Femmes en Poésie

10 juin 2017

Nivyabandi (Ketty) : Trois ethnies

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Trois ethnies

 

Trois ethnies

Trois jolis sourires

Trois jeunes destins

Trois petites filles

Trois éclats de rire qui chatouillent les manguiers.

 

Elles jouent en cercle en se tenant la main,

Sandales et peurs au vent,

Trois rêves ludiques,

Trois chansons.

 

Un deux, trois, elles sautillent,

Et petites nattes se hissent à l’horizon.

Un deux, trois, elles sautillent,

Six petits pieds se posent sur la terre fébrile ;

Fraîchement violée par ses fils,

Féconde et porteuse en son sein de l’Infâme.

 

Un, deux, trois et la terre minée s’ouvre.

Rugissant et béante,

Purulente de petits monstres,

Elle avale les trois chansons.

 

Trois petits bouts d’enfance s’envolent en éclats.

Trois rêves déchiquetés, trois rires muets.

Trois destins étouffés, trois boutons de fleurs écrasés.

Trois chants inachevés.

 

Un, deux, trois pleurs identiques s’élèvent dans un ciel désastré.

Trois silhouettes vêtues d’imvutanao (*) noir s’allongent, cheveux

     rasés, âmes calcinées.

 

Trois rêves,

Trois plaies.

Trois cœurs fendus à jamais.

Hutu. Tutsi. Twa.

Trois ethnies.

Une seule agonie.

Un seul fleuve de larmes qui s’écoule et s’écoule, à l’infini.

 

Et ce silence

Le silence lourd et écarlate du sang des innocents.

 

(*) imvutanao : tenue traditionnelle des femmes au Burundi

 

In, « Chants du métissage. Une anthologie établie et

présentée par Pierre Kobel et Bruno Doucey »

Editions Bruno Doucey, 2015 

 

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12 mai 2017

Laure Morali (1972 -) : « Je t’écris sans papier sans crayon… »

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Je t’écris sans papier sans crayon        Tu

recevras  mes  lettres des quatre coins du

vent car j’ai la certitude que tu m’attends

au bout de mes voyages    Fille sans nom

 

Tout a commencé lorsqu’un nom    roche

et glace      a ouvert le désir       Gaspésie

le nom d’une péninsule

 

J’ai fait mes bagages avec la désinvolture

qu’il faut    une juste mesure de crainte et

de désir     J’y ai mis ma latitude       48, 5

degré nord         Au vol la marge océane a

créé l’écart où mettre l’oubli          D’où je

viens     l’hiver existe peu

 

où je suis il y a un printemps            un été

un automne et un hiver   Tout ce qu’il faut

pour nuancer les couleurs    Plier le regard

déplier le regard          par le jour et la nuit

les grandes lumières et les grandes ombres

par les temps        et pousser chaque année

un peu plus

 

Je vais m’imprégner de tout     Fille    et je

te raconterai        L’itinéraire est un chiffre

que   je   ne   peux   plus  évoquer  sans  te

regarder de face

 

Je pars chercher les mots      les mots de la

bouche des gens qui habitent au bord de la

péninsule             Ils me parlerons de l’eau

devant la porte          de la montagne et des

forêts derrière les fenêtres         et je verrai

leur respiration     leur regard    leur nom

j’aime marcher au bord de l’eau         Je ne

risque pas de me perdre     sur la carte     il

n’y a qu’une seule route        la 132         Il

suffit de suivre les glaces qui bougent    Je

vais longer le fleuve et un jour     sans que

je m’en sois aperçue   ce sera déjà la mer

 

Peu importent les dates        Je ne veux pas

figer le temps de ce voyage           plutôt le

laisser libre de dériver          quand bon lui

semble me survenir          je n’aime pas les

souvenirs

 

Dès  le  départ    j’ai   pris    un   bord   du

parchemin littoral           côté nord      Il se

déroule tout seul devant      et derrière moi

roule         Toute cette neige qui tombe

 

Dans mon sac           j’ai un appareil photo

des films noirs et blancs         je déroulerai

seulement les négatifs

 

