Femmes en Poésie

09 août 2020

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 - 1966) : « Nous ne boirons pas dans le même verre... » / « Не будем пить из одного стакан

akhmatova1924[1]

 

Nous ne boirons pas dans le même verre

Ni de l’eau ni du vin doux,

Nous n’échangerons pas de baisers le matin,

Et le soir nous ne serons pas ensemble à la fenêtre.

Ton signe est le soleil ; le mien, la lune ;

Mais nous vivons d’un seul amour.

 

Mon tendre ami fidèle est toujours avec moi,

Ton amie joyeuse est toujours avec toi,

Mais je comprends l’effroi dans ces yeux gris,

Et tu es la cause de mon malaise.

Nous espaçons nos rencontres trop brèves.

C’est notre lot : protégeons notre paix.

 

Oui, mais ta voix chante dans mes poèmes,

Mon souffle passe dans les tiens.

Oh, ce bûcher existe et ni l’oubli

Ni la peur n’osent s’approcher.

Si tu savais comme, en ce moment,

J’aime tes lèvres, roses, sèches !

1913

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

 

Не будем пить из одного стакана

Ни воду мы, ни сладкое вино,

Не поцелуемся мы утром рано,

А ввечеру не поглядим в окно.

Ты дышишь солнцем, я дышу луною,

Но живы мы любовию одною.

 

Со мной всегда мой верный, нежный друг,

С тобой твоя веселая подруга.

Но мне понятен серых глаз испуг,

И ты виновник моего недуга.

Коротких мы не учащаем встреч.

Так наш покой нам суждено беречь.

 

Лишь голос твой поет в моих стихах,

В твоих стихах мое дыханье веет.

О, есть костер, которого не смеет

Коснуться ни забвение, ни страх.

И если б знал ты, как сейчас мне любы

Твои сухие, розовые губы!

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)

« Les uns échangent des caresses ... »  (04/08/2018)

Premier avertissement / Первое предупреждение (05/08/2019)

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02 août 2020

Emily Jane Brontë (1818 - 1848) : Viens-t’en avec moi / Come, walk with me

 

emily-bronte[1]

Viens-t’en avec moi

 

Viens-t’en avec moi ;

Il n’est plus que toi

Dont mon cœur se puisse réjouir ;

Nous aimions par les nuits d’hiver

Errer dans la neige :

Si nous renouvelions ces vieux plaisirs ?

Noires et folles, les nuées

Tachent d’ombre, là-haut, les terres élevées

Comme elles faisaient autrefois,

Et ne s’arrêtent que là-bas,

A l’horizon confusément amoncelées,

Tandis que les rayons de lune

Si prestement luisent et fuient

Qu’à peine pouvons-nous dire qu’ils ont souri.

 

Viens avec moi – viens te promener avec moi ;

Nous étions bien plus autrefois,

Mais la Mort nous a dérobé nos compagnons

Comme le Soleil la rosée ;

Oui, la mort les a pris un à un, nous laissant

Tous deux seuls désormais ;

Aussi mes sentiments se voudraient-ils aux tiens

Nouer étroitement, n’ayant d’autres soutien.

 

« Non, ne m’appelle pas, cela ne saurait être ;

L’Amour serait-il si constant ?

La fleur de l’Amitié peut-elle dépérir

Pour revivre après de longs ans ?

Non, quand même le sol est humide de larmes

Et si belle qu’elle ait pu croître ;

Car la sève une fois tarie, son flux vital

Ne s’épanchera jamais plus :

Mieux encore que ne fait l’étroit cachot des morts

La Terre sépare le cœur des hommes. »

(Printemps 1844)

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Brontë : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

Come, walk with me

 

Come, walk with me ;

There's only thee

To bless my spirit now ;

We used to love on winter nights

To wander through the snow.

 Can we not woo back old delights?

The clouds rush dark and wild ;

They fleck with shade our mountain heights

The same as long ago,

And on the horizon rest at last

In looming masses piled;

While moonbeams flash and fly so fast

We scarce can say they smiled.

Come, walk with me-come walk with me;

We were not once so few ;

But Death has stolen our company

As sunshine steals the dew ;

He took them one by one, and we

Are left the only two;

So closer would my feelings twine

Because they have no stay but thine.

 

« Nay call me not - it may not be ;

Is human love so true?

Can Friendship's flower droop on for years

And then revive anew?

