J'adhère
J'adhère au chant du berger solitaire qui use du bois de son propre corps
pour alimenter le feu créateur
J'adhère au voyou à l'oeil louche qui jette son mégot contre une meule de
paille pour griller l'antre du métayer
J'adhère à la jeune fille qui se noie dans les eaux inférieures pour un
simple chagrin d'amour
J'adhère à la chute des eaux supérieures qui lavent notre crasse et fait
des vierges avec des putains épuisées
J'adhère aux crucifiés de tous les siècles pour cause de guerre de religion
J'adhère aux filles de joie qui se promènent dans les chansons à boire
assassinées par les rouliers dans les soupentes
J'adhère au feu à l'eau au sang quelle que soient leurs sources et leurs
embouchures
J'adhère à l'élément trouvé pour faire la soudure dans les mines de la
nature.
Avec la permission de Dieu
Editions Seghers, 1953
Voir aussi :
L’aveugle à son miroir (29/06/2017)
Marie Noël (1883 – 1967) : Attente
Attente
J’ai vécu sans le savoir,
Comme l’herbe pousse…
Le matin, le jour, le soir
Tournaient sur la mousse.
Les ans ont fui sous mes yeux
Comme, à tire-d’ailes,
D’un bout à l’autre des cieux
Fuient les hirondelles…
Mais voici que j’ai soudain
Une fleur éclose .
J’ai peur des doigts qui demain
Cueilleront ma rose,
Demain, demain, quand l’Amour
Au brusque visage
S’abattra comme un vautour
Sur mon cœur sauvage.
Dans l’Amour si grand, si grand,
Je me perdrai toute,
Comme un agnelet errant
Dans un bois sans route.
Dans l’Amour, comme un cheveu
Dans la flamme active,
Comme une noix dans le feu,
Je brûlerai vive.
Dans l’Amour, courant amer,
Las ! comme une goutte,
Une larme dans la mer,
Je me noierai toute.
Mon cœur libre, ô mon seul bien,
Au fond de ce gouffre,
Que serai-je ? Un petit rien
Qui souffre, qui souffre !
Quand deux êtres, mal ou bien,
S’y fondront ensemble,
Que serai-je ? Une petit rien
Qui tremble, qui tremble !
J’ai peur de demain, j’ai peur
Du vent qui me ploie,
Mais j’ai plus peur du bonheur,
Plus peur de la joie
Qui surprend à pas de loup,
Si douce, si forte
Qu’à la sentir tout d’un coup
Je tomberai morte,
Demain, demain, quand l’Amour
Au brusque visage
S’abattra comme un vautour
Sur mon cœur sauvage…
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Quand mes veines l’entendront
Sur la route gaie,
Je me cacherai le front
Derrière une haie.
Quand mes cheveux sentiront
Accourir sa fièvre,
Je fuirai d’un saut plus prompt
Que le bond d’un lièvre.
Quand ses prunelles, ô dieux !
Fixeront mon âme,
Je fuirai, fermant les yeux,
Sans voir feu ni flamme.
Quand me suivront ses aveux
Comme des abeilles,
Je fuirai, de mes cheveux
Cachant mes oreilles.
Quand m’atteindra son baiser
Plus qu’à demi-morte,
J’irai sans me reposer
N’importe où, n’importe
Où s’ouvriront des chemins
Béants au passage,
Eperdue et de mes mains
Couvrant mon visage.
Et, quand d’un geste vainqueur,
Toute il m’aura prise,
Me débattant sur son cœur,
Farouche, insoumise,
Je ferai, dans mon effroi
D’une heure nouvelle,
D’un obscur je ne sais quoi,
Je ferai, rebelle,
Quand il croira me tenir
A lui tout entière,
Pour retarder l’avenir,
Vingt pas en arrière !…
S’il allait ne pas venir !…
Les Chansons et les Heures
Sansot éditeur, 1920
Voir aussi :
Crépuscule (23/02/2017)
Retraite (28/03/2017)
« Les chansons que je fais… » (09/05/2017)
Nazik al –Malaïka (1923 -2007) / نازك الملائكة : Jeunesse
Jeunesse
C’est en vain que tu rêves, ô poétesse
mienne, entre un matin et un soir, sans répit,
à ce qu’est cette existence.
C’est en vain que tu demandes
pourquoi le secret n’est pas dévoilé,
pourquoi l’on ne t’accorde pas
le don de briser les chaînes.
A l’ombre du saule, tu as passé
tes heures dans la perplexité,
sous les coups douloureux
que t’infligeaient ces énigmes,
questionnant l’ombre,
alors que l’obscurité ne sait rien
et que les destinées connaissent
tout ce qu’elle ignore.