A chacun de mes pas     le regard     tourné

à l’est            écarte doucement le point de

coïncidence entre les lignes de fuite    trois

traits  au  crayon  de  bois  sur   une feuille

granulée

               la ligne d’eau

               la ligne de route

               la ligne de crête

je peux passer encore

 

sur la 132          l’hiver         peu de monde

circule              mais les voitures s’arrêtent

toujours face à mon pouce orienté       Une

p’tite fille dans l’froid         ça a pas d’bon

sens

 

CAP CHAT

Le pont de la rivière cap-chat         Le vent

froid de la brunante      Je souris avec mon

pouce tendu     personne ne s’arrêtera     je

ne sait pas où dormir     Ma liberté     mon

immense bonheur          Je marche avec un

mal d’épaules     Le regard saisit bien  loin

une enseigne jaune      A la station-service

peut-être un  téléphone  et  j’appellerai  ce

numéro  inconnu  qu’une  fille  m’a  offert

avec le nom de ses parents         celui d’un

village    Cap-au-Renard    Les bungalows

entre la glace et la route         verts et vides

souvenirs   d’été    comme   des   fantômes

Comment imaginer l’été

 

Une silhouette se détache de l’enseigne

une marche difficile un manteau bordeaux

une vieille femme     C’est elle maintenant

mon point d’équilibre        mon seul repère

le chemin  à  parcourir  avant  de la croiser

me semble si long              et plus j’avance

et plus elle recule     et plus j’ai mal au dos

C’est sa fatigue que je porte      sa solitude

dans le vent           l e froid             le blanc

Comme si un bout m’avait échappé        je

l’atteins       lui donne mon sourire        ma

légèreté          celle de n’avoir peur de rien

Son visage    plein    d’angles    entre    ses

cheveux noirs       parfois argentés       Son

regard d’enfant croise mon regard de vieille

femme      Elle est passée    Je n’ai plus rien

devant               un peu d’inquiétude me fait

trébucher             sa voix me rattrape

 

Où c’que tu vas comme çà            p’tite fille

toute seule dans l’ froid       Je ne sais pas si

je  souris  ou  bien  si  mon   rire  ricoche de

glace en glace         Tu peux venir chez nous

je suis toute seule            Lorsque nous nous

sommes croisées          elle m’avait déjà tout

donné

La pièce est au sous-sol         Un chat attend

Jeanne     blanc avec un œil bleu       un œil

vert              Une tempête de neige va  venir

Jeanne  a  prévu  la  graisse  pour le pain  et

des cuisses de poulet         Elle me fait une

place dans son lit            comme ma grand -

mère             On écoute le vent préparer  les

choses             Nous dormons tôt

Au matin             la neige monte derrière les

fenêtres            par des spirales          et nous

nous descendons avec des paroles             A

l’écart de la tempête                Jeanne et moi

avons le même âge         Douze enfants sont

lourds    à    porter   pour   un   seul    visage

J’avais   les   cheveux   bleus   comme   une

indienne          elle regarde la photo         Je  

parle peu        mes yeux brillent       pendant

une journée         une nuit          une matinée

la dérive immobile

 

(Le Bord des Péninsules)

 

In, « Il fait un temps de poème,

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le

Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan, 1996 

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10 mai 2017

Sapphô / Σαπφώ (vers 1630 – vers 1580 av. J. C.) : A une aimée

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A une aimée

 

Il goûte le bonheur que connaissent les dieux

Celui qui peut auprès de toi

Se tenir et te regarder,

Celui qui peut goûter la douceur de ta voix,

 

Celui qui peut toucher la magie de ton rire,

Mais moi, ce rire, je le sais,

Il fait fondre mon cœur en moi.

Ah ! moi, sais-tu, si je te vois,

Fût-ce une seconde aussi brève,

Tout à a coup alors sur mes lèvres

Expire sans force ma joie.

 

Ma langue est là comme brisée,

Et soudain, au cœur de ma chair,

Un feu irrésistible a glissé.

Mes yeux ne voient plus rien de clair,

A mon oreille un bruit a bourdonné.

