Femmes en Poésie

16 juin 2021

Rita Mestokosho (1966 -) : « J’ai rêvé du Paradis... »

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J’ai rêvé du Paradis

 

Dans le monde du Paradis

C’est l’hiver tout est blanc

Les saisons vivent ensemble

Et les Êtres de lumière

Sont habillés de couleurs.

 

Je suis arrivée là-bas

En plein rassemblement

La voix invisible m’a parlé

J’ai demandé où j’étais

« Tu es au Paradis » m’a-t-il dit.

 

Je me suis étendu sur la neige

Le froid n’existe pas

Le Temps n’existe pas

J’ai senti seulement un bien-être

Que je ne peux pas expliquer.

 

Le Paradis vit sur la montagne

Qui touche les nuages

J’ai vu l’arbre sacré

J’ai vu les saisons qui parlent ensemble

L’arbre sacré est tellement haut.

 

Le bois dont est fait l’arbre sacré

Est sculpté comme le bois de plage

Qui a passé du temps avec la mer

J’ai monté tout en haut

Invité par le Grand Père ours.

 

Il y avait deux petits ours tout là-haut

Ils regardent notre vie à tous

Ils parlent ensemble et veillent sur nous

Ils parlent notre langue

Ils m’on dit qu’ils viendraient nous voir.

 

La voix invisible m’a suivie pendant mon séjour

Le temps d’un rêve le temps d’un soupir

Je lui ai dit : je suis bien ici

Je veux rester là couchée sur la neige du Paradis

Il m’a dit : retourne chez toi.

 

Le monde des Esprits travaille fort

Ils sont ensemble et parlent

Leurs visages sont dorés un peu cuivrés

Je ne pouvais pas les approcher

Et je n’avais pas à les approcher.

 

J’ai vu les petits êtres aussi

Gardés dans un sac en cuir

Il y avait une petite île

Où vivent mes ancêtres

C’est à eux que sont confiés les petits êtres.

 

Lorsque la voix invisible m’a parlé

Sa parole était claire

J’ai un chemin sur terre

Je suis reconnaissant pour la vie

J’ai un rêve dans mes mains.

 

Ce voyage au bout du Paradis

Est le début de mon voyage sur Terre

Mon mistapéo brille à tous les jours

Je l’entends vibrer avec vous

Tshishe Manitu tshinashkumitin...

 

Il fait un temps de poème. Volume 2

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men

Filigranes Editions, 22140 Trézélan, 2013

De la même autrice :

Un peuple sans terre (26/04/2017)

Aide-nous, grand-père / Uitshinan Nimushum (11/03/2018)

Mistapéo, l’âme de la Tierra (08/03/2019)

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08 juin 2021

Françoise Morvan (1958 -) : Retour/Allège

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Retour

 

Le cri du grèbe et le roseau creusé

Sur la grève ouverte ou le gravier d’eau

Comme au travers d’un cristal de sulfure

Rendent l’hiver plus tendre et plus fragile

 

Lorsqu’on entre à l’aube dans la maison vide

Le long souvenir des amis perdus

Forme un écran de soie tendu sur le jour

Où vont sans êtres vues les formes des fantômes.

 

Allège

 

Cristaux de neige en train de se défaire au soleil

Odeur bleuâtre du grésil

Une abeille endormie de froid

Le lin glacé dans l’armoire

 

Un enfant roux seul sur la route

Ses talons tintant sur la pierre

Le fer étoilé fracassant les flaques

Comme on écrase un squelette d’oiseau.

 

Cristal de glace au cœur

S’il glisse vers le ciel

Où le traineau de la reine des neiges

Ouvre ses transparences silencieuses

 

Le jour entier s’ouvre sur l’infini

Mais le livre posé sur l’allège se ferme

Et le voilage ombrant les fougères de givre

Ne laisse à discerner qu’un fin croissant de lune.

 

 

Vigile de Décembre

Editions Mesure, 2019

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13 mai 2021

Sapphô / Σαπφώ (Vers 1630 – Vers 1580 av. J.C.) « ... Rien n’est plus beau... »

2017_10377238_0[1]Alphonse Osbert (1857 - 1939) : Sapho ou La poésie lyrique. Huile sur panneau

 

... Rien n’est plus beau, dit l’un, qu’une imposante armée ;

L’autre : rien n’est plus beau qu’une escadre en plein vent.

Rien n’est plus beau pour moi que le coeur de l’aimée

Chacune fait son choix et risque en le suivant

Des enfants des parents, un nom, des biens quittés ;

Hélène pour Pâris fit brûler des cités.

Le doux bruit de tes pas, ton beau visage tendre,

J’aimerai mieux le voir, j’aimerai mieux l’entendre

Que le char du Grand Roi et sa garde d’honneur.