Tu regardes toujours l’horizon
anonyme, perplexe. Ce qui est caché
s’est-il jamais manifesté au jour ?
Tu questionnes toujours, et la destinée
moqueuse est un silence
hermétiquement clos,
un silence sans fin.
De quels résultats désespères-tu ? Jamais
auparavant un cœur n’a saisi les secrets
du monde ; que vas-tu donc rêver
de les saisir à son tour ?
Jeune fille, hélas, tu ne comprendras
jamais les jours ! Prends-en donc ton parti :
il te faudra les ignorer.
Laisse aller cette barque fatiguée.
Les destinées la pousseront de leurs mains
là où elles veulent la mener.
Qu’as-tu à gagner à lutter contre les vagues ?
La misère s’est-elle endormie un seul jour,
qui te permettrait de voguer, insoucieuse
vers le but que tu as choisi ?
Hélas ! Toi dont la vie s’est perdue
dans les songes, qu’as-tu récolté
en cette quête, sinon l’ennui ?
Son secret n’a cessé d’être en elle un corps enseveli.
Ô gaspillage d’une vie
que tu as passée à questionner !
C’est le secret de l’existence, trop fin
pour que les intelligences puissent jamais le saisir,
trop vaste pour que les sages le puissent jamais cerner.
Désespère-toi donc, jeune fille…
La vie et ses secrets échappent encore à l’emprise
commune. Qu’espérais-tu à la fin ?
Des humains par myriades sont venus en ce monde
avant que tu ne viennes. Et puis,
ils ont passé, ils ont cessé de vivre.
J’aimerai bien savoir ce qu’ils ont récolté
de leurs nuits… savoir vers où ont fui
leurs plaisirs et leurs fêtes.
Il ne reste plus d’eux
que des tombeaux endeuillés,
bâtis sur le rivage de la vie.
Ils ont quitté le lieu clos
de l’existence, et les voilà captifs, immobiles,
fixés pour jamais dans l’univers des morts.
Combien de fois la nuit triste
a-t-elle fait le tour des climats de ce monde ?
Combien de fois les êtres
se sont-ils soumis à sa loi ?
La nuit a témoigné qu’elle a toujours été
exactement semblable à elle -même.
Où sont-ils à présent
ceux qui hier encore se trouvaient près de nous ?
Comment, ô siècle, tant d’espoirs
s’éteignent-ils entre tes paupières
et tous ces rêves évanouis ?
Comment les cœurs se fanent-ils,
alors qu’ils sont lumière,
et comment l’obscurité vit-elle,
alors qu’elle est obscurité ?
Comment les ronces persistent-elles,
et les fleurs séduisantes,
qui leur a appris à flétrir
sous l’étreinte du temps ?
Comment les chansons voguent-elles
vers la mort, alors que reste vivante
la ritournelle moqueuse du destin ?...
Je suis toujours assise
sur ma dune de sable
dont le silence prête l’oreille
aux chansons du jour précédent.
Je ne cesse d’être une petite fille,
à ceci près que chaque jour d’avantage
m’échappe le sens de ma vie
et jusqu’au sens de moi-même.
Traduit de l’arabe par René R. Khawam
in, « La poésie arabe des origines à nos jours »
Editions Phébus, 1995
Voir aussi :
Déshonneur (18/03/2017)
Oraison funèbre pour une femme sans importance (05/05/2017)
Jeanine Baudenine (1946 -) : Plaisirs d’O
Plaisirs d’O
Ne rien laisser qui ne s’écoule
sans sertir du doigt cette
pâle lueur d’entre les ombres
ce reflet rond cette goutte
de sueur sur les hanches.
Appelants, appelés et jusqu’aux lèvres porter
cette eau perles odorantes qui roulent
de points cardinaux en points cardinaux.
De la bouche et des yeux, le ciel se déformant
dépliant son essor Le cavalier
chevauchant courbes et fontaines
La nuit, la femme s’accouplant au cosmos
les jambes, les sexes noyés
Un parchemin de signes étirant son aveu
Calligraphie d’odeurs
dans l’espace ainsi recréé
de la chambre aux jardins de pluie et d’usure
dorés à l’or fin des paumes, des lèvres parcourant
leurs étais l’architecture d’une aube sur l’étang
noisetiers et corolles, lianes.
Langue sur langue écrire, aimer entre les mots
La parole serait geste
les feux de la rampe, un théâtre, une scène
la mort peut-être côté cour
quand la vie, le vivant inonde et
soif devient le soir désirant.