 

Je suis de sueur inondée,

Tout mon corps se met à trembler,

Je deviens plus verte que l’herbe,

et presque rien ne manque encore

Pour me sentir comme une morte.

 

Traduit du grec ancien par Robert Brasillach

In, « Anthologie de la poésie grecque »

Editions Stock, 1950

Voir aussi :

 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (22/02/2017)

Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (30/03/2017) 

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09 mai 2017

Marie-Noël (1883 – 1967) : « Les chansons que je fais… »

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Les chansons que je fais, qu’est-ce qui les a faites ?...

 

Souvent il m’en arrive une au plus noir de moi…

Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi

C’est cette folle au lieu de cent que je souhaite.

 

Dites-moi… Mes chansons de toutes les couleurs,

Où mon esprit qui muse au vent les a-t-il prises ?

Le chant leur vient – d’où donc ? – comme le rose aux fleurs

Comme le vert à l’herbe e t le rouge aux cerises.

 

Je ne sais pas de quels oiseaux, en quel pays

De buissons creux et pleins de songe elles sont nées…

Elles m’ont rencontrée et moi je m’ébahis

D’entende battre en moi leurs ailes étonnées.

 

Mais comment, à la file, en est-il tant et tant

Et tant encor, chacune à la beauté nouvelle,

Comme une abeille après une abeille sortant

Du petit coin de miel que j’ai dans la cervelle ?

 

Ah ! je veux de ma main pour les garder longtemps,

Je veux, pour retrouver sans cesse ma trouvaille,

Toutes les attraper avant que le printemps

Les emporte de moi qui me fane et s’en aille.

 

Toutes, oui ! L’une est gaie et mon cœur joue avec ;

L’autre, jeune, mutine et qui fait sa jolie,

Malicieuse un peu le taquine du bec…

Mais l’autre me l’a pris dans sa mélancolie ;

 

L’autre frémit autour de moi comme un baiser

Si doux que j’en mourrai si ce chant continue

Et qu’au bord de mon cœur où son cœur s’est posé,

Une faiblesse après demeure et m’exténue.

 

Et toutes je les veux, et toutes à la fois

- La dernière surtout dont j’ai le plus envie –

Je vais les mettre en cage et leur lier la voix

Ou je ne dormirai plus jamais de ma vie.

 

Viens, poète, oiseleur, tends-moi comme un filet

Ta mémoire et prends-moi ces belles que j’écoute.

Retiens dedans surtout ce brin de mot follet

Qui danse au bord mouvant de ma pensée en route.

 

Moi j’écoute… Je ris quand l’une rit au jour ;

J’ai les larmes aux yeux quand l’autre est bien touchante ;

Quand elle est tendre, ô Dieu, j’ai le frisson d’amour…

J’écoute et ce qui chante en moi je le rechante.

 

Mais comme un écolier qui prend trop bas, trop haut

La note qu’on lui donne et suit mal la mesure,

J’hésite, à plusieurs fois tâtant le son qu’il faut,

Accrochant çà et là ma voix gauche et peu sûre.

 

Ah ! chanson vive ! Hélas ! pour recueillir sa voix,

C’est au lieu de l’air juste un faux air que je trouve,

Et je cherche, et l’accent que je risque parfois,

Celui qui vibre en moi toujours le désapprouve.

 

Elle chante… et je laisse échapper de ma main

Les mots flottants qu’elle me jette à la volée.

Si j’en ramasse un ample, il m’en fallait un fin…

Elle chante et sera tout à l’heure en allée,

 

Elle chante, elle fuit et je m’efforce en vain

De la suivre en courant derrière, je m’essouffle,

Je la saisis au vol, je la perds en chemin

Et quand je ne sais plus, j’attends que Dieu me souffle.

 

Les Chansons et les Heures

Sansot éditeur, 1920

Voir aussi :

 Crépuscule (23/02/2017)

Retraite (28/03/2017)

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08 mai 2017

Ma Kiang Lan (XVIème siècle) : l’orchidée que j’ai peinte

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L’orchidée que j’ai peinte  

 

(1) 

D'où vient ce vent tout chargé de parfum ?

