2010

 

ΑΝΑΣΚΕΛΟΣ ΧΡΟΝΟΣ

Χαμομηλάϰι ϰαὶ γρασίδι

στὰ μέσα ϰαὶ στὰ ἔξω χώματα

χλόη χαιρετιστιϰὴ

χρησμòς ἐξαπλώσεως

πρασινομαντεία.

Μεγάλη ἡ προσφορὰ τῆς ἀνανθίσεως

ϰαὶ μοιάζει εὔϰολη ὑπόθεση

τò τύλιγμα τῆς γύμνιας.

Τί πανιϰò ἡ τόση ἄνθιση

μή ϰαὶ δέν βρεῖ στὰ δέντρα θέση.

Xαμομήλια, γρασίδι ϰι ἀγριολούλουδα

ρηχή μαλαϰωσιὰ σὰν τοῦ βελούδου

ϰαὶ τοῦ ὅρϰου — μὴν πατᾶτε τοὺς ὅρϰους.

 

Тεράστια ϰύματα ἀγρῶν

ἔρχονται ἀπò τὰ βάθη τῆς ὑπαίθρου

βουλιάζουν ϰρινάϰια

λεμονανθοὶ ἀναφαίνονται,

μοναχοανθοί,

παλμώδης διάπλους Ἀπριλίου.

Τὸ ϰόϰϰινο τῆς παπαρούνας

φάρος ποὺ ἀναβοσβήνει.

Tεράστια ϰύματα ἀγρῶν

ἔρχονται ἀπὸ τὰ πελάγη τῆς ὑπαίθρου.

 

 

Κι ἀπò τὰ βάθη τοῦ ϰαιροῦ ἔρχονται

ϰαὶ σϰᾶνε χαμομήλια, γρασίδι, μοναχοανθοὶ

στὰ συρτάρια μου, ἀγριολούλουδα

στ’ἀγριοσυρτάρια μου.

Xαρὰ θεοῦ τὰ ϰλειδωμένα ἐϰεῖ μέσα πράγματα

ἀνταλλαγμένα, ἀνταλλάγματα ϰι ἀλλαγμένα

θυμητικῶν φτεροϰοπήματα

σύρσιμο προσφωνήσεων ἐϰεῖ μέσα

ψίθυροι ψίθυροι: ψιμύθια τῆς σιωπῆς

τῆς ἀγριοσιωπῆς,

μαῦρο βλαστάρι ἡ μελάνη

τῶν γραμμένων, τῶν ξεγραμμένων, τῶν γραφτῶν

τῶν ἀγριογραφτῶν.

 

Χρονολογίες μαϰροπρόσωπες

ποὺ νήστεψαν τò μέλλον ϰι ἅγιασαν

πετᾶν τὰ ράσα τους

ϰι ἀνθίζουν ἐγϰόσμιο ἀνάσϰελο χρόνο,

χρόνο ἀγριολούλουδο

ἀγριοσυρταριῶν.

 

Τετράπαχο γρασίδι στὰ συρτάρια μου

ρηχὴ μαλαϰωσιὰ σὰν τοῦ βελούδου

καὶ τοῦ πατημένου ὅρϰου

καὶ ρίχνει ϰάτι ξάπλες

μὰ ϰάτι ξάπλες ἡ φωτογραφία σου.

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27 mars 2020

Clod’Aria (1916 – 2015) : Symbole

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Symbole

 

Je cherche un pin tordu,

Un pin qui me ressemble,

Un pin qu’auront battu

Tous les vents de Novembre,

 

Un pin au tronc noueux,

Crevassé, biscornu,

Dont le cœur sera creux

Et le creux vermoulu,

 

Un pin aux branches noires

Tendues vers un ciel gris,

Vers un ciel de déboires,

Vers un ciel de mépris.

 

Je cherche un pin tordu,

Un pin qui me ressemble,

Un pin qu’auront mordu

Tous les froids de Décembre,

 

Un pauvre pin cassé,

Décharné, racorni,

Par l’hiver tourmenté

Et de l’été banni.

 

Mais par toute la lande,

Non, je n’ai pas trouvé

D’infortune aussi grande,

De cœur aussi rongé.

 

(Poèmes mélodiques, 1956)

 

Poèmes choisis

Plein chant éditeur, 1976

Voir aussi :

  La mère de famille (30/03/2019)

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11 mars 2020

Montserrat Álvarez (1969 -) : Icare

 

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Icare

 

Hommes prudents qui rirez de ma folie : je suis Icare,

le poète, le fou, le suicidaire. Hommes prudents qui,

même en me plaignant,

louerez la justice de mon châtiment : sachez qu’au- delà

des monts colossaux qui dorment

leur sommeil de titans ; au-delà des mers tumultueuses qui tentent de

s’élever jusqu’au ciel, se trouve l’infini

comme une lumière céleste sans forme ni limites.

Et jamais vous ne le verrez, hommes prudents.

Au-delà du feu flamboyant des astres, se trouve la beauté,

aussi ineffable que

la musique d’un envol d’oiseaux.

Mais vous ne le verrez jamais.

Plus loin que les rêves les plus visionnaires

il y a la liberté.

Mes lèvres moribondes emporteront son nom.

Mais vous

vous ne verrez rien.

 

Traduit de l’espagnol

Revue « Conséquence #3 », 2019

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