Femmes en Poésie

15 février 2020

Zu Shuzhen / 朱淑真 (1135 – 1180) : « Je marche seule... »

 

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Plainte vernale

Air : « Les Magnolias. Version abrégée »

 

Je marche seule, je m’assois seule,

Je chante seule et seule reprends en chœur, seule encore je m’allonge.

Un long moment debout, l’esprit ennuyé,

Rien à faire contre le froid léger qui effleure...

 

Un tel émoi, qui le verra ?

Mes larmes lavent le fard qui déjà s’efface à demi,

Tristesse et maladies se succèdent,

J’ai coupé toutes les mèches des lampes, mon rêve n’est pas venu.

 

Traduit du chinois par Stéphane Feuillas

in, « Anthologie de la poésie chinoise »

Editions Gallimard (La Pléiade), 2015

 

Voir aussi :

Sur l’air « Sheng tsa tse » (23/04/2017)

Touchée par les paroles d’un fermier pendant les chaleurs sèches (19/02/2018)

En regardant voler les couples d’hirondelles (16/02/19)

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11 février 2020

Danièle Collobert (1940 – 1978) : reprendre

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reprendre – avant la certitude de l’impossibilité – reprendre

chaque jour les tentatives pour y arriver – inlassablement

- çà n’à jamais cessé – depuis la première fois – au début

- comme une seconde naissance – le long de la mer – le

long d’une baie où la mer déferle avec violence – tout le

temps – marcher pendant des jours – entre la ligne de mer

et les marais – pas un arbre -  pas une maison pendant des

jours – jusqu’à l’épuisement – l’abandon – la solitude au

monde – la peur pour la première fois – collée pour toujours

au corps – fin du souvenir – fin de l’innocence

 

Dire : I-II 

Seghers / Laffont, Editeurs, 1972

Voir aussi :

Là-ramassé (08/04/2017)

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03 février 2020

Louise Labé (1526- 1666) : « Ô doux regards... »

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Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté

Petits jardins pleins de fleurs amoureuses

Où sont d’Amour les flèches dangereuses,

Tant à vous voir mon oeil s’est arrêté !

 

Ô coeur félon, ô rude cruauté,

Tant tu me tiens de façons rigoureuses,

Tant j’ai coulé de larmes langoureuses,

Sentant l’ardeur de mon coeur tourmenté !

 

Donques, mes yeux, tant de plaisir avez,

Tant de bons tours par ces yeux recevez ;

Mais toi, mon coeur, plus les vois s’y complaire,

 

Plus tu languis, plus en as de souci.

Or devinez si je suis aise aussi,

Sentant mon oeil être à mon coeur contraire.

Voir aussi :

« Baise m’encor, … » (16/01/2017) 

« Je vis, je meurs… » (12/02/2017)

« Tant que mes yeux… » (24/04/2017)

« Ne reprenez, Dames… » (05/02/2018)

« Telle j’ai vu... » (03/02/2019)

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26 janvier 2020

Louise Warren (1956 -) : L’Amant gris

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L’Amant gris

 

Tu ne sais pas grand-chose

de moi. Tu connais le goût

du vin laissé sur ma langue mais tu n’as pas goûté à ma bouche

gonflée de sommeil. Tu sais

que la nuit je vois des serpents et des flèches

sur les murs de ma chambre et j’entends siffler

des trains. Quand la lune est ronde,

elle fait des vœux, seulement les mercredis de pleine lune,

seulement les mercredis. Tu connais un échantillon de ma peau

et tu sais les tissus qui m’habillent. Tu as deviné

que la soie sauvage est agréable à toucher. Je ne te demanderai pas

de caresser ma tête, çà fait tellement longtemps. J’aime

quand tu me dis à bientôt et je m’obstine

à ne pas poser de rideaux aux fenêtres. Tu as appris mon âge :

tu l’oublies toujours. Tu ne reconnais pas encore ma voix

au téléphone. Dans la pièce vide, il y a un store,

c’est l’unique chose à manipuler dans l’ancienne chambre.

C’est parce que je ne te connais pas autrement

qu’à travers les apparences ... Que disais-tu

de ce chandail porté ce soir-là ?

 

L’Amant gris,

Editions Triptyque, Montréal (Québec), 1984

Voir aussi :

« Minuit moins vingt... » (02/02/17)

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12 janvier 2020

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : A Vincent Van Gogh

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V

 

A Vincent Van Gogh

 

Dans la chambre hermétique et sur les routes de chrome plus closes encore, où

          vit ton amour

     Je t’ai vu.

     J’ai vu ton sang éclos en de grands tournesols, stigmates jaillissants de tes

mains comme de splendides soleils de quatorze juillet aux mains des facteurs et

des bougnats ;

     Perpétuelles toccatas de feu dans l’outremer de ta gloire.

 

Alphabets de Soleils

Editions Seghers, 1952

Voir aussi :

« Des soleils noirs… » (19/04/2017)

« J’ai plongé mon avide soif… » (12/01/2018)

« Les ancolies d’ébène... » (12/01/19)

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11 janvier 2020

Anna-Elisabeth de Noailles (1876 - 1933) : L’empreinte

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L’Empreinte

 

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,

D’une si rude étreinte et d’un tel serrement,

Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie

Elle s’échauffera de mon enlacement.

 

La mer, abondamment sur le monde étalée,

Gardera, dans la route errante de son eau,

Le goût de ma douleur qui est âcre et salée

Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

 

Je laisserai de moi dans le pli des collines

La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,

Et la cigale assise aux branches de l’épine

Fera vibrer le cri strident de mon désir.

 

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle

Et le gazon touffu sur les bords des fossés

Sentiront palpiter et fuir comme des ailes

Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.