Hélas ! Nul être humain n’a longtemps son bonheur,

Mais cet étroit lien que l’Amour a lié,

Mieux vaut le regretter que l’avoir oublié...

 

 

Traduit du grec par Marguerite Yourcenar,

In, « La couronne et la lyre,

Anthologie de la poésie grecque ancienne »

Editions Gallimard, 1979

Voir aussi :

 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (22/02/2017)

Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (30/03/2017)

A une aimée (10/05/2017)

Nocturnes (14/05/201919)

 « Et je ne reverrai jamais... » (13/05/20)

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05 mai 2021

Marie Noël (1883 – 1967) : « Quand il est entré dans mon logis clos... »

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Chanson


 
Quand il est entré dans mon logis clos,

J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre,

L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos...

Sais-je depuis quand j’étais là sans être ?

 


Et je cousais, je cousais, je cousais...

— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

 


Il m’a demandé des outils à nous.

Mes pieds ont couru, si vifs dans la salle,

Qu’ils semblaient, — si gais, si légers, si doux, —

Deux petits oiseaux caressant la dalle.

 


De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais...

— Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais ?

 

  Il m’a demandé du beurre, du pain,

— Ma main en l’ouvrant caressait la huche —

Du cidre nouveau, j’allais, et ma main

Caressait les bols, la table, la cruche.

 


Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais...

— Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais ?

 


Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi

Jai parlé de tout, des poules, des chèvres,

Du froid et du chaud, des gens, et ma voix

En sortant de moi caressait mes lèvres...

 


Et je causais, je causais, je causais...

 — Mon cœur, qu’est-ce que tu disais ?

 


Quand il est parti, pour finir l’ourlet

Que j’avais laissé, je me suis assise...

L’aiguille chantait, l’aiguille volait,

 Mes doigts caressaient notre toile bise...

 

  Et je cousais, je cousais, je cousais...

— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

 

 Les Chansons et les Heures

Sansot éditeur, 1920

Voir aussi :

 Crépuscule (23/02/2017)

Retraite (28/03/2017)

« Les chansons que je fais… » (09/05/2017)

Attente (06/05/2018)

Connais-moi... (04/05/2019)

Vision (04/052020)

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01 mai 2021

Marcela Delpastre (1925 – 1998) : « Comme l’eau va un jour... » / « Coma l’aiga que vai, un jorn... »

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Comme l’eau va un jour. Un jour que je m’attardais sous les trembles, un

jour que le grand vent arrachait du ciel les nuées et les pauvres feuilles de

l’arbre,

     comme l’eau va et ne sait où elle va, une fois tu m’as regardée ; comme

un rayon de soleil qui traverse un nuage et qui tombe sur l’eau, et qui vole

plus loin,

     ainsi tu m’as regardée ; une fois peut-être... le temps que passe l’eau, et le

temps qui s’en va, le temps que le vent passe. Et ne me demande pas où l’eau

s’en va, ni pourquoi le temps passe.

(La vigne dans le jardin)

 

Traduit de l’occitan par Marcelle Delpastre. 

 

     Coma l’aiga que vai, un jorn. Un jorn que m’aplantei jos los tremols, un

jorn que lo grand vent desraijava dau ciau las nivols e las paubras fuelhas de

l’aubre,

     coma l’aiga que vai mai sap pas onte vai, un còp m’aviseras ; coma un rai

de solelh que traucha la nivol e que tomba sus l’aiga, e que vòla pus luenh, 

     aitau m’aviseras ; un còp beleu... lo temps que passe l’aiga ; e lo temps que

s’en vai, lo temps que lo vent passa. E ne demandes pas onte l’aiga s’en vai, ni

perque lo vent passa.

 

La vinha dins l’òrt,

Poème limousin avec traduction française

Escòle Jaufre Rudel , Bordeaux, 1967

Voir aussi :

« Entre toutes choses... » / « Entre tot... » (01/05/2020)

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22 avril 2021

Marceline Desbordes – Valmore (1786-1859) : La fileuse

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La fileuse

 

Le ciel est haut, la lune est rouge et pleine ;

Le tisserand chante à manquer d’haleine ;

La terre tourne et travaille tout bas ;

Et mon fuseau pourtant ne tourne pas !

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi soleil,

          J’ai tant sommeil !

 


De mon rouet le bruit me berce l’âme ;

J’ai les yeux gros de regarder la flamme.

Aube, chère aube, à quand votre retour ?

Je filerai quand filera le jour.

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi, soleil,

          J’ai tant sommeil !



Mes yeux fermés suivent un si beau songe !

S’il n’est pas vrai, mon Dieu ! qu’il se prolonge.

Ô mes fuseaux, tournez si doucement

Que sur ma lampe il s’appuie un moment !

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi, soleil,

          J’ai tant sommeil !

