Femmes en Poésie

15 novembre 2019

Lucie Thésée (? – 19...) : « Beau comme ... »

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Beau comme…

 

     Beau comme une haute vague écumante jaillissant dans un globe de cristal.

     Beau comme un léger souffle dans le tulle de la vie.

     Beau comme un pleur à la pointe d’un jour radieux sur in visage parfaitement

immobile. 

     Beau comme la flamme.

     Beau comme un immense ciel insondable percé d’une étoile de dernière

grandeur.   

 

     Mais beau comme un ciel de mer et une terre comme fond de la mer

     Mais beau comme ciel de mer, et terre comme fond de mer… Passionnant 

à voir ce que l’homme pourrait être dans le tableau

 

     Beau comme un dormeur à ciel ouvert dans la fourmillante activité d’une

grande nuit tropicale.

     Beau comme le fascinant décor du grand minuit tropical entre deux doigts

aux ongles félins…

     Beau comme le vol de feu d’une multitude de lucioles éclatant d’une mer

plate sans horizon par une nuit marine.

     Beau comme une bulle de savon irisée percée d’une fine épingle et effleurant

sans cesse une robe noire.

     Beau comme un cœur traversé d’une flèche d’arc-en-ciel.

 

     Beau comme une ombre géante lentement mouvante sur une cloison en

demi-teinte

     Beau comme le mouvement

     Beau comme la vie avec le poison de la vie

     Beau comme le sang du soleil…

 

Revue « Tropiques, N° 5, Avril 1942 »

Fort de France, Martinique, 1942

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25 octobre 2019

Déwé Gorodey (1949 -) : Nuits nues

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Nuits nues

à toi, ma sœur kanake

 

                              Nuits nues

                              Ombres sans lune

                              Seul l’aveugle à vie

                              vit avec ta peau

                              belle

                              femme qui attend

                              dans les nuits nues

 

Tu es la iule (1) errante au bord des sources le long des rivières et des ruisseaux

tu t’enroules dans ta chevelure qui te recouvre toute

Puis à la venue du guerrier qui poursuit la fille enfuie de la Tribu

tu te dénudes tu te découvres tu t’ouvres

Et l’âme du fils de la tribu

pénètre dans ta chevelure et s’y perd

L’âme du fils de la tribu l’esprit du guerrier

sont devenus la case où vit la iule errante

 

Tu es la fleur sans cesse effeuillée par les souffles du récif le dieu cyclone

tu te laisses cueillir au gré des nuits interminables

par les mains les doigts qui manient les sagaies les haches ostensoirs et les

     casse-têtes

tu t’abandonnes tu te fanes tu revis

et tes mains du tayo (2) se lassent

et les armes du tayo reposent en paix

les haches les sagaies les casse-têtes se sont endormis

et sont sages totems de tes pétales immortels

 

Tu es la pluie limpide qui hante la haute montagne gardienne des esprits tabous

 

L’appel anxieux du sorcier faiseur de pluie te tente

Devenue multitude pour lui tu quittes les nues

dans la noire folie des eaux

Et la danse du sorcier t’accueille

et les voies rituelles cette nuit se taisent

La rivière de la vallée vous a engloutis

et les paroles du sorcier deviennent gouttes de pluie

 

                              Yeux clos

                              Larmes de joie

                              A l’aube la rosée

                              jaillit de tes seins

                              sources

                              eaux qui divaguent

                              dans tes yeux clos

(Montpellier, 14 janvier 1972)

 

(1) iule : sorte de chenille, assimilée à une nymphe des sources et des bois. Totem de certains

clans, elle est réputée pour égarer ou rendre fous les passants.

 

(2) tayo : homme kanak

 

Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984

Voir aussi :

Fille perdue (25/10/2017)

Et les prospectus (25/10/2018)

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18 octobre 2019

Sofia Queiros (1968 -) : « Je peux porter ... »

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Je peux porter toutes sortes de choses sur ma

tête. Lourdes et encombrantes.

Entre mes cheveux et tout ça. Un chiffon plié

et replié. Les yeux droits.

Je peux porter autant. Parce qu’il s’agit de

vivre.

 

Je suis de ces femmes noires. De cette terre qui

fut la mienne.

De cette force sans choix.

 

Je suis de ces pieds nus qui ne se chaussent que

le dimanche.

