Femmes en Poésie

02 septembre 2018

Laurice Schehadé (1908 – 2009) : « Mon pays, comme en la laine... » (08/18)

  

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     Mon pays, comme en la laine des blanches brebis, je voudrais passer mes

mains en toi, t’étreindre plus cher qu’un homme, que l’homme le plus aimé,

pays d’olives et de pain, de mes origines et de la joie, puis morte trouver une

place dans le cimetière où jouent la chèvre et l’enfant quand les fleurs fêtent

leur naissance.

*

     J’ai mal de t’avoir quitté, mal de vivre, pays de mûriers, de vignes, de

ruisseaux secrets, semblances de Dieu, ma vallée heureuse. Morte j’irai à ta

recherche, dans un sac de pauvre, un peu de terre et d’eau, le pain de tes

promesses. Et l’on dira : cette femme au loin, il n’y a d’ombre nulle part pour

elle

 

Fleurs de chardon

GLM, 1955

Voir aussi :

« Jardins d’orangers amers… » (02/09/2017)

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28 août 2018

Marina Tsvétaïeva / Марина Ивановна Цветаева (1892 – 1941) : « De pierre sont les uns... »

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De pierre sont les uns, d’argiles d’autres sont, -

Moi je scintille, toute argentine !

Trahir est mon affaire et Marina - mon nom,

Je suis fragile écume marine.

 

D’argiles sont les uns, les autres sont de chair –

A eux : tombes et dalles tombales !

- Baptisée dans la coupe marine – et en l’air

Sans fin brisée, je vole et m’affale.

 

A travers tous les cœurs, à travers tout filet

Mon caprice s’infiltre, pénètre.

De moi – ces boucles vagabondes : vise-les ! –

On ne fera pas du sel terrestre.

 

Contre vos genoux de granit je suis broyée

Et chaque vague me – réanime !

Vive l’écume, gloire à l’écume joyeuse,

Vive la haute écume marine !

23 mai 1920

 

Traduit du russe par Eve Malleret.

In, "Le ciel brûle, suivi de Tentative de jalousie" 

Edition Gallimard (Poésie), 1999                                        

 

Кто создан из камня, кто создан из глины, - 

А я серебрюсь и сверкаю!

Мне дело - измена, мне имя - Марина,

Я - бренная пена морская.

 

Кто создан из глины, кто создан из плоти - 

Тем гроб и надгробные плиты...

- В купели морской крещена - и в полете

Своем - непрестанно разбита!

 

Сквозь каждое сердце, сквозь каждые сети

Пробьется мое своеволье.

Меня - видишь кудри беспутные эти? - 

Земною не сделаешь солью.

 

Дробясь о гранитные ваши колена,

Я с каждой волной - воскресаю!

Да здравствует пена - веселая пена - 

Высокая пена морская! 

23 мая 1920

 

 

 

Voir aussi :

« Il me plaît que vous ne soyez pas fou de moi… » / Мне нравится, что вы больны не мной (09/02/2017)

Tentative de jalousie / Попытка ревности (07/04/2017)

« Une fleur est accrochée à ma poitrine… » / « Кто приколол - не помню... » (26/08/2017)

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19 août 2018

Anne Bihan (1955 -) : « Être ni l’un ni ... » (19/08/2018)

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les cendres sonores de nos cris

partagés     mais la fragile pesanteur

de l’amour                    et la grâces de nos désirs

peuplées de bras de bouches de        chevelures

inconcevables      et somptueuses

 

être chaine et trame de la

natte promise où         assis debout bruisse

le monde     et la joie reconquise

des simples           des pauvres     des affligés

des affamés                    nommer la soif et l’eau la peine

et la miséricorde               le doux

et la douleur de ce qui est en nous

guette                l’infinie présence   

de la source

 

et mains vides s’avancer vers la montagne où l’Enfant

     au semblable

s’abandonne.   

 

Ton ventre est l’océan

Editions Bruno Doucey, 2011

 

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18 août 2018

Jany Cotteron (1944-) : F/Aille

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à Tal-coat

 

F

AILLE

 

Je suis celui qui marche

vers les sommets

à l’heure tremblée de midi

quand les chiens de soleil

dévorent la montagne

et que le regard se tait

entre les paupières épuisées de lumière

 

C’es l’heure où émergeant de la brume

d’étranges animaux

se couchent à l’horizon

têtes et corps emmêlés

frémissements de croupes et de dos

 

Leurs flancs gris portent les traces

de cicatrices anciennes

et leurs mufles sans âge

striées de fissures

de crevasses

racontent les ruptures primitives

de la terre et des rocs

 