 

Bouquets et prières

Dumont éditeur, 1843

Voir aussi :

Les Roses de Saadi (08/02/2017)

Qu'en avez-vous fait ? (20/031/2017)

Les séparés (25/04/2017)

« J’étais à toi... » (06/07/2018)

La lune des fleurs (22/04/2020)

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09 avril 2021

Hadassa Tal (1953 -) : Fille

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Fille

Peut-être vais-je révéler ton nom

le crier, le crier lentement

le respirer

peut-être vais-je le taire

l’unir à l’ivresse du raisin pressé

le siroter et grogner, imbibée de vent

murmurer un hymne aux herbes marines

le dégorger de rochers suant dans la lumière, pieds dans l’eau

peut-être vais-je y déchirer le silence

le déposer dans le ventre d’une cigale et dans les éboulis de sa voix,

ton nom s’élèvera si pleinement humain, comblant de douceur la vie.

Peut-être…

peut-être vais-je livrer la flamme désespérée à la rose

faire germer le chagrin dans la terre, et avec lui, une étourderie printanière

peut-être fleurira-t-elle

depuis les frissons du jardin en friche je crierai « Viens, le dîner est prêt »

Mais parle, parle-moi comme les saisons, parle-moi comme la pluie,

parle

Je comprendrai peut-être le poème éternel des mortels.

 

      Dans la pupille de ta perte, moi, un reflet

Toi, la fine lumière emperlée qui tombe.

 

      Tu as glissé

comme la soie sur la peau

d’un corps nu,

sur les seins

de la nuit

noire

brûle

une

étoile

 

Traduit de l’hébreu par Eliana B.R.

In, Revue « Temporel, N°2, 23 Avril 2007 »

Revue en ligne publiée par l’Atelier GuyAnne, 77144 Chalifert

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04 avril 2021

Denise Le Dantec (1939 -) : Les fileuses d’étoupes (III)

 

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Les fileuses d’étoupe (III)

 

 

Si tu veux m’appeler ou recevoir de moi quelques

     nouvelles,

Ne perds pas ton temps à te tirer la barbe face

     aux nœuds terribles de l’éternité

Ne chante ni les refrains du sommeil ni ceux des

     pleurs ni ceux de la gaieté

 

 

 

 

Car dans ce temps de famine

Tu es mon ennemi

 

Et je suis le tien

 

 

 

 

Du haut de l’escarpement de la nuit

J’essaie d’entrevoir entre nous ce qui fut :

 

Parmi les épieux des frondaisons d’épines

Je vois les vents basculer nos amours

 

Et tout ce qui nous semblait magnitude

Sous le grand silence du ciel

Perdure avec les oiseaux d’en-bas qui les dévorent

Leur assurant par les éclairs solides de leurs vols

 

Leur part d’enfer

 

 

 

 

Nous ne sommes plus rien

Quand nous plongeons nos yeux dans nos miroirs

Et peignons nos cheveux du côté où nous ne

     sommes pas

 

Enroulée dans les draps de ténèbres

 

 

 

 

Visible et invisible

Dans la douceur d’ordures de notre terre

 

 

 

 

Car au moment de l’ouragan, Saint-Ange,

Tu n’es plus que l’oiseau des colères

Excitant la démence

 

 

 

 

Entre les grilles du ciel

Les cris de Blodeuwedd

Et sur la terre, les bogues pourrissantes

 

L’échec du cri sur la berme

 

* * * * *

 

Si haut que soit mon blason

 

Le soc de la vague

 

 

 

 

A l’invite de l’amour ou à l’appel de la mort

Il a fallu se battre sur les mers

 

Eriger les cierges des Prières

 

 

 

 

Il a fallu se battre

Contre les glaçons à coups de glaçons

 

 

 

 

Résister à l’empoisonnement des baies

Dans le repli des roches

 

Le soir

Quand perdue dans les champs

Les grillages se referment

 

 

 

 

O oiseaux de Rhiannon

Qui endormez les vivants et réveillez les morts

Plongez vos chants au fond de mes viscères

Dénouez les nœuds de mes silences

Pénétrez mes seins, mes flancs

Prenez l’ardeur giclante de mes yeux

Enfoncez-les, verts et nouveaux, aux plus intimes

     de mes parts

Démembrez tout mon corps

Dissipez-les dans les ajoncs, les frênes et les troënes

Er chantez

 

O oiseaux noirs de Gwendollen

Cachés dans l’océan immense

Couvrez le monde des neiges de vos cris

Afin qu’ouvrant les yeux      

Il pleure

 

O corbeaux d’Orwein

Dans les champs de la brume et le noir des arrées

La terre durcit entre les doigts gelés des herbes

Le vent fait tournoyer nos corps

Cris et clameurs sortent des rocs

 

 

 

 

O oiseau de Perceval

En ce creux de la roche au milieu de la nuit

 

O oiseau de Drutwas

Les Cochons du Sud ont ravagé la terre des

     Promesses

Là où croissaient les reines-des-prés

Et les airelles parmi la mousse

 

La porte du champ s’ouvre sur un chêne noir

 

 

 

 

O Saint Ange des liesses et des bruyères en fleurs

J’ai toute l’ardeur qu’il faut dans ce champ

     de Décembre

 

Où tu me quittes

 

 

 

 

Au grand large, la lune vient coucher avec la mer

 

Au fond du silence, comme un baquet,

Remuent quelques flots

 

Au loin,

Ardent les pointes glacées du jour

 

* * * * *

.........................................

