Femmes en Poésie

14 août 2019

Jany Cotteron (1944-) : N’importe où

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N’importe où

 

N’importe où     Elle écrit

 

Sur les feuilles qui murmurent dans le vent

elle écrit à la sève des arbres

le chant des oiseaux

 

Elle écrit des lettres avec le plein des rochers

et le délié des hautes herbes

 

Elle écrit à l’encre des nuages

en blanc et noir

 

Elle écrit des mots de plumes et de fleurs

des mots qui rient     qui parlent d’amour

des mots d’enfance

des mots de tous les jours

 

Puis elle signe d’une main d’eau et de terre

les sentiers dans la forêt

le versant des montagnes à l’odeur de soleil

 

 

N’importe où

 

Elle écrit la vie

 

Le chant des pierres et de l’eau

Editions Samizdat, 1218 Grand-Saconnex (Suisse)

Voir aussi :

F aille (18/08/2018)

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05 août 2019

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : Premier avertissement / Первое предупреждение

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Premier avertissement

 

Que nous importe, en vérité,

Que tout se transforme en poussière,

Sur combien d’abîmes j’ai chanté,

Dans combien de miroirs j’ai vécu ?

Ce n’est pas un rêve, soit, ni un réconfort,

C’est tout sauf un bienfait du ciel,

Il se peut que tu sois obligé

De te rappeler plus qu’il n’est nécessaire.

Le grondement des poèmes qui se taisent,

L’œil qui se cache dans les profondeurs,

Cette couronne de barbelés rouillés

Au milieu d’un silence inquiet.

6 juillet 1963

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

Первое предупреждение

 

Какое нам, в сущности, дело,

Что все превращается в прах,

Над сколькими безднами пела

И в скольких жила зеркалах.

Пускай я не сон, не отрада

И меньше всего благодать,

Но, может быть, чаще, чем надо,

Придется тебе вспоминать —

И гул затихающих строчек,

И глаз, что скрывает на дне

Тот ржавый колючий веночек

В тревожной своей тишине.

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)

« Les unséchangent des caresses ... »  (04/08/2018)

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02 août 2019

Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : « Je viendrai quand ... » / « I’ll come when …”

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Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse,

Allongé, seul, dans la chambre assombrie,

La folle joie de la journée évanouie

Et l’heureux sourire banni

Des ténèbres glacées du soir.

 

Je viendrai quand le vrai sentiment de ton cœur

Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir,

Et que mon influence, se glissant en toi,

Aggravant la désolation, gelant la joie,

Emportera ton âme.

 

Ecoute : voici l’heure, voici

Pour toi le moment redoutable ;

Ne sens-tu pas déferler sur ton âme

Un flot d’étranges sensations,

Signes avant-coureurs d’un plus rude pouvoir,

Hérauts de mon avènement ?

Novembre 1837

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

Je viendrai près de toi quand ton cœur sera triste ;

J’emplirai de clarté ta chambre emplie de nuit,

Quand s’estompe le jour et sa rumeur bruyante,

Quan s’étend l’ombre désolée

Où frissonne le soir

 

Je viendrai quand l’ennui de ton cœur excédé

Te tiendra dans ses chaînes ;

Alors ma volonté, s’emparant de la tienne,

-Tandis que ton chagrin se fera plus profond,

Que ta joie ne sera plus qu’une cendre froide –

Emportera ton âme au loin.

 

Ecoute ! voici l’heure,

le moment suprême pour toi :

Ne sens-tu pas s’abattre sur ton âme

Un flot de sensations étranges,

Signes avant-coureurs d’une force plus rude,

Hérauts de l’Esprit que je suis ?

Novembre 1837

 

Traduit de l’anglais par Mireille Best,

in, Emily Brontë « Les orages du cœur »

Pierre Seghers éditeur (Cahiers P.S.), 1950

 

 

 

I’ll come when thou art saddest,

Laid alone in the darkened room;

When the mad day’s mirth has vanished,

And the smile of joy is banished

From evening’s chilly gloom.

 

 

I’ll come when the heart’s real feeling

Has entire unbiased sway,

And my influence o’er thee stealing,

Grief deepening joy congealing,

Shall bear thy soul away.

 

 

Listen ’tis just the hour,

The awful time for thee;

Dost thou not feel upon thy soul

A flood of strange sensations roll,

Forerunners of a sterner power,

Heralds of me?

