Femmes en Poésie

18 août 2018

Jany Cotteron (1944-) : F/Aille

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à Tal-coat

 

F

AILLE

 

Je suis celui qui marche

vers les sommets

à l’heure tremblée de midi

quand les chiens de soleil

dévorent la montagne

et que le regard se tait

entre les paupières épuisées de lumière

 

C’es l’heure où émergeant de la brume

d’étranges animaux

se couchent à l’horizon

têtes et corps emmêlés

frémissements de croupes et de dos

 

Leurs flancs gris portent les traces

de cicatrices anciennes

et leurs mufles sans âge

striées de fissures

de crevasses

racontent les ruptures primitives

de la terre et des rocs

 

Je suis celui qui marche

dans le temps arrêté

auprès de la montagne

où les troupeaux impassibles

boivent à même le ciel

la brûlure de l’été

 

Je suis celui qui passe

à travers la montagne

déchiffrant dans la roche

les signes originels

de blanc, de noir et d’ocre

 

C’est l’heure où le corps s’unit au rocher

où les doigts se lient à la pierre

Les pieds se posent en arabesques

s’élèvent en lignes lentes   en courbes fugitives

Les mains lissent les rondeurs tièdes

effleurent les creux   les pointes

et glissent dans les fissures humides et fraîches

Elles cherchent à tâtons le chemin des failles

qui montent vers les crêtes

 

Je celui qui passe

les abrupts, les ressauts

les dalles et les arêtes

 

A la croisée des failles

sur les traces de pierre

ivre du battement de mon cœur

dans le souffle du temps

 

Le chant des pierres et de l’eau

Editions Samizdat, 1218 Grand-Saconnex (Suisse)

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04 août 2018

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : « Les uns échangent des caresses ... »

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Les uns échangent des caresses de regards,

Les autres boivent jusqu'aux premières lueurs,

Mais moi, toute la nuit, je négocie

Avec ma conscience indomptable. 

 

Je dis : "Je porte ton fardeau,

Et il est lourd, tu sais depuis combien d'années."

Mais pour elle le temps n'existe pas,

Et pour elle il n'est pas d'espace dans le monde. 

 

Voici revenu le sombre soir du carnaval,

Le parc maléfique, la course lente du cheval,

Le vent chargé de bonheur et de gaieté,

Qui s'abat sur moi des pentes de ciel. 

 

Au-dessus de moi, un témoin tranquille

Montre sa double corne...Oh, m'en aller,

Par la vieille allée du Pavillon chinois,

Là, où l'on voit des cygnes et de l'eau morte. 

1936.
Léningrad. 

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)

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01 août 2018

Emily Jane Brontë (1818 - 1848) : « Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…”

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Autour de moi des tombes grises

Etendent leurs ombres au loin.

Là, sous le gazon que je foule,

Silencieux, seuls, gisent les morts –

Là, sous le gazon, sous la glaise,

Voués au froid, voués au noir.

Malgré moi m’échappent des larmes

Thésaurisées par la mémoire

Aux dépends des années enfuies.

Ah ! Temps, Mort et Tourment mortel,

Si vous blessez, c’est pour toujours ;

Qu’il me souvienne seulement

D’une moitié de la souffrance

Que j’ai vue, apprise, soufferte,

Et le Ciel même ne saurait,

Si pur et bienheureux soit-il,

Donner quiétude à mon âme.

Aimable séjour de lumière,

Tes radieux enfants ignorent

Tout ce qu’est notre désespoir ;

Ils n’ont éprouvé, ni ne savent

Quels sombres hôtes nous logeons

Dans nos habitacles mortels :

Péchés et pleurs, démence et autres !

Fort bien : qu’ils passent dans l’extase

Leur longue éternité de joie :

Nous ne voudrions point qu’ils vinssent

Gémir avec nous ici-bas ;

Ni la Terre qu’une autre sphère

Goûte à sa coupe de douleur,

Elle qui détourne du Ciel

Son regard et ne mène deuil

Que pour nous, qui devrons mourir !

Ah ! comment te consoler, mère,

De tant d’incessante misère ?

Pour charmer un temps nos regards,

Tu souris, combien tendrement,

Mais qui ne devine, à travers

Ton chaleureux rayonnement

Ta profonde, indicible peine ?

Il n’est paradis qui te puisse

Voler l’amour de tes enfants.

Tous, à l’instant où notre vie

Va jeter sa dernière lueur,

Notre suprême nostalgie

Toujours s’efforce et toujours cherche

D’un œil voilé ton cher visage.