Je suis celui qui marche

dans le temps arrêté

auprès de la montagne

où les troupeaux impassibles

boivent à même le ciel

la brûlure de l’été

 

Je suis celui qui passe

à travers la montagne

déchiffrant dans la roche

les signes originels

de blanc, de noir et d’ocre

 

C’est l’heure où le corps s’unit au rocher

où les doigts se lient à la pierre

Les pieds se posent en arabesques

s’élèvent en lignes lentes   en courbes fugitives

Les mains lissent les rondeurs tièdes

effleurent les creux   les pointes

et glissent dans les fissures humides et fraîches

Elles cherchent à tâtons le chemin des failles

qui montent vers les crêtes

 

Je celui qui passe

les abrupts, les ressauts

les dalles et les arêtes

 

A la croisée des failles

sur les traces de pierre

ivre du battement de mon cœur

dans le souffle du temps

 

Le chant des pierres et de l’eau

Editions Samizdat, 1218 Grand-Saconnex (Suisse)

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04 août 2018

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : « Les uns échangent des caresses ... »

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Les uns échangent des caresses de regards,

Les autres boivent jusqu'aux premières lueurs,

Mais moi, toute la nuit, je négocie

Avec ma conscience indomptable. 

 

Je dis : "Je porte ton fardeau,

Et il est lourd, tu sais depuis combien d'années."

Mais pour elle le temps n'existe pas,

Et pour elle il n'est pas d'espace dans le monde. 

 

Voici revenu le sombre soir du carnaval,

Le parc maléfique, la course lente du cheval,

Le vent chargé de bonheur et de gaieté,

Qui s'abat sur moi des pentes de ciel. 

 

Au-dessus de moi, un témoin tranquille

Montre sa double corne...Oh, m'en aller,

Par la vieille allée du Pavillon chinois,

Là, où l'on voit des cygnes et de l'eau morte. 

1936.
Léningrad. 

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)

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01 août 2018

Emily Jane Brontë (1818 - 1848) : « Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…”

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Autour de moi des tombes grises

Etendent leurs ombres au loin.

Là, sous le gazon que je foule,

Silencieux, seuls, gisent les morts –

Là, sous le gazon, sous la glaise,

Voués au froid, voués au noir.

Malgré moi m’échappent des larmes

Thésaurisées par la mémoire

Aux dépends des années enfuies.

Ah ! Temps, Mort et Tourment mortel,

Si vous blessez, c’est pour toujours ;

Qu’il me souvienne seulement

D’une moitié de la souffrance

Que j’ai vue, apprise, soufferte,

Et le Ciel même ne saurait,

Si pur et bienheureux soit-il,

Donner quiétude à mon âme.

Aimable séjour de lumière,

Tes radieux enfants ignorent

Tout ce qu’est notre désespoir ;

Ils n’ont éprouvé, ni ne savent

Quels sombres hôtes nous logeons

Dans nos habitacles mortels :

Péchés et pleurs, démence et autres !

Fort bien : qu’ils passent dans l’extase

Leur longue éternité de joie :

Nous ne voudrions point qu’ils vinssent

Gémir avec nous ici-bas ;

Ni la Terre qu’une autre sphère

Goûte à sa coupe de douleur,

Elle qui détourne du Ciel

Son regard et ne mène deuil

Que pour nous, qui devrons mourir !

Ah ! comment te consoler, mère,

De tant d’incessante misère ?

Pour charmer un temps nos regards,

Tu souris, combien tendrement,

Mais qui ne devine, à travers

Ton chaleureux rayonnement

Ta profonde, indicible peine ?

Il n’est paradis qui te puisse

Voler l’amour de tes enfants.

Tous, à l’instant où notre vie

Va jeter sa dernière lueur,

Notre suprême nostalgie

Toujours s’efforce et toujours cherche

D’un œil voilé ton cher visage.

Laisserions-nous notre patrie

Pour aucun monde d’outre-tombe ?

Plutôt sur ton sein tutélaire

Reposer pour un long sommei

Et n’en être enfin réveillés

Que pour partager avec toi

Une immortalité pareille.

17 juillet 1841

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

 

I see around me tombstones grey

Stretching their shadows far away.

Beneath the turf my footsteps tread

Lie low and lone the silent dead -

Beneath the turf - beneath the mould -

Forever dark, forever cold -

And my eyes cannot hold the tears

That memory hoards from vanished years

For Time and Death and Mortal pain

Give wounds that will not heal again -

Let me remember half the woe

I've seen and heard and felt below,

And Heaven itself - so pure and blest,

Could never give my spirit rest -

Sweet land of light! thy children fair

Know nought akin to our despair -

Nor have they felt, nor can they tell

What tenants haunt each mortal cell,

What gloomy guests we hold within -

Torments and madness, tears and sin!