 

Carabine

Editions Ecrits des Forges, Trois-Rivières (Canada), 2007

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16 octobre 2019

Nelly Sachs (1891 – 1970) : Papillon / Schmetterling

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Papillon

Quel bel Au-Delà

peint dans ta poussière.

Par le noyau de flammes de la terre,

par son écorce de pierre

tu as été offert,

voile d’adieu dans la mesure des périssabilités.

 

Papillon

bonne nuit de tous les êtres !

Les poids de la vie et de la mort

s’affaissent avec tes ailes

sur la rose

qui fane avec la lumière mûrissant vers le pays.

 

Quel bel Au-Delà

peint dans ta poussière.

Quels signes royaux

dans le secret de l’air.

 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

 

Schmetterling

 

Welch schönes Jenseits

ist in deinen Staub gemalt.

Durch den Flammenkern der Erde,

durch ihre steinerne Schale

wurdest du gereicht,

Abschiedswebe in der Vergänglichkeiten Maß.

 

Schmetterling

aller Wesen gute Nacht!

Die Gewichte von Leben und Tod

senken sich mit deinen Flügeln

auf die Rose nieder

die mit dem heimwärts reifenden Licht welkt.

 

Welch schönes Jenseits

ist in deinen Staub gemalt.

Welch Königszeichen

im Geheimnis der Luft.

 

Sternverdunkelung. Gedichte.

Bermann-Fischer/Querido, Amsterdam 1949.

 

Voir aussi :

« Ici où dans le sel… » (05/03/2017)

« Des langues de mer salées… » (12/04/2017)

« Rêve surcroît du dormeur… / « Traum der den Schlafenden… » (16/10/2017)

« Vous mes morts... » / « Ihr meine Toten... » (17/10/2018)

 

 

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12 octobre 2019

André Chedid (1920 – 2011) : Regarder l’enfance

 

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Regarder l’enfance

 

Jusqu’aux bords de ta vie

Tu porteras ton enfance

Ses fables et ses larmes

Ses grelots et ses peurs

 

Tout au long de tes jours

Te précède ton enfance

Entravant ta marche

Ou te frayant un chemin

 

Singulier et magique

L’œil de ton enfance

Qui détient à sa source

L’univers des regards.

 

Epreuves du vivant

Editions Flammarion,1983

Voir aussi :

Le cœur naviguant (26/01/2017)  

L’escapade des saisons (06/03/2017)

Je t’aime, hostile oiseau (13/04/2017)

Par-delà les mots… (12/10/2017)

Voix multiples (13/10/2018)

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08 octobre 2019

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Pour croire encore au bonheur... »

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Pour croire encore au bonheur

Il suffirait qu’un oiseau passe

Dans les fontaines du ciel

Que le feuillage d’un arbre

S’éveille à la grâce du givre

Ecoute mon cœur est vivant

Ce soir au creux de la neige

Les choses lentement renaissent

Comme autrefois dans la chambre

La lampe fait son office

Et voilà que je te rejoins

Sur les hauteurs du silence.

Pour que ton ombre s’y repose

La neige est tendre sur ma gorge

Et le ciel retient le jour.

 

Le bonheur du jour

Editions Seghers, 1956

Voir aussi :

« Ce soir / la nuit est bleue… » (18/01/2017)

« J’ai vu des paysages… » (22/02/2017)

 « Ce printemps trop grand pour moi… » (03/04/2017)

Ilarie Voronca ... (24/07/2017)

 Le soleil griffait les tuiles... (09/10/2018)

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06 octobre 2019

Denise Le Dantec (1939 -) : mémoire des dunes

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mémoire des dunes

à Reinout

 

 

Stries

sur le gris arraché

à l’extrême du pays

 

sous l’œil,

c’est un champ de mémoire,

intact,

qui se retire

 

les vagues ne viennent plus

 

 

l’herbe s’annule

 

 

 

 

Peut-être,

une membrane

 

pour écrire

 

 

un silence de poisson

 

 

 

 

Ramures

sur l’étendue du sable,

 

preuve

par-delà l’oiseau blanc

qu’ici écuma l’océan

 

le mot humecté de salive

 

 

de tout ce qui commence

 

 

 

 

Vagues sédimentées,

 

l’étoile vivante du carex

accuse l’état blanc-sombre

de toute lumière

 

lointaine

 

 

 

remémorée

 

 

 

 

Matière étale

et sourde,

séparée de son eau

 

excoriée

 

la phrase écrit sa phrase

 

 

dans la phrase

 