No ; though the soil be wet with tears,

How fair soe'er it grew ;

The vital sap once perished

Will never flow again ;

And surer than that dwelling dread,

The narrow dungeon of the dead ,

Time parts the hearts of men. »

 

C. W. Hatfield : « The Complete Poems of Emily Jane Bronte,

Revised from Manuscripts »

Columbia University Press, New-York, 1941

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…” (01/08/2018)

« Mon plus grand bonheur... »  / « I’m appiest… » (30/06/2019)

« Je viendrai quand ... » / « I’ll come when …» (02/08/2019)

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29 juillet 2020

Mérédith Le Dez (1973 -) : « Je veux un champ d’étoiles... »

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Je veux un champ d’étoiles pour

Nuit des jours où rien ne passe

 

Je veux la soie des songes

La toile où tous les vents claquent de fraîcheur

 

Chaque bruit

Moindre battement qui creuse la tempe

Au coin du corps le cœur comme un tocsin clair

La cible criblée de plaisir

 

Cris je veux pleins dans mon ciel

Et dégorgements vifs et râles et plaisirs

Plus jamais les dentelles aigres des semaines à languir

 

Destin qui roule

Il faudrait se hisser là-haut à bout de bras

A force de rêve

 

Efforts efforts à bout de souffle tout vient pour finir

          Là haut couleurs

          Lumière lumière

          Bleu jaune ocre

          Eclat perle dynamite

          Eclat cuivre

          Des sons éboulent

          un monde

 

Les mots les mots droites images brûlent

Gigantesques et barbares et fleuris

Verre cristal musique

Esprits magnifiques

Submergent l’eau forte et fatiguée des litanies

 

Déboulent cloches tintamarres dans la chambre des astres

Tonnent étonnantes de neuves planètes

Avec pour écharpe l’éternité

 

Aux chimères boire toute la coupe si bleue

de nuit après des jours

 

 

Les eaux noires

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2008

Voir aussi :

 « Front collé à la vitre … » (30/07/2017)

« Il y a la guerre ... » (29/07/2018)

Souviens-moi (30/07/2019)

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25 juillet 2020

Mariem Mint Derwich (1964 -) : Qui n’a pas aimé tes yeux...

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Qui n’a pas aimé tes yeux...

 

Au creux d’une paume tremblée

la nuit s’allonge et ton sommeil

rend la nuit aux étoiles

Du croissant de lune au jour

quand les arbres s’endorment doucement

tes paupières baissées

murmurent une femme des bords de sable et de mer

J’ai posé une prière sur tes épaules

mot après mot

j’efface le langage

le silence est une histoire pour le plus profond de la nuit

Qui n’a pas aimé tes yeux

n’a jamais aimé

Qui n’a pas aimé tes yeux...

Refermer la main en son tremblement

emprisonner la nuit

puis la libérer

tu y dors au bout de moi

Je viens rêver que je te rêve

Qui n’a pas aimé tes yeux

n’a jamais aimé...

 

In, Maram al-Masri : « Anthologie des femmes poètes du monde arabe »

Le Temps des Cerises, éditeurs, 2019

De la même autrice :

Où sont les miens ? (26/07/2019)

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19 juillet 2020

Florence Pazzottu (1962 -) : « éteint l’amer rivage... »

 

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éteint l’amer rivage

où murit toute attente

mais d’une ardeur étreinte

et pure, douce,

à flanc de perte ourdie

le silence peuplé

de la mer

                    *

déposé tout visage

loin des rives enfiévrées

voix offertes

au corps sans âge du

silence

le nu est océan

nul exil

                    *

viens

ou si tu ne viens pas

ne viens pas

grâce blanche de l’attente

s’offre, se retire, la mer

le reflux aussi

est un don

                    *

chute ronde et rousse

une feuille

lente lune

accueille

cœur sans voix ni vouloir

à fleur d’oubli

la terre une

 

Le Nouvel Ecriterres, N° 4, Hiver 1990/91

29720 Plonéour-Lanvern,1991

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12 juillet 2020

Wisława Szymborska (1923 - 2012) : La femme de Loth / Żona Lota

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La femme de Loth

 

Je me suis retournée, parait-il, par curiosité.

Mais je pouvais avoir d’autres raisons encore.

Je me suis retournée par regret de ma coupe d’argent.

Par mégarde, en renouant le lacet de ma sandale.

Pour ne plus voir la nuque intègre de Loth mon époux.

Certaine soudain que si je tombais morte,

il ne prendrait même pas le temps de s’arrêter.

Par l’insoumission des humbles.

Pour guetter les clameurs de la poursuite.

Frappée par le silence espérant que Dieu avait changé d’avis.

Nos deux filles disparaissaient déjà derrière la colline.

Je sentis la vieillesse en moi. Et la distance.