Laisserions-nous notre patrie

Pour aucun monde d’outre-tombe ?

Plutôt sur ton sein tutélaire

Reposer pour un long sommei

Et n’en être enfin réveillés

Que pour partager avec toi

Une immortalité pareille.

17 juillet 1841

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

 

I see around me tombstones grey

Stretching their shadows far away.

Beneath the turf my footsteps tread

Lie low and lone the silent dead -

Beneath the turf - beneath the mould -

Forever dark, forever cold -

And my eyes cannot hold the tears

That memory hoards from vanished years

For Time and Death and Mortal pain

Give wounds that will not heal again -

Let me remember half the woe

I've seen and heard and felt below,

And Heaven itself - so pure and blest,

Could never give my spirit rest -

Sweet land of light! thy children fair

Know nought akin to our despair -

Nor have they felt, nor can they tell

What tenants haunt each mortal cell,

What gloomy guests we hold within -

Torments and madness, tears and sin!

Well - may they live in ectasy

Their long eternity of joy;

At least we would not bring them down

With us to weep, with us to groan,

No - Earth would wish no other sphere

To taste her cup of sufferings drear;

She turns from Heaven with a careless eye

And only mourns that we must die!

Ah mother, what shall comfort thee

In all this boundless misery?

To cheer our eager eyes a while

We see thee smile; how fondly smile!

But who reads not through that tender glow

Thy deep, unutterable woe:

Indeed no dazzling land above

Can cheat thee of thy children's love.

We all, in life's departing shine,

Our last dear longings blend with thine;

And struggle still and strive to trace

With clouded gaze, thy darling face.

We would not leave our native home

For any world beyond the Tomb.

No - rather on thy kindly breast

Let us be laid in lasting rest;

Or waken but to share with thee

A mutual immortality –

 

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

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29 juillet 2018

Mérédith Le Dez (1973 -) : « Il y a la guerre... »

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Il y a la guerre dans ce pays

et tout autour encore

il y a la guerre

 

la guerre est sur tous les fronts

elle ronge les yeux

elle mange le ventre

elle inonde les lèvres

d’une écume nauséabonde

 

telle est la guerre

sans égard

sans attente

 

la guerre étale au jour une mer de boucliers arides

la guerre ouvre à la nuit ses tranchées boueuses

 

si tu dis je préfère la paix

quelle est la terre qui ondule

sous le nom de paix

 

je ne connais pas la paix

 

il n’ y a de terre habitable

que la course effrontée

la guerre ou la terreur

 

je ne connais pas la paix

 

je n’appartiens à personne

et pourtant du don je suis capable

jusqu’à me déposséder d’une ombre

 

je ne connais pas la paix

 

y-a-t-il une seule terre qui ne frémisse pas

sous un vent contradictoire

 

je ne connais pas la soumission

mais l’orage

le sel dans la crinière du sable

et le cri du vent aux oreilles guerrières

 

Journal d’une guerre

Editions Folle Avoine, Bédée (35137), 2013

Voir aussi :

 « Front collé à la vitre … » (30/07/2017)

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17 juillet 2018

Françoise Ascal (1944 -) : « Des orages, chaque jour... »

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Des orages, chaque jour, qui

métallisent le paysage. Lumière implacable

qui jaunit la gamme des verts frais d’avril –

ces verts que j’ai longuement contemplés

dans les toiles du musée de Colmar et de

Bâle, sur ces robes moyenâgeuses, austères,

d’où émerge un long cou blanc, un visage

qui ne sourit pas, se détachant sur fond de

tenture pourpre. Oui, vert de Bâle, ainsi je

le nomme, et l’aime, et rêve de m’en vêtir à

mon tour. Il y entre un soupçon de moutar-

de, une pointe de bronze, et c’est exacte-

ment cela que je vois, aujourd’hui, à travers

la fenêtre, à perte de vue, couleur de bour-

geons naissants, des prés renouvelés, de la

jeune sève un peu aiguë, un peu acide, un

peu criarde. Pas si loin de l’or, tout compte

fait, comme si des traces d’automne et

d’hiver aux tons recuits s’attardaient, per-

sistaient par delà le gel, jetant leurs derniers

feux dans l’explosion printanière. Pour quel

impalpable message ?

 

(Journal)

 

Revue « Le nouvel Ecriterres, N° 5,

Printemps 1991

Plonéour-Lanvern (29720), 1991

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12 juillet 2018

Wisława Szymborska (1923 - 2012) : Impressions théâtrales / Wrażenia z teatru

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Impressions théâtrales

 

Pour moi, de toute la tragédie, rien ne vaut l’acte six.