 

 

 

Le geste simple du pinceau

suspendu avec l’encre

 

au-dessus de l’étendue natale

 

 

qui craint

 

 

 

 

Intimité

de l’espace :

 

la pulsation

raye :

 

la confusion des sables

 

 

à la surface

 

 

 

 

Au noir de l’œil

dans l’épars,

 

plantation de racines

 

le sable s’ouvre

 

 

pour voir

 

 

 

 

Pauvres,

les semences de la nuit

 

à déchiffrer

 

dans les alphabets

 

 

absents des botaniques

 

 

 

 

Et c’est un peu la pluie,

parmi les joncs,

qui fait briller

dans l’explosion de vent

qui les agite

 

avec des larmes

 

 

les mots

 

 

 

 

Immense

rosée de mer

 

dans la vallée des gneiss

 

les lumières

 

 

se raniment

 

 

 

 

De tertre en tertre,

le chardon

 

chiffre son bleu mouvant

 

 

où cela cingle

 

 

 

 

Etoile de mer,

posée,

 

en extase

 

 

sur le chemin

 

 

 

 

A l’instant clair

où l’œil,

ouvert plus haut,

 

apaise sa soif

 

dans ce qu’il voit

 

 

de l’océan

 

 

 

 

Semis silencieux

des lilas de mer

 

pente

d’essences

 

à demi-chemin

 

 

de la grande parole liquide

 

 

 

 

Rescapé des déluges,

l’oiseau signe

avec la lumière

 

et l’aile encore humide

 

 

vole dans l’air marin

 

 

 

 

Contrée

du rien et du multiple

 

avec cette marge de clarté

 

unique

 

 

ouverte sur le limon

 

 

 

 

Chargé de bleu

et d’indigo

 

avec la houle,

 

l’œil

voit

 

 

en regardant la mer

 

 

 

 

Sous l’entrepôt d’étoiles

     les caissons

 

     versent

 

 

     dans la magie

 

 

 

 

Intempestif

le poisson gît sur le roc

 

avant l’immersion bleu-nuit

 

 

feuilletée de vagues

 

 

 

 

Ortie de mer

où se dévêt l’écume,

 

l’à-peine fleurie

 

 

détachée de la vague

 

 

 

 

Rompu au vent

le pétrel

risque le bec

 

au point brisé

de l’eau

 

 

et crie

 

 

 

 

Stridence finale

de la parole

 

dans les traverses

 

 

vert-océan

 

 

 

 

... Nous conversons ensemble dans le bleu de l’obscur. D’un côté trop de mer,

trop de sable de l’autre. Les étoiles brillent suspendues aux roseaux poussés

au bord du ciel.

   A qui offrir cet abandon si vaste qui tantôt nous altère tantôt nous inonde ?

     Il n’y a ici ni stupeur ni espoir.

     L’immense s’assemble sous un grain de sable et s’évapore loin là-bas.

 

 

 

 

     Et de ce pays fatal qu’en créant je parcours rien ne reste à donner sinon, ô

lèvres fermées en espérance de sel, ce segment d’océan tombé en déshérence.

 

 

mémoire des dunes

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017)   

« O l’adieu… » (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

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24 septembre 2019

Bernadéte Bidàude ( 1968 -) : « Comme mille signatures ... »

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  Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     cicatrices et brûlures

     ampoule grattée jusqu’au sang

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent

     grains de sable, égratignures

     raies blanches et coutures

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et aussi tout ce qui ne se voit pas...

 

   Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau d’Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque a promis de lui faire la peau.

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

    

       Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent.

     grains de sable, égratignures,

     raies blanches et coutures,

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et toutes les invisibles traces ...

 

     Je te titille, tu te grattes

     je t’effleure, tu te tâtes

     tu me masses, tu me touches

     je te flatte, je te chatouille

     tu me pétris, je te frotte

     tu me palpes, je te tripote

     tu me pinces ... Aïe !

 

Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

y a la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau d’Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque s’est juré de lui faire la peau.