Absides, fronton, narthex
sous la voûte gothique, le tympan
les boisseaux, le retable
Bosch, l’orthodoxie sans la loi,
l’enfer si Dante sous le Ponte Vecchio
marche sur les eaux.
Les amants, oiseaux de feu, Diaghilev
le rire de Venise entre les tombes,
le long des canaux
Les corps parfaits sous la lune parfaite,
le lit, le lit – ville et reflet des fleuves –
habité.
Insulaires exfoliant leurs chairs
l’âme dans les rues, calli, campi,
campanile à l’église accolé
sur les champs d’une île dérisoire.
Faire l’amour entre les rives, l’horizon
sur la mer se colorant d’un vert mystère,
rayon qui poudroie et lave, désigne la route
à ne pas manquer
quand le carrefour des eaux ensoleille de sens
l’humide vapeur, le tremblé, le grain de la peau,
la noire ruelle d’un sexe.
Toi, moi, ce va et vient qui va sa musique
sous les arceaux du temps.
Revue « Bacchanales, N°40, Octobre 2006 »
Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 38400 Saint-Marin- d’Hères, 2006
Alicia Bykowska-Salczynska (1953 -) : Nuage
Nuage
Dis, toi, nuage sous le ciel de Bréhat,
d’où viens-tu ?
De ce côté-ci du silence,
où j’entends son mugissement désarticulé,
où j’effleure la terre assombrie
par l’orage qui viens d’éclater ?
Dis, nuage, te fallait-il parcourir
mille milles,
pour comprendre une fois de plus
que l’amour nous a quittés,
en même temps que la parole ?
Mais au-dessus des rochers
un grand oiseau crie,
un ton plus haut
que la corde vocale qui cède
dans la gorge de Dieu.
Nuage, j’apprends
à parler encore une fois
ta langue,
ta langue et sa langue à Lui.
Jeziora wewnetrzne, 1994
In, « Terra Nullius. Une anthologie de la poésie polonaise
contemporaine de Varmie et Mazurie »
Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2004
Joyce Mansour (1928 – 1986) : Trous noirs
Trous noirs
Nommer une blessure
avant qu’elle ne suppure
Partout l’objet du mépris
saigne et pustule
à bon escient
Nommer l’infamie rose sous ses dentelles
avant qu’elle n’implose
Partout l’homme se met à genoux
pleure et transpire
flétri par le deuil solitaire
Partout le malaise fleurit
L’empire du cadavre s’étend
Nommer une fosse une fois recouverte
semer dessus des glands
et passer votre chemin
car la mort est contagieuse
et son nom souillera vos lèvres
vos lèvres votre langue votre bouche
votre blessure
Dans un monde tout gris
Une femme étouffée dans sa graisse
Crie sa solitude
Deux mains crépitent
Dans un miroir d’encre
Une bouche pleine de viande
Blasphème et vocifère
La mayonnaise tourne
Et brouille les vitres
L’or et la tempête
Grondent au-dehors
La femme mange pour se faire connaître
Et meurt la bouche ouverte
Devant le sexe en érection
D’un veilleur de nuit
Dernier soubresaut de la boulimie
La porte est fermée de l’intérieur
Je suis en retard d’une heure
De maigres voiliers se rangent le long des murs
Leurs ancres au repos
Leurs voiles endeuillées
Un gros doigt se prélasse sur un canapé
D’un fusain léger il trace les contours d’un visage féminin
Signes de la virginité autre que l’hymen
Je suis hantée par des lambeaux absurdes
D’une phrase à peine entendue
Primitive épellation dans la nuit du temps perdu
L’angoisse tient le cœur
de sa petite main de fer
Dans le ventre de la géante la boue
s’agite
L’homme a tête de crocodile
mastique les boyaux
de la grappe
humaine
Des vers noirs s’éprennent
Des vers blancs gavés de chair
font des bulles
Où sont les vieillards de mer ?
