Femmes en Poésie

17 octobre 2020

Nelly Sachs (1891 - 1970) : « C’est l’heure planétaire des fugitifs... « / « Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde... »

Nelly-Sachs-writer[1]

 

 

C’est l’heure planétaire des fugitifs.

C’est la fuite arracheuse des fugitifs

vers le haut mal, vers la mort !

 

C’est la chute astrale hors de l’arrestation magique

du seuil, du foyer, du pain.

 

C’est la pomme noire de la connaissance,

la peur ! Soleil d’amour éteint

qui fume ! C’est la fleur de la hâte,

aspergée de sueur ! Ce sont les chasseurs

issus de rien, rien que de fuite.

 

Ce sont des pourchassés, qui portent dans les tombes

leurs cachettes mortelles.

 

C’est le sable, effrayé

de guirlandes d’adieu.

C’est la percée de la terre vers l’espace libre,

son souffle court,

dans l’humidité de l’air.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

Voir aussi :

« Ici où dans le sel… » (05/03/2017)

« Des langues de mer salées… » (12/04/2017)

« Rêve surcroît du dormeur… / « Traum der den Schlafenden… » (16/10/2017)

« Vous mes morts... » / « Ihr meine Toten... » (17/10/2018)

 Papillon / Schmetterling (16/10/2019)

 

 

 

Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde.

Das ist der Flüchtlinge reißende Flucht

In die Fallsucht, den Tod !

 

Das ist der Sternfall aus magister Verhaftung

Der Schwelle, der Herdes, des Brots.

 

Das it der schwarze Apfel der Erkenntnis,

die Angst ! Erloschene Liebessonne

die raucht ! Das ist die Blume der Eile,

schweißbetropft ! Das sind die Jäger

aus Nichts, nur aus Flucht.

 

Das sind Gejagte, die ihre tödlichen Verstecke

in die Gräber tragen.

 

Das ist der Sand, erschrocken

mit Girlanden des Abschieds.

Das ist der Erde Vorstoß ins Freie,

ihr stockender Atem

in der Demut der Luft.

 

Und niemand weiß weiter,

Ellerman verlag, Hambourg-Munich, 1957

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15 octobre 2020

Annie Salager (1965 -) : Courants d’amour par temps de paix

 

Photo_Annie_Salager[1]

Courants d’amour                             Courants de paix par

par temps de paix                               temps de guerre

 

Parfois une épée traverse la                   Non, il ne voulait plus de lui-

nuit depuis les étoiles, son                     même. Son corps était

trait éblouit le fond du ciel,                   obscur, trop de nuit

les tours dressées dans le                       l’habitait. Il marchait dans le

vide, les jardins de cendre.                    froid et la chaleur, aveuglé

Miracle sur la terre.                               par le désert, en remâchant                           

Autour des mégapoles, les                    une salive de cendre. Toute

dépôts d’ordure accroissent                  violence venait de le

leur force magnétique, le blé                déserter. On appelait çà la

en herbe ondule aux collines                guerre du Golfe, allait-il

de détritus.                                            mourir, ce n’était plus une

La rose a beau répandre ses                 question.

pétales sur le sol, ses graines               Pressé par une généalogie

maturent dans les boîtes de                  humiliée, il avait mené trop

conserve.                                              de batailles avec son bâton

Miracle sur la terre.                              pèlerin ; quelques-unes

Un vent de choses par                          contre lui. Il les revoyait                     

chacun méconnues modifie                 maintenant, lentes, difficiles.  

les patries, déplace les                         Lui avaient-elles mis un peu

chemins, les prisonniers                       de jour au cœur, comme un

désertent leurs prisons, leurs                bol de lait de chamelle pour

voix se cassent puis chantent,              la soif ?

reflets tremblés dans la                        Le ciel vibrait d’étoiles au-

chaleur.                                                dessus de sa tête. Il chercha

Une épée traverse nuit.                        en grelottant une trace

La gazelle est au point d’eau,              d’aurore, tout était sombre.

invisible à l’œil du chasseur,               Il crut comprendre le Coran

dans les cultures qui vont                    pour la première fois. Et au

disparaître, dans les mots                   bout de jardins qui lui   

anciens, elle appelle l’avenir.             apparaissaient, des puits

                                                           l’appelaient. Il se désaltérait

                                                           à leur eau fraîche parcourue

                                                          de lumière

 

 

In, « Les plus beaux poèmes pour la Paix »

Le cherche midi éditeur, 2005

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10 octobre 2020

Hélène Cadou (1922 – 2014) : « Déjà je ne trouve plus ton visage... »

helene_cadou1[1]

 

Déjà je ne trouve plus ton visage

Qui dérive sous l’épaisseur des jours

Et déjà ta voix m’arrive si basse

Que je ne sais plus écouter ton chant

Me faudra-t-il oublier ton image

Me perdre sans toi dans une autre nuit

Pour qu’au fond de l’ombre et de la souffrance

Naisse le printemps qui nous est promis.