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

 

     Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides sur la peau de nos vies

 

     dragons et papillons

     fleurs de paradis,

     filles voluptueuses

     prénoms de nos folies

     jalonnent les épidermes

     balisent les corps

     tatouent les cuirs

     de nos histoires

 

     entre caresseurs et tueurs

     trop d’empreintes digitales

     trop de signes possessifs

     sur les corps abandonnés

     trop d’emprises sur la chair

     sur la tendresse de nos âmes

     sur le tendre des peaux

     on ne s’y reconnaît plus

 

     entre amoureux et tueurs

     trop d’empreintes digitales

     sur la peau des passions

     trop d’emprises dessinées

     sur la tendresse des chairs

     trop de signes possessifs

     sur les corps abandonnés

     on ne s’y reconnaît plus

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

 

 

     

       Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     cicatrices et brûlures

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     Mille et une traces sur la peau de nos âmes

     Mille et une rides sur la peau de nos vies

 

     Sous ton cuir, j’entends un rire

     tu sens une peine sous ma couenne,

     changer de souffle, de pieds, de ventre,

     devenir un battement d’aile

     soulever la peau de l’aube

     le voile de tous nos rêves

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau ?

 

 

 

 

     Comme mille signatures

     sur nos peaux de vivants,

     brûlures et cicatrices

     ampoule grattée jusqu’au sang

 

     mille et une traces sur la peau de nos âmes

     mille et une rides nous racontent et nous tissent

 

     grains de sable, égratignures

     raies blanches et coutures

     brûlures et cicatrices

     taches de naissance

     rides, stigmates et tatouages

     et toutes les invisibles traces.

 

     Je te titille, tu te grattes

     je t’effleure, tu te tâtes

     tu me masses, tu me touches

     je te flatte, je te chatouille

     tu me pétris, je te frotte

     tu me palpes, je te tripote

     tu me pinces ... Aïe !

 

Y a la peau d’pêche d’Isabelle qu’affole le monde des deux sexes

la peau d’orange de Marie-Ange qu’embaume la caisse de chez Leclerc

la peau d’banane de Mémé Suzanne que les morveux glissent sous ses savates

y a la peau d’ange du petit Clément que sa mère couve si pieusement

la peau d’serpent du gars Vincent qu’a dans la peau la petite Margot,

la peau d’vipère de la mère Henriette qu’à jamais pu sentir Paulo,

et la vieille peau de Monsieur Jobert qui supporte pas les noirs de peau

alors Alice qui a la niaque s’est juré de lui faire la peau !

 

     Ainsi va tout ce beau monde

     à fleur de plume

     à fleur de poil

     à fleur de peau.

 

Fleur de peau

Traces éditeur, 80540 Saint-Benoist-sur-Mer, 2009

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19 septembre 2019

Kadia Molodowski (1894 - 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Dieu de miséricorde

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Dieu de miséricorde

 

Dieu de miséricorde,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous sommes las de mourir, d’être morts

Et nous n’avons plus de prières,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous n’avons plus assez de sang

Pour être des victimes.

Notre demeure est devenue un désert

Et la terre pour nous est avare de tombes,

Plus de Livre pour nous des Lamentations

Plus de complaintes

Dans les vieux livres saints.

 

Dieu de miséricorde,

Sanctifie un autre pays,

Un autre mont.

Nous avons dispersé notre cendre sacrée

Sur tous les champs déjà, sur chaque pierre,

Nous avons payé

Avec des vieillards,

Des jeunes gens,

Des nouveau-nés

Chaque lettre de tes Dix Commandements.

 

Dieu de miséricorde,

Que ton sourcil de feu se lève :

Contemple les peuples du monde –

Et donne-leur les jours d’effroi, les prophéties.

En chaque langue on prêche ta parole,

Apprends-leur les actes

Et les chemins de l’endurance.

 

Dieu de miséricorde,

Donne-nous l’humble vêtement

Du berger parmi ses moutons,

Du forgeron à son marteau,

De la lingère et du peaussier,

Fussent-ils les plus grossiers.

Rends-nous encore une autre grâce,

Dieu de miséricorde :

 

Délivre-nous de l’aura du génie.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

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13 septembre 2019

Geneviève d’Hoop (1945 -) : « je n’ai jamais cessé d’être... »

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je n’ai jamais cessé d’être

cette écorce vive

qui mange ses syllabes

et aboie ses mots

 

le temps transpire jusqu’à la plage

où se défont mes rives

 

je clôture mes trois vies

j’additionne mes impatiences

je mesure l’espace déçu

 

étais-je un défaut

un intervalle

 

qui m’a couverte de ruines

pendant que je respirais

le temps

de l’aubépine

 

In, Revue » Poésie 1, N° 81-82, Novembre-Décembre 1980 »

Le Cherche Midi éditeur, 1980

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