Femmes en Poésie

08 mars 2019

Rita Mestokosho (1966 -) : Mistapéo, l’âme de la Tierra

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Mistapéo, l’âme de la Tierra

 

Ninakamum tshetshi petuikan

je chante pour que tu m’entendes

voilà ce que mon Mistapéo te dit

Je marche sur la pointe des arbres

pour que tu me voies

je vole seulement quand je dors

le ciel est d’un bleu violet

ma voix n’est pas la mienne

elle est faite du grand mystère

 

natuta neme ninakamum

entends entends les bruits

je suis comme l’arbre au printemps

que le vent assaille avec douceur

je m’accote contre la mer

elle est froide là d’où je viens

j’aime penser qu’elle voyage

 

tu m’appelles eau

mais je suis rivière

tu m’appelles arbre

mais je suis forêt

 

l’eau faut un bruit puissant

qu’elle soit salée ou douce

 

l’arbre pousse en silence

mais tu l’entends quand

le vent souffle sur lui

 

Il y a un feu sacré

qui crépite sur les morceaux de lumière

je l’entends car le gardien du feu

me raconte sa vie

 

Il y a un son dans le mot bruit

un peu comme l’absence du silence

quand le temps est venu pour nous

d’entendre notre propre silence

 

mes yeux entendent la lumière

qui arrive naturellement sur mes mains

je suis assise avec mon esprit

seulement pour écouter

 

j’entends une voix autour de moi

et je touche le vent

ce grand vent animé par les ailes du printemps

il ramène les outardes chez moi

 

nous ferons du bruit en silence

nos hommes guetteront leur arrivée

nous mangerons en riant

nous pleurerons de joie

 

 

Et que le Grand Esprit vous protège !

 

In, Revue « Hopala !, N°43, septembre-novembre 2013 »

29000 Quimper, 2013

Voir aussi :

 Un peuple sans terre (26/04/2017)

Aide-nous, grand-père / Uitshinan Nimushum (11/03/2018)

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05 mars 2019

Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Une lumière rose... »

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Une lumière rose derrière les paupières

Les oiseaux brisent à petits coups

L’œuf de silence

Un parfum de chèvrefeuille

Nappe les airs.

Il y a si peu de temps

Pour être matin

Entre le sommeil et le soir

 

Matière de lumière,

Editions Folle Avoine, 1985

Voir aussi :

 « Matière de lumière les murs… » (14/01/2017) 

« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017)

« De mon lit… » (21/03/2017)

L’après-midi à Bréhat (28/04/2017)

« Descendre  à la mer… » (05/03/2018)

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02 mars 2019

Anne Perrier (1922 – 2017) : « Voici ma place... »

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Voici ma place

Pour l’éternité

Une chaise de paille basse

Le silence et l’été

Un mur que le ciel a fendu

Comme une rue

Et mon âme qui s’habitue

A dire tu

 

Le petit pré

Editions Payot, Lausanne (Suisse), 1960

Voir aussi :

 « Lorsque la mort viendra… » (20/01/2017) 

Prière (01/03/2017)

: « Ce n’est pas assez… » (21/04/2017)

« Suis-je venue… » (03/03/18)

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22 février 2019

Marguerite de Navarre (1492 – 1549) : « Las ! tant malheureuse je suis ... »

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Las ! tant malheureuse je suis,

Que mon malheur dire ne puis,

Sinon qu'il est sans espérance :

Désespoir est déjà à l'huis (*)          (*) porte

Pour me jeter au fond du puits

Où n'a d'en saillir apparence.

 

Tant de larmes jettent mes yeux

Qu'ils ne voient terre ni cieux,

Telle est de leur pleur abondance.

Ma bouche se plaint en tous lieux,

De mon coeur ne peut saillir mieux

Que soupirs sans nulle allégeance (*).    (*) soulagement
 

 

Tristesse par ses grands efforts

A rendu si faible mon corps

Qu'il n'a ni vertu ni puissance.