La futilité du voyage. La torpeur.

Je me suis retournée en posant mon baluchon par terre.

Je me suis retournée par crainte, où poser mon pied.

Sur mon sentier des serpents apparurent,

des araignées, des mulots et des vautours blancs-becs.

Tout ce qui vit, débarassé soudain du bien et du mal,

rampait et sautillait dans une terreur commune.

Je me suis retournée sous le poids de la solitude.

Et honteuse de fuir ainsi, sournoisement.

Par désir de hurler, de revenir sur mes pas.

Ou peut-être est-ce plus tard, quand le vent se leva,

me dénoua les cheveux, et souleva ma robe.

Certaine qu’on l’aperçut sur les murs de Sodome,

qu’on accueillit ma honte d’un rire retentissant.

Je me suis retournée par colère.

Pour me rassasier enfin de leur ruine.

Je me suis retournée pour toutes les raisons invoquées.

Je me suis retournée sans le vouloir.

La pierre sous mon pied tourna en vrombissant.

Un gouffre me barra la route tout à coup.

Sur son bord, un hamster se dressait sur deux pattes.

Et tous les deux, ensemble, nous nous sommes retournés.

Non, non. Je courais encore.

Je rampais et je m’envolais,

jusqu’à ce que les ténèbres tombent enfin du ciel,

les oiseaux foudroyés et le gravier ardent.

Essoufflée, je tournais plusieurs fois sur moi-même.

Si l’on pouvait me voir, on croirait que je danse.

Il se peut que mes yeux fussent restés ouverts.

Sans aucun doute tombai-je en regardant la ville.

 

Traduit du polonais par Piotr Kaminsky

In, « Wistawa Szymborska : De la mort sans exagérer /

O smierci bez  presady »

Wydawnictwo literackie, Krakow, (Poland), 1997

 

Żona Lota

 

Obejrzałam się podobno z ciekawości.

Ale prócz ciekawości mogłam mieć inne powody.

Obejrzałam się z żalu za miską ze srebra.

Przez nieuwagę – wiążąc rzemyk u sandała.

Aby nie patrzeć dłużej w sprawiedliwy kark

męża mojego, Lota.

Z nagłej pewności, że gdybym umarła,

nawet by nie przystanął.

Z nieposłuszeństwa pokornych.

W nadsłuchiwaniu pogoni.

Tknięta ciszą, w nadziei, że Bóg się rozmyślił.

Dwie nasze córki znikały już za szczytem wzgórza.

Poczułam w sobie starość. Oddalenie.

Czczość wędrowania. Senność.

Obejrzałam się kładąc na ziemi tobołek.

Obejrzałam się z trwogi, gdzie uczynić krok.

Na mojej ścieżce zjawiły się węże,

pająki, myszy polne i pisklęta sępów.

Już ani dobre, ani złe – po prostu wszystko, co żyło,

pełzało i skakało w gromadnym popłochu.

Obejrzałam się z osamotnienia.

Ze wstydu, że uciekam chyłkiem.

Z chęci krzyku, powrotu.

Albo wtedy dopiero, gdy zerwał się wiatr,

rozwiązał włosy moje i suknię zadarł do góry.

Miałam wrażenie, że widzą to z murów Sodomy

i wybuchają gromkim śmiechem, raz i jeszcze raz.

Obejrzałam się z gniewu.

Aby nasycić się ich wielką zgubą.

Obejrzałam się z wszystkich podanych wyżej powodów.

Obejrzałam się bez własnej woli.

To tylko głaz obrócił się, warcząc pode mną.

To szczelina raptownie odcięła mi drogę.

Na brzegu dreptał chomik wspięty na dwóch łapkach.

I wówczas to oboje spojrzeliśmy wstecz.

Nie, nie. Ja biegłam dalej,

czołgałam się i wzlatywałam,

dopóki ciemność nie runęła z nieba,

a z nią gorący żwir i martwe ptaki.

Z braku tchu wielokrotnie okręcałam się.

Kto mógłby to zobaczyć, myślałby, że tańczę.

Nie wykluczone, że oczy miałam otwarte.

Możliwe, że upadłam twarzą zwróconą ku miastu.

 

 

 Wielka liczba

SW " Czytelnik”, Warszawa (Poland), 1976

Voir aussi :

Une voix dans la discussion sur la pornographie / Głos w sprawie pornografii (21/01/2017)

Haine / Nienawiść (26/02/2017)

Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry (04/04/2017)

Psaume / Psalm (14/07/2017)

Impressions théâtrales / Wrażenia z teatru (12/07/2018)

Ca va sans titre / Może być bez tytułu (12/07/2019)

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25 juin 2020

Angèle Vannier (1910 – 1980) : Vent printemps

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Vent printemps

 

Celles qu’on éteignait celles au blanc promises

Celles qu’on habillait de silence et de froid

Celles qui ronronnaient des leçons bien apprises

Cœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas.