 

Tu m’es revenu ce matin

Le soleil est sur la maison

Si je savais le retenir

Dans la corbeille d’un beau jour

Peut-être viendrais-tu parfois

Faire halte au milieu de ta nuit

Et dormir encore avec moi

Dans la paille de ses rayons.

 

Il y avait tant de silence

Tant de présence dans cette chambre

Toutes les lampes

Sur nos lèvres le même sourire

Que lorsqu’Elle est venue vers toi

Elle avait le visage du printemps.

 

Je sais que tu m’as inventée

Que je suis née de ton regard

Toi qui donnais lumière aux arbres

Mais depuis que tu m’as quittée

Pour un sommeil qui te dévore

Je m’applique à te redonner

Dans le nid tremblant de mes mains

Une part de jour assez douce

Pour t’obliger à vivre encore.

 

 

Le Bonheur du jour

Editions Seghers,1961

Voir aussi :

« Ce soir / la nuit est bleue… » (18/01/2017)

« J’ai vu des paysages… » (22/02/2017)

 « Ce printemps trop grand pour moi… » (03/04/2017)

Ilarie Voronca ... (24/07/2017)

 Le soleil griffait les tuiles... (09/10/2018)

« Pour croire encore au bonheur... » (08/10/2019)

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08 octobre 2020

Adèle Nègre (1965-) : « Tu ne tonitrueras pas... »

adele_negre-324x244[1]

 

Tu ne tonitrueras pas

tu ne tu

de tes buissons

criants d’oiseaux

tu ne dépasseras pas

tes robes profondes

ne soulèveras

 

 

 

 

Il y a

quand même

nourries de couleur

rouge alerte

ces bouches fleurs

ouvertes

au talus

l’œil et le cri

utopique figure

cependant du sujet

un relais

 

 

 

 

Cet ardent dedans

que ravive

le rouge coq

froissement

langue de rien

flageolant sur sa jambe grêle

à mon approche

 

 

 

 

Je danse avec ma peau et mes yeux

sur mes eaux

en ce puits austère

je danse sur le tain morcelé

des fragments d’images jaillissent

brusques jardins surgis gerbes

que je lis étrangère

à la langue

subites sources

fugues

quiconque verrait ce miroir

verrait l’eau connaîtrait le temps

 

 

 

 

Rugir je peux

pendant que tu colores, toi

l’espace

jusqu’à mon œil

je n’ai pas la révolution

de ta robe méridienne

ta roue ta voix : mouvement

mon O manque à sa courbe

pourtant qu’involutée

je peine à déployer

ma courbe déformable

désaxée trop

 

 

 

 

Dans le miroir

l’œil abdique mais pas la peau

laiteuse labile

humeur

presque aile épanchée

ou fleur ou odeur

tout un jardin

possible jardin

 

 

 

 

Un lit d’orties d’herbes-à-Robert

de tendrons de ronces

voilà le jardin

fourbu

trop d’eau trop d’humeurs trop

de tout

de vert purin et d’ombre

de vessie

étouffée dans les plis

où je vis

 

 

 

 

Vent

pas d’ombre

un chant

sans lumière

creuse

le lit

des images

cherche d’éventuelles

traces de vie de feu

je monte

à la « séance des rythmes »

qui occupe l’atelier là-haut

l’œil

le corps

la voix

sommet de joie

je regarde le temps

me prendre à

l’espace me dévorer

extase

 

 

 

 

Eblouissement enfin !