Les morts ressuscitant après la bataille,

les perruques repeignées, les robes époussetées,

les couteaux arrachés des cœurs,

les nœuds coulants desserrés,

les morts et les vivants en rangs bien ordonnés,

face au public.

 

Saluts individuels et collectifs :

main blanche sur le cœur qui saigne,

la révérence de la suicidée,

le hochement de la tête coupée.

 

Salut par deux :

la fureur main dans la main avec la bonté

la victime l’œil tendrement plongé dans celui du bourreau

le rebelle sans rancune avance près du tyran.

 

La pantoufle dorée piétine l’éternité,

moralité pesante qu’on chasse d’un coup de chapeau,

le zèle incorrigible de recommencer demain.

 

Les morts en rang par deux qui nous reviennent plus tôt,

après le troisième acte, entre les deux derniers.

Miraculeux retour d’éternels disparus.

 

La pensée qu’en coulisses ils attendaient leur tour,

sans toucher aux costumes, sans effacer le fard,

tout cela me bouleverse bien mieux que les tirades.

 

Et le rideau qui tombe est une élévation.

Tout ce qu’on entrevoit sous la frange fuyante :

la main qui précipitamment saisit la fleur,

où l’autre qui s’empare du glaive abandonné.

Et c’est alors seulement qu’une troisième main

invisible, fait son office

me prenant à la gorge.

 

Traduit du polonais par Piotr Kaminsky

In, « Wistawa Szymborska : De la mort sans exagérer /

O smierci bez  presady »

Wydawnictwo literackie, Krakow ,(Poland), 1997

 

Wrażenia z teatru

 

Najważniejszy w tragedii jest dla mnie akt szósty:

zmartwychwstanie z pobojowisk sceny,

poprawianie peruk, szatek,

wyrywanie noża z piersi,

zdejmowanie pętli z szyi,

ustawianie się w rzędzie pomiędzy żywymi

twarzą do publiczności.

Ukłony pojedyncze i zbiorowe:

biała dłoń na ranie serca,

dyganie samobójczyni,

kiwanie ściętej głowy.

Ukłony parzyste:

wściekłość podaje ramię łagodności,

ofiara patrzy błogo w oczy kata,

buntownik bez urazy stąpa przy boku tyrana.

Deptanie wieczności noskiem złotego trzewiczka.

Rozpędzanie morałów rondem kapelusza.

Niepoprawna gotowość rozpoczęcia od jutra na nowo.

Wejście gęsiego zmarłych dużo wcześniej,

bo w akcie trzecim, czwartym, oraz pomiędzy aktami.

Cudowny powrót zaginionych bez wieści.

Myśl, że za kulisami czekali cierpliwie,

nie zdejmując kostiumu,

nie zmywając szminki,

wzrusza mnie bardziej niż tyrady tragedii.

Ale naprawdę podniosłe jest opadanie kurtyny

i to, co widać jeszcze w niskiej szparze:

tu oto jedna ręka po kwiat śpiesznie sięga,

tam druga chwyta upuszczony miecz.

Dopiero wtedy trzecia, niewidzialna,

spełnia swoją powinność:

ściska mnie za gardło.

 

Wszelki wypadek,

SW ,, Czytelnik”, Warszawa (Poland), 1972

 

Voir aussi :

Une voix dans la discussion sur la pornographie / Głos w sprawie pornografii (121/06/2014)

Haine / Nienawiść (12/06/2015)

Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry (12/06/2016)

Psaume / Psalm (12/06/17)

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06 juillet 2018

Marceline Desbordes – Valmore (1786 – 1859) : Elégie

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Elégie


J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu. 

Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ; 

Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu, 

Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne. 

Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ; 

Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre ; 

Mon être avec le tien venait de se confondre ; 

Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.   

Savais-tu ce prodige ? Eh bien, sans te connaître, 

J’ai deviné par lui mon amant et mon maître, 

Et je le reconnus dans tes premiers accents, 

 Quand tu vins éclairer mes beaux jours languissants. 

Ta voix me fit pâlir, et mes yeux se baissèrent. 

Dans un regard muet nos âmes s’embrassèrent ; 

Au fond de ce regard ton nom se révéla, 

Et sans le demander j’avais dit : « Le voilà ! »    

Dès lors il ressaisit mon oreille étonnée ; 

Elle y devint soumise, elle y fut enchaînée. 