Qu’il te souvienne
l’heure du soir
où nageaient au loin
les îles riantes
de notre amour
Qu’il te souvienne
le chien blanc
les yeux crayeux
le mufle flamand
assoiffé de puissance
sous le pansement de sa peur
Qu’il te souvienne
les perles du soleil
jetées sur le sable
comme autant de fosses profondes
dans la graisse douloureuse
de la chair coupée
Qu’il te souvienne
hélas mon amour hélas
de l’entour de ces murailles
où murmure la bouche écumeuse
de la belle morte ensevelie
Qu’il te souvienne
l’enchaînement des horreurs
de la nuit
Le monde est un oiseau
Il tape des pieds
Sur une tombe ouverte
Il picore le crâne d’un enfant
Mou sous son bec d’acier
Il bat des ailes
Il chante
Le monde est un oiseau qui chie
Tombés du soleil sur le rivage où
nulle barque est amarrée
ceux qui pensaient mériter le ciel
virent clairement passer sur sa roue enflammée
un homme à tête de crapaud
La prudence exige de ne jamais laisser séjourner
l’ordure à la surface du sol
Une houle de sang et de fiente
gronde bave et revient
s’abattre sur la terre poudreuse de mort
Les voyageurs furent battus et ils perdirent leurs visages
Piétinés par un bousier géant roi de la peur gelée
L’homme à tête de crapaud roula sa roue grinçante
comme une vieille verrue
dans le trou noir spiralé de sa tombe
Un grand fracas de sabots brise la marmite
Un centaure déchiquetée comme une ombre
au coin du jour
aspire la sanie des cadavres pour nourrir sa progéniture
Le nœud du mariage serre le cou du cavalier
« A mort » hurlent les moines
écartant les jambes du cheval éventré
accolant leurs lèvres à ses plaies
ils pompent le sang du cheval et du cavalier
pour couler eux-mêmes liquides
vers quelle gloire obscure ?
Un batelier fou tente de gagner le large
sur sa barque abritée de suaires en pavois
mais déjà les êtres anxieux des profondeurs
lèvent la tête
leurs yeux sans paupières comme pondus
sur un amas de lamproies
blanches scories de la nuit gélatine
demandant leur dû de toutes leurs bouches suceuses
et le batelier quittant son banc
tombe dans la vase déferlante
du bateau de la vie il préféra la lame
Au loin errent des créatures fanées
mollement déformées dans leur étau placentaire
victimes de l’immense mâchoire qui galope sur la plage
gluante de ganglions entassés
« L’hygiène est satisfaite » brame-t-elle
arrachant les capons flasques de leur cachot
« Connaître c’est aimer » répond le crapaud sur sa roue translucide
tournant sur l’espace courbe d’une marine échancrée
attendant l’aube du matin qui ne poindra
plus jamais
La foule attendait sur la place
Le vent broutait l’herbe brin à brin
Une obscurité hostile étouffait les bêtes sauvages
Les grands arbres bégayaient de toutes leurs langues feuillues
La foule attendait sans sourciller
L’arrivée de l’insectes géant accourant enfin aux vivres
Jouant des pattes
Poussant du dos
Minaudant dans sa mince gaine cylindrique
Prêt à engloutir de ses grandes lèvres difformes
La nourriture faisandée
Des hommes
La foule attendait
Amas confus de membres disjoints
Le bousier géant et sa besogne ordurière
La foule attendait
Le vent bruissait dans les haillons de la forêt
Et le cauchemar voluptueux
Recourbait fortement
Les abdomens
Humides
Piteuse clôture dites-vous ?
Tel est le destin de la foule
Ecoute
le cri des courlis dans les roseaux
près de la mer
L’ombre passe sur la campagne
comme une main sur un visage lisse
Qui fermera les yeux de celle qui se meurt
dans l’écume des coteaux bleus
Les ramiers roucoulants de l’agonie
entourent le haut rocher de la solitude
Elle lutte contre l’asphyxie. La terreur
comme l’insecte tapi sous l’écorce d’un arbre en feu
Ecoute le cri des courlis dans les roseaux
c’est peut-être la mort qui passe
Ne faut-il pas être fou
A tout âge
De porter sa frayeur
Comme un masque de craie
Sur son visage
La bouche ouverte sur un cri
Les yeux blancs eux aussi
Ne faut-il pas être fou
Sous l’orage
De porter un fruit dans l’ornière
De son ventre
Plus apre qu’un abcès
Plus avide que l’absence
Un fruit plus nocif
Que la nuit
Plus pulpeux que la mort
Prêt à éclater prêt à exploser
Un fruit sans pépins
Fort de sa boulimie
Fruit maudit de la peur
Lubrique
Banquise
Un rideau d’anxiété s’enroule autour de ses jambes
L’angoisse loge dans son nombril
Ce tiroir matelassé à demi ouvert
L’homme cabré au-dessus d’une femme
Ainsi que le bâton à tête de cheval des anciens mimes
Flotte au-dessus d’une mare
L’homme essaie de conjurer les petits objets aux contours irréguliers
Qui envahissent sa gorge
Et l’empêche d’avaler
Du sang tombe de ses yeux
Comme les premières gouttes lentes
D’une lourde pluie d’été
Il jouit
Une trace sinueuse s’élance sur le parquet
Il gît
Un grand poids pèse sur son visage
La femme se démène pour cueillir son dernier souffle
Dans un sac de soie sauvage
Les cymbales et les tambours se sont tus
Qui va se marier ?