Well - may they live in ectasy

Their long eternity of joy;

At least we would not bring them down

With us to weep, with us to groan,

No - Earth would wish no other sphere

To taste her cup of sufferings drear;

She turns from Heaven with a careless eye

And only mourns that we must die!

Ah mother, what shall comfort thee

In all this boundless misery?

To cheer our eager eyes a while

We see thee smile; how fondly smile!

But who reads not through that tender glow

Thy deep, unutterable woe:

Indeed no dazzling land above

Can cheat thee of thy children's love.

We all, in life's departing shine,

Our last dear longings blend with thine;

And struggle still and strive to trace

With clouded gaze, thy darling face.

We would not leave our native home

For any world beyond the Tomb.

No - rather on thy kindly breast

Let us be laid in lasting rest;

Or waken but to share with thee

A mutual immortality –

 

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

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29 juillet 2018

Mérédith Le Dez (1973 -) : « Il y a la guerre... »

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Il y a la guerre dans ce pays

et tout autour encore

il y a la guerre

 

la guerre est sur tous les fronts

elle ronge les yeux

elle mange le ventre

elle inonde les lèvres

d’une écume nauséabonde

 

telle est la guerre

sans égard

sans attente

 

la guerre étale au jour une mer de boucliers arides

la guerre ouvre à la nuit ses tranchées boueuses

 

si tu dis je préfère la paix

quelle est la terre qui ondule

sous le nom de paix

 

je ne connais pas la paix

 

il n’ y a de terre habitable

que la course effrontée

la guerre ou la terreur

 

je ne connais pas la paix

 

je n’appartiens à personne

et pourtant du don je suis capable

jusqu’à me déposséder d’une ombre

 

je ne connais pas la paix

 

y-a-t-il une seule terre qui ne frémisse pas

sous un vent contradictoire

 

je ne connais pas la soumission

mais l’orage

le sel dans la crinière du sable

et le cri du vent aux oreilles guerrières

 

Journal d’une guerre

Editions Folle Avoine, Bédée (35137), 2013

Voir aussi :

 « Front collé à la vitre … » (30/07/2017)

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17 juillet 2018

Françoise Ascal (1944 -) : « Des orages, chaque jour... »

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Des orages, chaque jour, qui

métallisent le paysage. Lumière implacable

qui jaunit la gamme des verts frais d’avril –

ces verts que j’ai longuement contemplés

dans les toiles du musée de Colmar et de

Bâle, sur ces robes moyenâgeuses, austères,

d’où émerge un long cou blanc, un visage

qui ne sourit pas, se détachant sur fond de

tenture pourpre. Oui, vert de Bâle, ainsi je

le nomme, et l’aime, et rêve de m’en vêtir à

mon tour. Il y entre un soupçon de moutar-

de, une pointe de bronze, et c’est exacte-

ment cela que je vois, aujourd’hui, à travers

la fenêtre, à perte de vue, couleur de bour-

geons naissants, des prés renouvelés, de la

jeune sève un peu aiguë, un peu acide, un

peu criarde. Pas si loin de l’or, tout compte

fait, comme si des traces d’automne et

d’hiver aux tons recuits s’attardaient, per-

sistaient par delà le gel, jetant leurs derniers

feux dans l’explosion printanière. Pour quel

impalpable message ?

 

(Journal)

 

Revue « Le nouvel Ecriterres, N° 5,

Printemps 1991

Plonéour-Lanvern (29720), 1991

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12 juillet 2018

Wisława Szymborska (1923 - 2012) : Impressions théâtrales / Wrażenia z teatru

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Impressions théâtrales

 

Pour moi, de toute la tragédie, rien ne vaut l’acte six.

Les morts ressuscitant après la bataille,

les perruques repeignées, les robes époussetées,

les couteaux arrachés des cœurs,

les nœuds coulants desserrés,

les morts et les vivants en rangs bien ordonnés,

face au public.

 

Saluts individuels et collectifs :

main blanche sur le cœur qui saigne,

la révérence de la suicidée,

le hochement de la tête coupée.

 

Salut par deux :

la fureur main dans la main avec la bonté

la victime l’œil tendrement plongé dans celui du bourreau

le rebelle sans rancune avance près du tyran.

 

La pantoufle dorée piétine l’éternité,

moralité pesante qu’on chasse d’un coup de chapeau,

le zèle incorrigible de recommencer demain.

 

Les morts en rang par deux qui nous reviennent plus tôt,

après le troisième acte, entre les deux derniers.