 

La nature qui fut ma joie et mon domaine

Respirera dans l’air ma persistante odeur,

Et sur l’abattement de la tristesse humaine

Je laisserai la forme unique de mon cœur...

 

 

Le Cœur innombrable

Calmann- Lévy, Editeur, 1901

Voir aussi :

« T'aimer… » (15/04/2017)

  Il fera longtemps clair ce soir (09/11/17)  

- Offrande à la nature (09/11/18)

 

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10 janvier 2020

Renée Vivien (1877 – 1909) : Vers le nord

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Vers le nord

 

Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le nord,

Affermissant leur vol pour la lutte et l’effort,

L’air du large frissonne et souffle dans leurs ailes...

 

Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le nord...

 

L’air du large frissonne et souffle dans leurs ailes,

Elles vont vers le nord aux neiges solennelles,

L’ondoyant infini ruisselle sous leurs yeux...

Elles vont vers le nord aux neiges solennelles...

 

Elles vont vers le rêve et le charme des cieux

Délicats et changeant comme une âme d’opale...

Ah ! Les lointains voilés, la neige virginale

Qui réfléchit l’azur atténué des cieux !

 

Elles vont vers la brume où flottent les fantômes,

Les pâles arcs-en-ciel, les glaciers et les dômes

Des montagnes, des fjords aux eaux froides, l’hiver,

 

Les roches et la brume où flottent les fantômes...

 

Le vent du nord s’élève au profond de l’éther :

L’odeur de l’océan est son baiser amer.

Voici que s’affranchit et roule dans l’espace

Le vent du nord, l’esprit glorieux de l’hiver...

 

Et, magnifiquement ivres de l’air qui passe,

Affermissant leur vol pour la lutte et l’effort,

Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le nord.

 

Evocations

Alphonse Lemerre éditeur,1903

Voir aussi :

Victoire (04/02/2017)

Nocturne (15/03/2017)

Devant l’été (18/04/2017)

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07 janvier 2020

Prune Mateo (1978 -) : Les jours obscurs

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Les jours obscurs

 

o

on peut regarder le ciel très longtemps

oo

 

 

 

 

o

notre appartement

à Orlando

avait vue sur la baie

 

des heures

 

fixant les eaux

proche de m’assoupir

 

toujours attendre

jusqu’à ce que rien ne soit stable

oo

 

 

 

o

des heures

à

fixer les eaux

jusqu’à ce que tout s’évanouisse

 

l’eau est

ce vide

qui ne trouve pas de forme

 

il faudrait parler

agir

mais mes yeux prisonniers

 

cherchent

 

le seul vertige

oo

 

 

 

o

au début j’ai cru que c’était

la fatigue

ou l’ennui

 

c’est autre chose

 

une personne normale

n’est pas censée regarder

les

choses si longtemps

oo

 

 

 

o

avec tant d’espoir

oo

 

 

 

o

mes yeux s’échappent

au-delà de la ville

 

et j’ai l’impression

d’être

 

plusieurs personnes

oo

 

 

 

o

l’une d’elle est ici

à la fenêtre elle

contemple

 

le temps qui passe

sur

la place ensommeillée

 

mais je continue de croire qu’une autre quelque part

est en train de vivre ma vie

oo

 

 

 

o

des fois j’ai l’impression

d’avoir

mis en route une machine

dans ma tête

 

et j’aurais oublié de quoi il s’agissait au départ

 

maintenant c’est une voix rauque

qui parle à ma place

et décide généralement que les choses

ne valent

pas la peine d’être faites

oo

 

 

 

o

des hirondelles

 

des hirondelles en nombre

perdues

peut-être l’océan

 

oui

comment peut-on imaginer

oo

 

 

 

o

Derrière les cyprès

là où le jour tombe

sans hésiter

saute du pont

 

le danger est inutile

nos peurs sont inutiles

oublie tout çà

 

Regarde en bas

ce même vide chaque fois

oo

 

In, Revue « Conséquence,#2 »,2017

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27 décembre 2019

Fabienne Courtade (1957 -) : « Nuits / d’une noirceur à l’autre... »

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Nuits

d’une noirceur à l’autre

quel lambeau furtif

 

quel instant infime

retombe

nuit gravat      d’autres nuits

ou bien les mêmes

 

replis

foule qui passe

se répète

aubes aux lignes

 

lointaines

nuits     sur quoi

sur qui     viennent et s’érigent

ces mêmes levers

blancs morts vifs     aux anges des murs

avions-nous buté

mille fois

sans jamais plus arrêter

 

Nuits

foules

qui passe lorsque se répète

 

ce grand jeté des abîmes

crachat

ordure

tressaille

 

béante gouffre

 

porte qui claque

les dents crissent

sur l’obstacle

vide

 

nuis     et de grandes foules joyeuses

qui garde

ce couteau

prêt à frapper

 

gestes     un peu plus loin

ou en retrait     à la dérobée

regarder

sous les paupières

 

lisières

tache     esquive des poussières

des nuits     et de grands vents de grands pays

basculent

 

Nous, infiniment risqués

Editions Verdier, 11220 Lagrasse, 1987

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18 décembre 2019

Joyce Mansour (1928 – 1986) : « Les vices des hommes... »

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Les vices des hommes

Sont mon domaine

Leurs plaies mes doux gâteaux

J’aime mâcher leurs viles pensées

Car leur laideur fait ma beauté.

 

Cris

Editions Seghers, 1953

Voir aussi :

Bleu comme le désert (15/01/2017) 

Le téléphone sonne (18/02/2017)

Chant arabe (22/03/2017)

 « Vous ne connaissez pas… » (29/04/2017)

Trous noirs (22/03/2018)

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