Pour l'accueillir, devant mon rideau, je brave le 

     froid du printemps.

Je suis trop pauvre pour m'acheter des orchidées,

Aussi j'en peins une sur une feuille de papier. 

 

(2)

D'une vraie fleur solitaire sur sa tige

Nul n'a pitié.

Mais celle que j'ai peinte,

Ne craint ni le vent froid ni la pluie oblique. 

 

Traduit du chinois par Patricia Guillermaz

In, « La poésie chinoise des origines à la révolution »

Marabout Université

Editions Gérard & Co, Verviers (Belgique)1966

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06 mai 2017

Catherine Pozzi (1882 – 1934) : Vale

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Vale

 

La grande amour que vous m’aviez donnée

Le vent des jours a rompu ses rayons —

Où fut la flamme, où fut la destinée

Où nous étions, où par la main serrée

          Nous nous tenions

 

 

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée

L’orbe pour nous de l’être sans second

Le second ciel d’une âme divisée

Le double exil où le double se fond

 

 

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,

Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu

L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte

L’extrême instant de notre seule étreinte

          Vers l’inconnu.

 

 

Mais le futur dont vous attendez vivre

Est moins présent que le bien disparu.

Toute vendange à la fin qu’il vous livre

Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre

          Du vin perdu.

 

 

J’ai retrouvé le céleste et sauvage

Le paradis où l’angoisse est désir.

Le haut passé qui grandi d’âge en âge

Il est mon corps et sera mon partage

          Après mourir.

 

 

Quand dans un corps ma délice oubliée

Où fut ton nom, prendra forme de cœur

Je revivrai notre grande journée,

Et cette amour que je t’avais donnée

          Pour la douleur. 

 

Poèmes,

Revue « Mesures N° 3, Juillet 1935 »

Voir aussi :

Ave (22/01/2017)

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05 mai 2017

Nazik al –Malaïka (1923 - 2007)) / نازك الملائكة : Oraison funèbre pour une femme sans importance

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Oraison funèbre pour une femme sans importance

 

 

Elle nous quitta sans que blêmisse une joue ou frémisse une lèvre

Les portes n’entendirent personne rapporter le récit de sa mort

Aucun rideau de fenêtre suintant le chagrin

Ne se leva pour suivre son cercueil des yeux jusqu’à ce qu’il

     disparaisse

Dehors de rares personnes s’émurent de son souvenir

La nouvelle se perdit dans les ruelles sans que se répande son écho

Et se réfugia dans l’oubli de quelques fosses

La lune déplora ce malheur

 

La nuit n’y porta aucune attention et se rendit au jour

Alors vint la lumière avec les clameurs de la laitière, le jeûne,

Le miaulement d’un chat affamé n’ayant que la peau sur les os,

Les querelles des marchands, l’amertume, la lutte,

Les enfants se jetant des pierres d’un bout à l’autre de la rue,

Les eaux souillées dans les rigoles et les vents jouant seuls aux

     portes des terrasses

dans un oubli presque total.

 

Traduit de l’arabe par Abdul Kader El Janabi  et  M. Huerta

In, « le Poème arabe moderne »

Maisonneuve et Larose éditeurs, 1999

Voir aussi :

Déshonneur (18/03/2017)

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04 mai 2017

Anjela Duval (1905 – 1981) : La feuille / An delienn

 

 

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La feuille

 

Des deux côtés du Léguer noir

Les rangs de peupliers minces

Jettent au ciel leurs mâts droits.

De-ci de-là un frêne :

Tulle vert qui tremble dans les souffles.

La surface tranquille de l’eau : miroir clair

Qui renvoie l’image :

Moutons d’un blanc exquis dans le ciel bleu

Et arc-de-triomphe des grands arbres.

Face à face de l’abîme et de l’espace.

 

Une feuille rousse tombe de l’espace.

Une feuille rousse sort de l’abîme.