Miraculeux retour d’éternels disparus.

 

La pensée qu’en coulisses ils attendaient leur tour,

sans toucher aux costumes, sans effacer le fard,

tout cela me bouleverse bien mieux que les tirades.

 

Et le rideau qui tombe est une élévation.

Tout ce qu’on entrevoit sous la frange fuyante :

la main qui précipitamment saisit la fleur,

où l’autre qui s’empare du glaive abandonné.

Et c’est alors seulement qu’une troisième main

invisible, fait son office

me prenant à la gorge.

 

Traduit du polonais par Piotr Kaminsky

In, « Wistawa Szymborska : De la mort sans exagérer /

O smierci bez  presady »

Wydawnictwo literackie, Krakow ,(Poland), 1997

 

Wrażenia z teatru

 

Najważniejszy w tragedii jest dla mnie akt szósty:

zmartwychwstanie z pobojowisk sceny,

poprawianie peruk, szatek,

wyrywanie noża z piersi,

zdejmowanie pętli z szyi,

ustawianie się w rzędzie pomiędzy żywymi

twarzą do publiczności.

Ukłony pojedyncze i zbiorowe:

biała dłoń na ranie serca,

dyganie samobójczyni,

kiwanie ściętej głowy.

Ukłony parzyste:

wściekłość podaje ramię łagodności,

ofiara patrzy błogo w oczy kata,

buntownik bez urazy stąpa przy boku tyrana.

Deptanie wieczności noskiem złotego trzewiczka.

Rozpędzanie morałów rondem kapelusza.

Niepoprawna gotowość rozpoczęcia od jutra na nowo.

Wejście gęsiego zmarłych dużo wcześniej,

bo w akcie trzecim, czwartym, oraz pomiędzy aktami.

Cudowny powrót zaginionych bez wieści.

Myśl, że za kulisami czekali cierpliwie,

nie zdejmując kostiumu,

nie zmywając szminki,

wzrusza mnie bardziej niż tyrady tragedii.

Ale naprawdę podniosłe jest opadanie kurtyny

i to, co widać jeszcze w niskiej szparze:

tu oto jedna ręka po kwiat śpiesznie sięga,

tam druga chwyta upuszczony miecz.

Dopiero wtedy trzecia, niewidzialna,

spełnia swoją powinność:

ściska mnie za gardło.

 

Wszelki wypadek,

SW ,, Czytelnik”, Warszawa (Poland), 1972

 

Voir aussi :

Une voix dans la discussion sur la pornographie / Głos w sprawie pornografii (121/06/2014)

Haine / Nienawiść (12/06/2015)

Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry (12/06/2016)

Psaume / Psalm (12/06/17)

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06 juillet 2018

Marceline Desbordes – Valmore (1786 – 1859) : Elégie

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Elégie


J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu. 

Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ; 

Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu, 

Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne. 

Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ; 

Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre ; 

Mon être avec le tien venait de se confondre ; 

Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.   

Savais-tu ce prodige ? Eh bien, sans te connaître, 

J’ai deviné par lui mon amant et mon maître, 

Et je le reconnus dans tes premiers accents, 

 Quand tu vins éclairer mes beaux jours languissants. 

Ta voix me fit pâlir, et mes yeux se baissèrent. 

Dans un regard muet nos âmes s’embrassèrent ; 

Au fond de ce regard ton nom se révéla, 

Et sans le demander j’avais dit : « Le voilà ! »    

Dès lors il ressaisit mon oreille étonnée ; 

Elle y devint soumise, elle y fut enchaînée. 

J’exprimais par lui seul mes plus doux sentiments ; 

Je l’unissais au mien pour signer mes serments. 

Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes, 

                Et je versais des larmes. 

D’un éloge enchanteur toujours environné, 

À mes yeux éblouis il s’offrait couronné. 

Je l’écrivais... bientôt je n’osai plus l’écrire, 

Et mon timide amour le changeait en sourire. 

Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil ; 

Il résonnait encore autour de mon réveil ; 

Il errait dans mon souffle, et lorsque je soupire 

C’est lui qui me caresse et que mon cœur respire.   

Nom chéri ! nom charmant ! oracle de mon sort ! 

Hélas ! que tu me plais, que ta grâce me touche ! 

Tu m’annonças la vie, et, mêlé dans la mort, 

Comme un dernier baiser tu fermeras ma bouche.

 

Poésie

Charpentier, Libraire-éditeur, 1860

Du même auteur :

Les Roses de Saadi (08/02/2017)

Qu'en avez-vous fait ? (20/031/2017)

Les séparés (25/04/2017)

 

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