J’exprimais par lui seul mes plus doux sentiments ; 

Je l’unissais au mien pour signer mes serments. 

Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes, 

                Et je versais des larmes. 

D’un éloge enchanteur toujours environné, 

À mes yeux éblouis il s’offrait couronné. 

Je l’écrivais... bientôt je n’osai plus l’écrire, 

Et mon timide amour le changeait en sourire. 

Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil ; 

Il résonnait encore autour de mon réveil ; 

Il errait dans mon souffle, et lorsque je soupire 

C’est lui qui me caresse et que mon cœur respire.   

Nom chéri ! nom charmant ! oracle de mon sort ! 

Hélas ! que tu me plais, que ta grâce me touche ! 

Tu m’annonças la vie, et, mêlé dans la mort, 

Comme un dernier baiser tu fermeras ma bouche.

 

Poésie

Charpentier, Libraire-éditeur, 1860

Du même auteur :

Les Roses de Saadi (08/02/2017)

Qu'en avez-vous fait ? (20/031/2017)

Les séparés (25/04/2017)

 

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01 juillet 2018

Catherine Pozzi (1882 - 1934) : Scopolamine

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Scopolamine

 

Le vin qui coule dans ma veine

A noyé mon cœur et l'entraîne

Et je naviguerai le ciel

À bord d'un cœur sans capitaine

Où l'oubli fond comme du miel.

 

Mon cœur est un astre apparu

Qui nage au divin non pareil.

Dérive, étrange devenu !

Ô voyage vers le soleil —

Un son nouvel et continu

Est la trame de ton sommeil.

 

Mon cœur a quitté mon histoire

Adieu Forme je ne sens plus

Je suis sauvé je suis perdu

Je me cherche dans l'inconnu

Un nom libre de la mémoire.

 

 

Poèmes,

Revue « Mesures N° 3, Juillet 1935 »

Voir aussi :

Ave (22/01/2017)

Vale (06/05/2017)

 

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30 juin 2018

Maria Victoria Atencia (1931 -) : « Que faire si soudain ... » / Qué hacer si de repente ... »

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Que faire si soudain tu découvres que tu es habitée

de la tête aux pieds par quelqu’un qui t’est étranger

et qui confond ta langue avec un verbe différent.

D’un côté et de l’autre, le jour il te cherche

en traînant une lampe, et la nuit il sent

ses yeux aveuglés par un soleil d’injustice.

 

Que faire sinon te jeter dans le tumulte,

crier sous les vagues, secouer avec des bambous

la racine de ton corps,

désirer la mandragore,

proclamer ta sécheresse pour le restant de tes jours

et dormir pour l’éternité sur l’île de Wight.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

In, « Poésie espagnole, Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud /Editions Unesco, 1995

 

Qué hacer si de repente descubres que te habita

abarcándote toda alguien que te es extraño

y confunde tu lengua con un verbo distinto.

De un lado para otro, en el día te busca

arrastrando una lámpara y en la noche se siente

con los ojos cegados por un sol de injusticia.

 

No otra cosa podrías que echarte en el tumulto,

gritar bajo las olas, sacudir con bambúes

la raíz de tu cuerpo,

desear la mandrágora,

proclamar el secano el resto de tu vida

y dormir para siempre en la isla de Wight.

 

Marta & Maria 

R. León ed.,  Málaga, Impr. Dardo, 1976. 

 

Voir aussi :

Le pain dur / El duro pan (31/03/2017) 

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25 juin 2018

Angèle Vannier (1917- 1980) : J'adhère

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J'adhère

 

     J'adhère au chant du berger solitaire qui use du bois de son propre corps

pour alimenter le feu créateur

     J'adhère au voyou à l'oeil louche qui jette son mégot contre une meule de

paille pour griller l'antre du métayer

     J'adhère à la jeune fille qui se noie dans les eaux inférieures pour un

simple chagrin d'amour

     J'adhère à la chute des eaux supérieures qui lavent notre crasse et fait

des vierges avec des putains épuisées

     J'adhère aux crucifiés de tous les siècles pour cause de guerre de religion

     J'adhère aux filles de joie qui se promènent dans les chansons à boire

assassinées par les rouliers dans les soupentes 

     J'adhère au feu à l'eau au sang quelle que soient leurs sources et leurs

embouchures

     J'adhère à l'élément trouvé pour faire la soudure dans les mines de la

nature.

 

Avec la permission de Dieu

Editions Seghers, 1953

Voir aussi :

L’aveugle à son miroir (29/06/2017)

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