À la même vitesse : lentes, de biais

Toutes deux de même taille, même couleur

L’une descend doucement de biais

L’autre monte doucement de biais

À la surface tranquille de l’eau elles se baisent

Il ne reste plus qu’une feuille

Qui s’obstine, paisible, à s’en aller

         au fil de son destin.

 

Automne 1963

 

Traduit du breton par Paol Keineg

 

An delienn

 

A bep tu d’al Leger du

Eflennoù hirvoan a-regennad

O sevel uhel en oabl o gwernioù sonn.

Du-mañ du-hont ur wezenn-onn :

Tul gwer o krenañ en aezhenn.

Gorre lor an dour : melezour splann

O tameuc’h an daolenn :

Deñved gwenn iskis en oabl glas

Ha bolz-enor ar gwez bras.

Islonk hag ec’honder troad-ouzh-troad.

 

Un delienn rous o tiskenn eus an ec’honder.

Un delienn rous o sevel eus an islonk.

Gant an hevelep tizh : gorrek hag a-skij

An hevelep ment o-div, an hevelep liv

A-skij unan goustad o tiskenn

A-skij unan goustad o sevel

War gorre lor an dour e pok an eil d’eben

N’eus mui ’met un delienn

A dalc’h da vont, plaen,

            da heul he flanedenn.

Diskar-amzer 1963

 

Anjela Duval : « Quatre poires. Recueil bilingue de poèmes

choisis et traduits par Paol Keineg »

Editions Mignoned Anjela, 22500 Paimpol, 2003

 

Voir aussi :

Poèmes de jour, poèmes de nuit / Barzhonegoù noz, barzhonegoù deiz (17/01/2017) 

 

 

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03 mai 2017

Oodgeroo Noonuccai (1920 – 1993) : « Homme blanc de la tribu sans joie… »

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Homme blanc de la tribu sans joie,

Toi seul a délaissé la nature

     pour inventer des lois bienséantes.

Tu t’es réduit en esclavage comme tu as fait des esclaves

     du cheval et d’autres bêtes sauvages.

Pourquoi, homme blanc ?

Ta police parque ta tribu dans des maisons clôturées,

Où de pauvres femmes frottent les parquets

     de femmes plus riches qu’elles.

Pourquoi, homme blanc, pourquoi ?

Tu te moques des « pauvres Noirs »

     tu nous dis : « Faites comme nous ! »

Tu nous dis : « Laissez là vos vieilleries et vos enfantillages,

Devenez civilisés, travaillez pour nous ! »

Pourquoi, homme blanc ?

Laisse-nous tranquilles, nous n’en voulons pas

     de tes cols et de tes cravates,

Nous n’en voulons pas de tes habitudes, de tes chaînes.

Nous voulons la liberté, la vraie,

     nous voulons la gaieté qui est en toute chose sauf en toi,

Pauvre homme blanc de la tribu sans joie.

 

Traduit de l’anglais par Marylin Plénard,

In « Chants de métissage »

Editions Bruno Doucey, 2015

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02 mai 2017

Jennifer Clement (1960 - : Pour une jumelle qui n’a jamais eu de robe de soie

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Pour une jumelle qui n’a jamais eu

de robe de soie

 

Peut-être

que je vis deux vies

une pour elle et une pour moi

et que je ne regarde jamais dans les miroirs.

 

Qui est la femme

qui monte à cheval

se coupe le visage avec ses bagues

joue au poker

chante Haendel et collectionne les pierres ?

 

Qui est la femme

qui aime les choses brisées mange des orchidées

qui ne dort ni ne rêve

et goûte la rosée et le sang ?

 

Qui est la femme

qui dessine les lignes de sa main

et cherche des balançoires ?

Qui est la demi-chance

d u bréchet ?

 

il y a encore des sillons

sous mes côtes

là où elle se reposait contre moi.

 

 

Traduit de l’anglais par Marie Evangéline Arsenault

In, « Un siècle de poésie mexicaine, Anthologie »

Editions Ecrits des Forges / Le castor Astral, 2009

Voir aussi :

Tiens ma robe (10/02/2017)

Voyageurs (17/03/2017)

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