 

Les fileuses d’étoupe

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017) 

Les fileuses d’étoupes (I) (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

Mémoire des dunes (06/10/2019)

Les fileuses d’étoupes (II) (06/10/2020)

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31 mars 2021

Clod’Aria (1916 - 2015) : J’ai jamais pu...

 

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J’ai jamais pu...

(complainte de la mauvaise insti)

 

Mener les gosses au pas de l’oie

en rang par deux en rang par trois

vers la routine du b-a ba

              J’ai jamais pu

 

Entrer à l’heure au chronomètre

et suivre l’horaire à la lettre

quand on a l’infini en tête

              J’ai jamais pu

 

Compter les fusils les cadavres

sur le sol rougi des batailles

où tous les rois sont des canailles

              J’ai jamais pu

 

Etriper l’oiseau la souris

pour voir dedans ce qu’on a mis

sans vouloir entendre leurs cris

              J’ai jamais pu

 

Brasser les gros sous de la caisse

voir si çà monte ou si ça baisse

vendre des pétards de kermesse

              J’ai jamais pu

 

Arrêter le rêve qui se perd

par la fenêtre sur l’arbre vert

et crier au cœur de se taire

              J’ai jamais pu

 

Clouer le rire au tableau noir

épingler l’insecte et l’espoir

mettre la vie dans le tiroir

              J’ai jamais pu...

 

... sans mourir un peu chaque soir...

 

 (La machine à battre, 1974)

Poèmes choisis

Plein chant éditeur, 1976

Voir aussi :

  La mère de famille (30/03/2019)

Symbole (27/03/2020)

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21 mars 2021

Inger Christensen (1935 - 2009) : Lumière

 

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Lumière

 

I

Je reconnais là

une clairière dans la langue

les mots refermés

sont là pour être aimés

pour être répétés jusqu’au simple

Un cygne replié

sur un œuf

est encore en nous

un écho de création

Et le cygne enlève

ton œil vers le soleil

encore une fois

présage d’un miracle

 

On peut dans le mot

reconnaître la lumière

acte incroyable

de l’homme à la femme

Un mot qui change

ton âme en cygne :

juste asse simple

pour former un œuf.

La langue qui se replie

dans l’œuf,

ses ailes portent

de la naissance à la lumière

Et le soleil est là pour être aimé.

 

II

Je pense un soleil

un cygne, une démence

une matière qui luit

sans matière

et balance indéfiniment

la lanterne du hasard

Une lumière est

un miracle si corporel

quand l’éternité se condense

approche

et ne tue pas

 

Je pense un masque

de soleil marbré

un costume de plumes raides

et de matière grise

Que la mort soit si froide

Je pense un miracle

le cœur est une lanterne

que le hasard balance

entre ce moi

et rien

dans la démence de la lumière

 

III

Je pense une lumière

le soleil est plus fort

lucide je comprends

la chute des corps

des flocons de lumière

tournoient sur eux-mêmes

 

Je pense une promesse

pareille à la pureté

la lumière nous a donné

des ailes plus fortes

qu’au soleil dans l’espace

pour le fait de mourir

 

A part ça rien, le corps

à peine éclairé

par sa promesse diffuse

jamais le moindre mur

et seule chose durable :

je pense une lumière

 

IV

Croître est une chose

de même nature

Je pense un arbre

un oiseau, une image

traversant toutes limites

des ailes écrivent

la croissance du rêve

Où tu es tombé

Le sommeil a d’autres gouffres

il délie les vents

du déjà délié

 

Je pense un chagrin

où il est tombé

l’oiseau encore

a suspendu un nid

aussi grand que le ciel

et mon âme l’habite

Croître est une chose

peut-être la même

qu’habiter le rêve

Aucun chagrin n’empêche

l’oiseau et l’image

 

V

Répète pour moi

ceci suffit

ceci est la lumière

fumante du corps

ceci est maintenant

 

La poussière n’a aucun

écho désespérant

notre seule vie

est la rose de vie

que nous aimons

 

Répète le mon amour

la lanterne que tu balances

autour de moi sans bruit

c’est une fois encore

un enfant qui commence

 

Traduit du danois par Janine et Karl Poulsen

in, « Lumière »

Les cahiers de Royaumont,1989

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