Faut-il respirer la mort pour guérir son esprit
L’érable sculpte le vent
Sans couteau
J’attends le tournant de la route
Bouche sèche d’insomnie
Ravie de peur
On abat des arbres dans mon cœur
Un pesant fœtus
Surgit des rafales de la nuit
L’humilité glissante du têtard
M’écoeure
Belle et sinistre promiscuité
Le vent bouge dans le miroir
J’ai le corps pourri dans la terre
Il est presque trop tard
Pour se réveiller
On ne vit pas avec les morts
Ils glissent sur le tapis roulant de l’oubli
Vers quels noirs pâturages
Ils flottent et tremblent dans le vent du soir
Leurs yeux se vident comme une baignoire
Leurs sexes atrophiés pendent
Entre leurs jambes enlisées
Dans la boue du souvenir
On ne vit pas avec les morts
Leurs bouches pleines d’ouate
Rient de nos vains efforts
Leurs soupirs affamés déchirent l’air
Nous nous sommes aimés
Mais ils ne se souviennent guère
Tout occupés comme ils sont
A jouir de leur deuil
Caracolant sur l’abîme
Comme chevaux de frise
Heureux dans l’horreur
Les morts passent leur chemin
Débonnaires et la tête vide
Trous noirs
La Pierre d’Alun éditeur, Bruxelles, 1986
Voir aussi :
Bleu comme le désert (15/01/2017)
Le téléphone sonne (18/02/2017)
Chant arabe (22/03/2017)
« Vous ne connaissez pas… » (29/04/2017)
Pernette du Guillet (1520 – 1545) : « Jà n'est besoin que plus je me soucie …
Jà n'est besoin que plus je me soucie
Si le jour faut, ou que vienne la nuit,
Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie :
Car tout cela certes rien ne me nuit,
Puisque mon Jour(1) par clarté adoucie
M'éclaire toute, et tant, qu'à la minuit
En mon esprit me fait apercevoir
Ce que mes yeux ne surent oncques voir.
(1) mon Jour : c’est le surnom que Pernette du Guillet donne au poète Maurice Scève
Rymes de gentile, et vertueuse dame D. Pernette Du Guillet, Lyonnoise,
Edité à Lyon par Jean de Tournes, 1545
Voir aussi :
« Quand vous voyez, que l'étincelle … » (27/04/2017)
« La nuit était pour moi si très-obscure… » (23/03/2017)
Rita Mestokosho (1966 -) : Aide-nous, grand-père / Uitshinan Nimushum
Aide-nous, grand-père
Aide-nous, grand-père
Nous sommes tes enfants
Aide-nous, grand-père
Nous sommes tes petits-enfants
Aide-nous, grand-père
Protège nos cœurs
Aide-nous, grand-père
Protège nos vies
Aide-nous, grand-père
Protège notre territoire
Uitshinan Nimushum
Uitshinan Nimushum
Ninan au tshitauassimat
Uitshinan Nimushum
Ninan au tshussimat
Uitshinan Nimushum
Nakatuenita niteinana
Uitshinan Nimushum
Nakatuenita nitinniunnana
Nakatuenita nitassinan
Née de la pluie et de la terre
Editions Bruno Doucey, 2014
Voir aussi :
Un peuple sans terre (26/04/2017)
Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Descendre à la mer… »
Descendre à la mer
A travers la verdure
Où la chaleur flambe
Sous un ciel qui dit bleu
Comme pour la première fois
Entre mer et ciel
Sur des appuis invisibles
Légèrement penchée
Passe par la terre
L’échelle des anges
Matière de lumière,
Editions Folle Avoine, 1985
Voir aussi :
« Matière de lumière les murs… » (14/01/2017)
« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017)
« De mon lit… » (21/03/2017)
L’après-midi à Bréhat (28/04/2017)
Anne Perrier (1922 - 2017) : « Suis-je venue… »
Suis-je venue
La lumière sera pareille
Exactement
Peut-être même un peu plus belle
Qu’avant
Elle m’aura perdue
Et puis après ?
Pour la terre nul intérêt
Que je vive ou que je meure
Pour moi c’est l’unique commencement
Dans une heure
Je serai cendre ou diamant
Le petit pré
Editions Payot, Lausanne (Suisse), 1960
Voir aussi :
« Lorsque la mort viendra… » (20/01/2017)
Prière (01/03/2017)
: « Ce n’est pas assez… » (21/04/2017)