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…” (01/08/2018)

« Mon plus grand bonheur... »  / « I’m appiest… » (30/06/19)

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30 juillet 2019

Mérédith Le Dez (1973 -) : Souviens-moi

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Souviens-moi

 

I

Souviens-moi

à voix basse

de l’ombre encore

dans l’enclos

et toujours

souviens-moi

les yeux mi-clos

du jours dehors

prêt à bondir

 

Oui

 

Souviens-moi

inlassable

de la clairière du poème

 

II

Souviens-moi

 

Souviens-moi

aux boucles des matins

empoignés sans douceur

souviens-moi du soleil

tantôt levé tantôt couché

comme d’une sueur de bête

arquée sur la mer

 

Souviens-moi

du silence

de l’eau jugulée

 

III

Souviens-moi

 

Souviens-moi

de la peau qui crisse

d’être froissée

souviens-moi

du fouet de la lumière

et des lanières d’orage

qui fauchent les fiertés

 

Inlassable

 

Souviens-moi

de la verte chanson

des serpents

 

IV

Souviens-moi

 

Souviens-moi

des étés accablants

et des champs secs

souviens-moi

de la nuit qui vient

sans un soulagement

pour les hommes dressés

 

Inlassable

 

Souviens-moi

du feu de foin

dans l’air

 

V

Souviens-moi

 

Souviens-moi

de la houle au ventre

des rencontres

souviens-moi

des gares et des yeux crus

dans une odeur

d’écharpe rouge

 

Inlassable

 

Souviens-moi

des arbres

d’alliance

 

VI

Souviens-moi

 

Souviens-moi

d’un triangle nu

à l’encolure des chemises

souviens-moi

des pluies fades

et du vent mou

qui aiguisent le chagrin

 

Inlassable

 

Souviens-moi

des gestes fiancés

au premier soir

 

VII

Souviens-moi

 

Souviens-moi

avec l’âge qui avance

inexorable et patient

souviens-moi des laisses de goémon

et de l’huître ouverte

dans un ciel d’écailles

 

Inlassable

 

Souviens-moi

d’une cadence

de hanche étroite

 

VIII

Souviens-moi

longuement

à bouche bue

de la blancheur des mains

sur un livre

et toujours souviens-moi

à peau éprise

du lierre des mots

oubliés

 

Oui

 

Souviens-moi

inlassable

d’un désir enroulé

à la langue

d’algues brunes. 

 

Cavalier seul

Editions Mazette, 78372 Plaisir

Voir aussi :

 « Front collé à la vitre … » (30/07/2017)

« Il y a la guerre ... » (29/07/2018)

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27 juillet 2019

Francesca -Yvonne Caroutch (1937 -) : « Dormeurs enfouis sous la rivière... »

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Dormeurs enfouis sous la rivière

enfants aux yeux rivés

à l’envers des lueurs

veilleurs ensorcelés

sous l’aile du mirage

nous sentons grandir entre nous

des paysages impalpables

Les dieux oubliés se consument

dans le halo des marécages

Nous épions le miracle

égarés entre deux vents endormis

entre les planètes aveugles

les arbres sans mémoire

 

La Voie du cœur de verre

Editions Saint-Germain-des-Prés, 1972

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26 juillet 2019

Mariem Mint Derwich (1964 -) : Où sont les miens ?

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Où sont les miens ?

(Aux pays perdus et à ceux qui les arpentent)

 

 

Où sont les miens

dont je n’entends plus que des voix lointaines ?

Où sont les miens ?

Sont-ils dans le flanc des pirogues

dans la trace sur le sable

dans le vol silencieux d’un oiseau

dans l’aube qui blanchit la porte de la nuit ?

Où sont les miens

les miens racines

les miens maisons

Où sont-ils les miens d’ici

les miens d’ailleurs ?

Je les suis, doigt hésitant,

je soulève les pierres

je plonge tout au fond des mers

j’entre dans les arbres

je demande aux animaux

Les miens sont fantômes

ils murmurent en moi

mais je ne sais pas où les trouver

Je n’ai qu’une valise

en elle dorment tous les secrets

les secrets miens

et mon acte de naissance

et un passeport usé par les aéroports

Où sont les miens ?

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Où sont les miens ?

Je m’allonge dans ma valise

et j’apprends par cœur le numéro de mon siège

en face de moi il est écrit «  Interdit de... »

Où sont les miens ?

Là bas, là bas, sur la terre perdue...

 

Maram al-Masri : « Anthologie des femmes poètes du monde arabe »

Le Temps des Cerises, éditeurs, 2019

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24 juillet 2019

Vénus Khoury-Ghata : « Lorsqu’un arbre pleure … » (24/07/2019)

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Lorsqu’un arbre pleure toute sa sève

qu’il se frappe l’aubier pour exprimer sa douleur

qu’il se traîne à genoux autour de son écorce

il faut lui parler le langage d’avril

lui dire l’automne n’est qu’une invention.