La lumière entrait dans l’atelier

criblait la figure noire

des miroirs

profonds puits d’eaux brunes

et grises obscures eaux troublées par

l’écho

ricochait

éclaboussait en gerbes étincelantes et

abrasives

volait en éclats écrits sur

écrits sur l’épreuve blanche des murs

ils buvaient l’alumine

 

 

 

 

Crue de lumière

un rayon s’affaire

retend

poudre et poussière

retiens-les veux-tu

dans tes doigts

tes mains en

entonnoir de lumière

ici rien ne reste longtemps

patience ou impatience

tu es les deux ailes

elles

textures de lumière

alternent

une éruption

une retenue

entre les deux un grain

dans les mains sèment

la relation parfois inversée

d’où sort une espèce de visage

qui pourrait être le tien

 

(quoique aucun

ne le soit vraiment quoique

précisément se soit l’éruption

qui est visage et voir)

 

 

 

 

L’image : une embrassade

floraison furtive

elle happe

au passage

le regard

résorbé

il naît

oui il y a épanchement et résorption

dans cette éclosion

 

 

 

 

Miroir : outil d’extraction

puissance de l’outil

extraction de soi

ce qui est tu

ce qui questionne

coi

inconnu

le miroir divise et multiplie

 

L’image

extraite

floraison en lambeaux rutilants

 

 

 

 

Discordance dans les choses

et ombres disjointes

dans l’air tu crois bien être

sourde qui danse

sur les herbes

sans renoncer

c’est tout ce que tu sais faire

tant pis qu’absurde

des roseaux

suffisent à respirer

ou à penser

oui tu te défais

pensée

soufflée par les vents

et tu défais tes os

 

 

 

 

Il y a toujours une herbe

dont l’ombre portée une roue

sur ta robe ponctue

la cuisse

et dessine le dessein du soleil

un sceau

ou d’une écriture

alors palpée vivante

les ponctuations

égrenées

 

 

 

 

Devant

rien à voir que ce profil rouge

accroché dans les herbes

distinct

fixatif

il n’ y a pourtant pas d’image

tout attend

c’est une voix que je cherche à crocheter

pat la bouche de cette

 

bouche à bouche je bois

son sang

couleur voix-de-tête

cette fleur

crête de sens

 

 

 

 

Rien n’est rouge

comme la petite roue débrayée

débraillée par apocope

et par le vent

colorée

poussée à la fosse des lèvres

décollées

la coupe aux lèvres à la parole

portée

rouge troussée

labile corolle

plus rouge par le noir de son pîstil avide

œil noir tremblé au fond

tout près du calice perdu

 

 

 

 

Du soir

mauves

et vertes sauvages

grenées

toutes les soies sont peignées par les

doigts du vent

il y a du sang sur le pelage

du pré

ce sont

les coquelicots

ils écorchent d’un cri

cette bête extatique

 

 

 

 

Rouge

la joue et la claque

il claque dans la crue des fossés

oh je te vois et je te crois

 

 

 

 

Tu marches dans des robes obscures

à l’inverse des arbres

tu déplaces des voûtes d’air

dont les arc brisés

se croisent

en la clef

articulent les arcades invisibles

de ton mobile

 

dans l’ombre de la robe le motif

forme et vouloir

toi dans

le motif

c’est ainsi que tu t’immerges

balayant l’air

l’arc clavé de tes jambes le balancement

divise l’air

 

In, revue « Babel heureuse, N° 1 mars 2017 »

Gwen Catalá Éditeur, 31000 Toulouse

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06 octobre 2020

Denise Le Dantec (1939 -) : « Ah ce voyage en Cornouailles... »

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Ah ce voyage en Cornouailles

 

Il était l’Ange et j’étais l’Ouaille

Charriant des tombereaux de boue dans les brouillards et cornes de brume des

     bords de mer

Les grandes oreilles des grands genêts s’agitent

Et vierges dans leurs vols en mouchoirs

De Land’s End à John O’ Groats

Les mouettes pucelles se posent

     sur les capots rouges des couchants

 

Que ne puis-je lécher ce sang qui court de

     leurs becs au passage dans les vagues

ou, arrachée du corps telle écaille de poisson,

Face aux Béatifiques et sans soleil

flotter dans les fragments avides de l’Ouessant ?

 

Dans une lumière excitante sur le chemin côtier

L’Ange m’accompagne

 

 

 

 

Maigres, assises, jambes ouvertes sur les talus,

Les fileuses d’étoupe lapent leurs assiettées

     de givre

Leurs yeux creux ne voient ni blé ni vache

dans ce terrain pierreux et froid

 

Entre l’os et la peau, il n’y a rien

Rien entre le lit de pierres et l’eau

 

D’autres à Camlann ou à Portsmouth

Naviguant pour toujours dans les mers

     allongent leurs doigts

 

Que ne suis-je Oiseau d’Owein

Pour du haut du ciel excrémenter la neige ?