 

Celles qu’on enfermait dans des chapelles grises

Celles qu’on emmurait dans les plus hautes tours

Celles qui n’attendaient qu’un signe de la brise

Ont cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour.

 

Nous t’embrasserons trois fois sur la bouche

Chevalier printemps pas très comme il faut.

Est-ce défendu que les vierges couchent

Avec un amour couronné d’oiseaux ?

 

Et tant pis s’ils sont vrais ces vieux dits de nos mères

Que le vent du printemps fit les quatre cent coups

Dans les bois dans les prés sur le bord des rivières.

 

Ca alors si vous saviez comme on s’en fout

 

L'Arbre à feu,

Éditions du Goéland, Paramé (Ille-et-Vilaine), 1950 

Voir aussi :

L’aveugle à son miroir (29/06/2017)

J’adhère (25/06/2018)

« Je suis née de la mer » (25/06/2019)

 

 

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21 juin 2020

Erika Vouk (1941-) : « Le long du lit tari... » / « Po presahli beli strugi... »

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Le long du lit tari

je cours et je t’appelle,

toi qui est autre ;

qui ne sais rien des vagues

ruées sur les mots et la peau,

rien des marées

cruauté tendre,

rien de l’eau qui se perd en soi,

rien des charmes du sud,

rien de ce temps

qui fait de moi une autre.

 

Traduit du slovène par Barbara Poganik,

In, « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie »,

Editions Gallimard, Culturesfrance, 2010

 

Po presahli beli strugi

tečem in te kličem,

ki si drugi ;

ki ne veš za strmo valovanje

besed in čutov,

ne za plimovanje

nežnokruto,

za reko, ki ponika vase,

za ukletosti juga,

čase,

ki od njih sem druga.

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20 juin 2020

Laure Morali (1972 -) : Grâce

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 Grâce

Grâce aux vents qui me tiennent chauds

Grâce à la caresse de l’air

Et au bruit enivrant de la ville

Grâce aux fleurs que je plante

Et au ciel qui se couvre

Grâce aux mouvements calme des draps sur la corde à linge

Grâce aux grands yeux d’un petit garçon

Grâce à l’amour qui n’appartient à personne

Et glisse lentement avec l’eau de l’orage sous la terre

Grâce au tintement des casseroles chaque soir à huit heures

Grâce aux amies qui vous prêtent leurs vêtements

Grâce aux charbons ardent de la colère ambiante

Grâce à la pluie qui vient chanter sur nos casseroles

Grâce au ciel et à la terre et grâce à l’eau et au feu

Grâce à la vie qui m’inonde

Grâce aux cœurs qui débordent

Grâce à l’électricité invincible des vents détrempés

La foudre tombe drue sur la place publique

Nous caressons les trottoirs avec une langueur nouvelle

Nous redevenons humains en un très long grondement

de tonnerre

 

Ecrit lors des « manifestations des casseroles » à Montréal, durant le printemps 2012

 

In, « Il fait un temps de poèmes. Volume 2.

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan

De la même autrice :

« Je t’écris sans papier… » (12/05/2017)

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13 mai 2020

Sapphô / Σαπφώ (vers 1630 – vers 1580 av. J. C.) : « Et je ne reverrai jamais... »

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Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.

Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;

Et je la vis pleurer au moment des adieux.

Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. »

Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure.

Mais souviens-toi toujours combien je t’ai aimée.

Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,

Nous allions à la source ou rôdions par les landes.

J’ai tressé pour ton cou d’entêtantes guirlandes ;

La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe

Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;

Les baumes précieux oignaient ton corps charmant

Et jeune. Prés de moi reposant tendrement,

Tu recevais des mains des expertes servantes

Les milles objets que l’art et la mollesse inventent

Pour parer la beauté des filles d’Ionie...

Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !

L’éperdu rossignol charmait les bois épais,

Et la vie était douce et notre cœur en paix... »

 

Traduit du grec par Marguerite Yourcenar,

In, « La couronne et la lyre,

Anthologie de la poésie grecque ancienne »

Editions Gallimard, 1979

Voir aussi :

 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (22/02/2017)

Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (30/03/2017)

A une aimée (10/05/2017)

Nocturnes (14/05/201919)

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