Il est semblable à l'un des morts,

Tant que, le voyant par dehors,

L'on perd de lui la connaissance.

 

 

 

Je n'ai plus que la triste voix

De laquelle crier m'en vais,

En lamentant la dure absence.

Las ! de celui pour qui vivais

Que de si bon coeur je voyais,

J'ai perdu l'heureuse présence !

 

Sûre je suis que son esprit

Règne avec son chef Jésus-Christ,

Contemplant la divine essence.

Combien que son corps soit prescrit (*),   (*) annéanti

Les promesses du saint Écrit

Le font vivre au ciel sans doutance.

 

Tandis qu'il était sain et fort,

La foi était son réconfort,

Son Dieu possédait par créance (*).  (*) croyance

En cette foi vive il est mort,

Qui l'a conduit au très sûr port,

Où il a de Dieu jouissance.

..................................................

Mort, qui m'a fait si mauvais tour

D'abattre ma force et ma tour,

Tout mon refuge et ma défense,

N'as su ruiner mon amour

Que je sens croître nuit et jour,

Qui ma douleur croît et avance.

 

Mon mal ne se peut révéler,

Et m'est si dur à l'avaler,

Que j'en perds toute patience.

Il ne m'en faut donc plus parler,

Mais penser de bientôt aller,

Où Dieu l'a mis par sa clémence.

.....................................................

 

Les Chansons spirituelles

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21 février 2019

Ananda Devi (1957 -) : « Je ne vous connais pas ... »

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Je ne vous connais pas

J'ignore jusqu'à votre nom

Votre visage m'est étrange

Balafré de sa rage

 

Quand vous déchirerez ma page

Vous saurez qui j'étais

Un trou, un remous

Un déchet sur un rêve

 

Vous le maître de nos destins

Dont je ne connais pas le nom

D'où vous vient cette colère

Cette fureur sans pardon ?

 

J'ai eu beau fuir

Vous me ramenez

Me tirant par mes cheveux

Comme la dernière des damnées.

 

Quand la nuit consent à me parler

Editions Bruno Doucey, 2011

Voir aussi :

« Je te vois comme un hiver… » (24/02/2017) 

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16 février 2019

Zu Shuzhen / 朱淑真 (1135 – 1180) : En regardant voler les couples d’hirondelles

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En regardant voler les couples d’hirondelles

 

Un rayon oblique envahit ma chambre solitaire,

Déjà le crépuscule assombrit à demi ma porte,

Les hirondelles feignent d’ignorer ma si grande tristesse

Sous l’auvent de ma demeure, deux par deux, elles tourbillonnent en liberté.

 

Traduit du chinois par Shi Bo

in, «A celui qui voyageait loin. Poèmes d’amour de femmes chinoises,

(VIIème – XVIème siècle) »

Editions Alternatives, 2000

Voir aussi :

Sur l’air « Sheng tsa tse » (23/04/2017)

Touchée par les paroles d’un fermier pendant les chaleurs sèches (19/02/2018)

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03 février 2019

Louise Labé (1526 – 1566) : « Telle j’ai vu... »

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Telle j’ai vu, qui avait en jeunesse

Blâmé Amour, après, en sa vieillesse,

Brûler d’ardeur et plaindre tendrement

L’âpre rigueur de son tardif tourment.

Alors de fard et eau (*) continuelle                            (*) eau de toilette

Elle essayait se faire venir belle,

Voulant chasser le ridé labourage

Que l’âge avait gravé sur son visage.

Sur son chef gris, elle avait empruntée

Quelque perruque, et assez mal entée (*) ;                  (*) fixée, placée

Et plus était à son gré bien fardée,

De son Ami moins était regardée,

Lequel, ailleurs, fuyant, n’en tenait compte,

Tant lui semblait laide, et avait grand honte

D’être aimé d’elle. Ainsi la pauvre vieille

Recevait bien pareille pour pareille :

De maints en vain un temps fut réclamée ;

Ores quelle aime, elle n’est point aimée.

Ainsi Amour prend son plaisir à faire

Que le veuil d’un soit à l’autre contraire.