 

-Deviens telle que je te trouverai quelque part

 

 

 

 

O les spasmes de l’automne

Sur les crosses des fougères

 

Explosif l’oiseau des mers arrache les graines

     sous les neiges

Et cherche le pain dans la pierre de faim

 

 

 

 

Debout sur un rocher,

Telle une nuit de Saint-Jean étoilée,

L’Ange me saisit au bord des vagues

Lâchant maërl et varechs

 

 

 

 

Dans le vide funambule, les mouettes se désailent

Et la bruyère noircit

 

 

 

 

J’ai de la glace à l’intérieur

et parmi les oiseaux gris

des brouillards rouges de novembre

je vois ton regard de feu

dans la lumière du monde

 

Nue sur une terre d’aiguilles

et sous les vents

Entraînant les nuages et les loups

 

*  *  *  *  *

 

Les fileuses d’étoupe

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017)   

« O l’adieu… » (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

Mémoire des dunes (06/10/2019)

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27 septembre 2020

Liliane Wouters (1930 - 2016) : Frères humains

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Frères humains

 

« Parce que c’est lui, parce que c’est moi »

nous disait Michel à propos d’Etienne.

Pourquoi sommes-nous amis, toi et moi ?

Pourquoi le gui préfère-t-il le chêne ?

Les arbres, nombreux, verdissent au bois.

Combien, pour le gui, feraient un asile ?

Etienne et Michel, Hector et Achille,

Comment expliquer ce qui va de soi ?

Pourquoi celui-ci, j’en connais tant d’autres.

Pourquoi le seul Jean parmi douze apôtres ?

Parce que c’est lui, parce que c’est moi.

 

*

Moïse et Fatima près du Jourdain

Milan et Albina devant la Drave

Ils en ont fait serment main dans la main :

leur amour ne verra jamais d’entraves.

 

Un oiseau ne cherche pas dans les airs

sur quels vents lui arrive son oiselle.

Pourvu qu’ils puissent aller de concert

vers les mêmes lointains battre des ailes.

 

Dieu garde les oiseaux et les humains

où par deux s’en vont, égaux et libres,

pour ensemble porter sur leurs chemins

tout l’espoir de ce monde en équilibre.

 

Ils ne savent plus le soleil :

pour horizon quatre murs blêmes.

Les cachots, partout, sont pareils,

partout, les bourreaux sont les mêmes.

 

Au nom du bien, au nom du mal,

de Dieu, du diable, de personne,

de saint Marx, de saint Capital,

de tout, de rien, on emprisonne,

on frappe, on tue, on jette en tas.

Blancs ossements sous la chaux vive,

Jeanne, Mehmet et Nikita

Morts pour qu’en l’homme l’homme vive.

 

Puis on agite des drapeaux,

on se rassemble en beaux cortèges.

Frères, c’est moi, et c’est ma peau

qu’on change en herbe, en boue, en neige.

 

Dans le vent j’écoute ces voix,

de jour, de nuit, rumeur qui monte,

et des visages devant moi

soudain se lèvent pour ma honte.

 

Carmen, Ali, Rachel, Kolia.

Ô liberté, qu’on te défende.

Pour ceux qui t’aiment il y a

toujours des prisons qui attendent.

 

 

Le billet de Pascal

Editions Phi, Luxembourg, 2000

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24 septembre 2020

Kadia Molodowski (1894 - 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Une prière

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 Une prière

 

Je me réveille à l’aube et ma prière

Est un poison amer.

J’appelle le déluge une nouvelle fois

A projeter plus haut que les tours et les toits

Tous les flots de la mer,

Que ne puise voguer nulle arche secourable.

 

O ! comme il sera bon le frôlement glacé

De la mort.

Peut-être éteindra -t-il la souffrance amassée

Dans nos corps,

Les décombres du cœur, la honte de mâcher

Le pain, au bord

Des cendres par monceaux de nos frères et sœurs.

 

O ! comme il sera bon de toucher les nuages

Dans cette nage d’agonie,

Sentir peut-être en moi cette douceur descendre :

Entendre de ces corps dont volèrent les cendres

Une voix pure.

J’apaiserai – fermant le cercle de la vie –

Le cri de leur blessure.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski

In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple »

Editions Gallimard (Poésie), 2000

De la même autrice :

Dieu de miséricorde (19/09/2019)

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13 septembre 2020

Geneviève d’Hoop (1945 -) : « je n’écris que des choses graves... »

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je n’écris que des choses graves

à épingler sur la peau

j’ai un visage de pluie

des yeux hagards

je heurte ma vie

à petits coups de marteau

ne passez pas si vite

j’ai besoin de votre chaleur

souffrez

j’ai besoin de votre sang

 

 

Les yeux à marée haute

Editions Saint-Germain- des-Prés, 1977

Voir aussi :

« je n’ai jamais cessé d’être... » (13/09/2019)

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01 septembre 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

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Sur le point de se briser

comme les courbes qui composent

l’attitude des vierges

dans certaines annonciations italiennes

ainsi,

miroitant et fragile

était le vol pour finir.

Icare dans l’eau. 

Un court moment, le pied chaussé d’une douce

sandale bleue.

Comme un oiseau mort

dans les mains d’un enfant.

Pendant ce temps, le paysan laboure,

le pêcheur s’incline,

et le berger regarde le ciel.

Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route

du cristal.

Pénétrante et profonde

est la distance entre le rêve et la vie.

Mais ils sont irréels, comme Icare,

les marins qui manoeuvrent les voiles.

 

Traduit de l’espagnol par Roberto San Geroteo

In Revue, « Le Nouvel Ecriterres, N° 5, Printemps 1991 »

29720 Plonéour-Lanvern

 

 

A punto de quebrarse

como las cuervas que componen

la actitud de las vírgenes

en algunas anunciaciones italianas,

así,

espejeante y frágil,

era el vuelo al final.

Icaro en al agua.

Por un momento, el pie con una dulce

sandalia azul.

Como un pájaro muerto

en manos de une niña.

Mientras tanto, el labrador ara,

el pescador se inclina

y el pastor mira el cielo.

Dos águilas planean. Barcos siguen la ruta

del cristal.

Penetrante y profunda

es la distancia entre el sueño y la vida.

Pero son irreales, como Icaro,

los marineros que maniobran las velas.

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25 août 2020

Anne Bihan (1955 -) : Amer I

Anne_Bihan[1]

 

Amer I

 

...elle a toujours été là, dans le mouvement du fleuve, a toujours été par tout

temps son horizon, son infini, à la démesure du ciel, pas de première fois,

mémoire vide, juste le récit familial de bébé de deux mois dans l’été 1955 qui

prend le bateau pour aller jusqu’à l’île ; et son odeur – iode, goémon, marée –

sûrement a pénétré en premier le corps par les narines, cela sent ressent tout à

cet âge ; ou alors c’est avant déjà bien avant, écrit dans l’immensité bleue des

yeux du père, peut-être dans sa voix entendue à travers la paroi de son ventre à

elle, qui toujours en rêve...

 

 

Variation 1

 

...elle a toujours été là grise et des milliers de moutons blancs bougent en elle,

vent à décorner les bœufs, impossibilité de les compter mais le tenter quand

même, et la journée file sans la quitter des yeux

 

...elle a toujours été là verte et bleue dans la lumière, c’est l’été ou un jour

d’hiver de ciel froid coupant, pas un pet de vent dit le père et regarde bien ce

banc de poissons qui jouent à saute-mouton le long du bateau, essaie de les

compter

 

...elle a toujours été là dans le désir du fleuve et la course translucide du

troupeau des civelles, un seau accroché le matin à la grille par un pêcheur,

la mère d’avance qui se régale et tu dis c’est  bon c’est triste nous allons les

manger maman, jamais elles ne reverront la mer...

 

 

Variation 2

 

Regarde

ce banc

à saute-mouton

de poissons

tu dois

pour toujours

compter avec la mer

 

écoute

les cornes

des bœufs

emportés

par le vent

ne la quitte pas

des yeux

 

goûte

ce mulon blanc

les yeux

point noirs

des civelles

ne regrette rien

ton ventre est l’océan.

 

Ton ventre est l’océan

Editions Bruno Doucey, 2011

 

Voir aussi :

« Être ni l’un ni ... » (19/08/2018)

Amer III (25/08/2019)

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