Voir aussi :

« Baise m’encor, … » (16/01/2017) 

« Je vis, je meurs… » (12/02/2017)

« Tant que mes yeux… » (24/04/2017)

« Ne reprenez, Dames… » (05/02/2018)

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16 janvier 2019

Brigitte Oleschinski (1955 -) : Puis à nouveau le long des façades / Dann nieder die niedrigen buckligen

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Puis à nouveau le long des façades basses et bossues

 

au crépi qui s’effrite, les pavés bourdonnant

comme du gâteau encore chaud entre les bordures raides et obliques

du caniveau. Dans la cour, la sueur fraîche

pose un glaçage sur les minces plaques dans la cour qu’un métier enchanté

                                                                                                               passe

tranquillement par les fenêtres ouvertes, meringue et cannelle blonde sur les

                                                                                                                blonds

couvercles encroûtées des poubelles. Comment appelons-nous cela. Nostalgie

réelle ? Pâte de privation collective. Cela ne compte pas. A la clôture s’adosse

un regard. Dedans, toutes les heures, le cri strident des rails du tram.

 

Traduit de l’allemand par Heike Mittler

in, « La poésie allemande contemporaine »

Editions Seghers/Goethe-Institut Inter Nationes, 2001

 

 

Dann wieder die niedrigen buckligen

 

Fassaden entlang,  von denen mürbe der Putz bröselt, das Pflaster summend

wie ofenwarmer Streuselkuchen zwischen den steilen schiefen

Rinnsteinkanten. Frischer Schweiss

glasiert die dünnen Bleche im Hof, die ein verwunschenes Gewerbe bequem

aus den offenen Fenstern schiebt, Eischaum und Zimt auf blond

überkrusteten Müllkastendeckeln. Wie nennen wir

das. Reales Heimweh? Allseits entwickelten Mangelteig? es zählt

nicht. Vor dem Zaun lehnt ein Blick. Darin stündlich

das Kreischen der Strassenbahnschienen

 

Your Passport is Not Guilty

Reinbek / Hambourg, 1997

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12 janvier 2019

Gilberte H. Dallas (1918 - 1960) : « Les ancolies d’ébène... »

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Y

Les ancolies d’ébène guettent la mourante

dévorée par la pluie

Les rues la serrent

l’enlacent

Elle marche dans la jungle de béton

Elle tend son corps comme une phrase délavée.

Elle titube celle qui aurait pu être ma mère

Elle titube la mère qui n’a pas de ventre,

En sa place mes yeux agrandis,

Deux yeux immenses deux glands desséchés

Greffe de la mort

Pauvre mère stérile berce dans ta chair

Mes yeux d’enfant perdu

Mes yeux comme une herbe qui mâche l’épouvante

Mes yeux d’extra lucide

Pauvre loque de sel !

Mes yeux de boue et de lumière

Et toi tu marches, tu marches dévorée de pluie,

et me cherches,

Moi qui suis là, incrustée en toi.

 

Alphabets de Soleils

Editions Seghers, 1952

Voir aussi :

« Des soleils noirs… » (19/04/2017)

« J’ai plongé mon avide soif… » (12/01/2018)

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02 janvier 2019

Virginia Pésémapéo - Bordeleau (1951 -) : « Je suis de promiscuité... »

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Je suis de promiscuité,

de trois enfants par lit.

Je suis de fierté farouche,

de confort et d’indifférence.

 

Je suis de demi-frères suicidés

dans leur silence des réserves.

Je suis de demi-frères criards

qui veulent et la chèvre et le chou.

Je suis de deux races en mal de vivre,

de leur incapacité à se rejoindre.

 

Je suis le pont entre deux peuples

qu’un accident de parcours

a tendu au-dessus d’un précipice.

 

Je suis riche de différences,

marquée au fer du paradoxe.

Je suis de blanche et de rouge lignée.

 

 

De rouge et de blanc

Editions Mémoire d’encrier, Montréal, 2012

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