 

Anthologie personnelle

Actes Sud, 1997

Voir aussi :

« Parce que leurs noms étaient trop larges… » (19/03/2017)

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12 juillet 2019

Wisława Szymborska (1923 – 2012) : Ca va sans titre / Może być bez tytułu

 

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Ca va sans titre

 

On en est arrivé là : je suis assise sous un arbre,

au bord d’une rivière,

un matin de soleil.

C’est un évènement anodin

que ne retiendra pas l’histoire.

Ni une bataille, ni un pacte

dont on sonde les motivations,

ni le meurtre mémorable d’un tyran.

 

Et pourtant me voilà assise, c’est un fait.

Et puisque je suis ici, près de la rivière,

je serai bien venue ici de quelque part,

sans dire qu’auparavant

j’aurai séjourné dans pas mal d’autres endroits.

Tout comme les grands conquérants

avant de monter à bord.

 

Le plus éphémère des instants possède un illustre passé,

son d’avant le samedi – vendredi,

son d’avant le mois de juin - mois de mai.

Ses horizons aussi vrais

que dans les jumelles du commandant en chef.

 

L’arbre est un peuplier enraciné depuis des lustres.

La rivière s’appelle Raba et ne coule pas d’hier.

Le sentier qui traverse les buissons,

ne fut pas frayé aujourd’hui.

Le vent qui chasse les nuages,

les aura amenés par ici.

 

Et bien que rien d’important ne se passe tout autour

le monde n’en est pas tout autant plus pauvre en détails,

ou privé de fondements, ou plus mal défini,

qu’à l’époque où l’emportaient les grandes migrations.

 

Les mystérieux complots n’ont pas l’exclusivité du silence.

On voit le cortège des raisons ailleurs qu’aux couronnements.

Les dates anniversaires peuvent être elles aussi bien rondes

mais pas davantage que ce défilé des cailloux sur le bord du fleuve.

 

Complexe et dense est la broderie des circonstances.

Le point de croix de la fourmi dans l’herbe.

L’herbe cousue dans la terre.

Le motif de la vague tissé par la branche.

 

Ainsi donc, par hasard, je suis et je regarde.

Au-dessus, un papillon blanc agite dans les airs,

ses ailes qui ne sont et ne seront qu’à lui,

et l’ombre qui soudain traverse mes deux mains

n’est pas une autre, ni quelconque, mais bien la sienne.

 

Voyant cela, je ne suis jamais sûre

que ce qui est important

l’est vraiment davantage que ce qui ne l’est pas.

 

Traduit du polonais par Piotr Kaminsky

In, « Wistawa Szymborska : De la mort sans exagérer /

O smierci bez  presady »

Wydawnictwo literackie, Krakow ,(Poland), 1997

 

 

Może być bez tytułu

 

 

Do­szło do tego, że sie­dzę pod drze­wem, 

na brze­gu rze­ki, 

w sło­necz­ny po­ra­nek. 

Jest to zda­rze­nie bła­he 

i do hi­sto­rii nie wej­dzie. 

To nie bi­twy i pak­ty, 

któ­rych mo­ty­wy się bada, 

ani god­ne pa­mię­ci za­bój­stwa ty­ra­nów. 

 

 

A jed­nak sie­dzę nad rze­ką, to fakt. 

I sko­ro tu­taj je­stem, 

mu­sia­łam skądś przyjść, 

a przed­tem 

w wie­lu jesz­cze miej­scach się po­dzie­wać, 

cał­kiem tak samo jak zdo­byw­cy kra­in, 

nim wstą­pi­li na po­kład. 

 

 

Ma buj­ną prze­szłość chwi­la na­wet ulot­na, 

swój pią­tek przed so­bo­tą, 

swój przed czerw­cem maj. 

Ma swo­je ho­ry­zon­ty rów­nie rze­czy­wi­ste 

jak w lor­net­ce do­wod­ców. 

 

 

 

To drze­wo to to­po­la za­ko­rze­nio­na od lat. 

Rze­ka to Raba nie od dziś pły­ną­ca. 

Ścież­ka nie od przed­wczo­raj 

wy­dep­ta­na w krza­kach. 

Wiatr, żeby roz­wiać chmu­ry, 

mu­siał je wcze­śniej tu przy­wiać. 

 

 

I choć w po­bli­żu nic się wiel­kie­go nie dzie­je, 

świat nie jest przez to uboż­szy w szcze­gó­ły, 

go­rzej uza­sad­nio­ny, sła­biej okre­ślo­ny, 

niż kie­dy za­gar­nia­ły go wę­drów­ki lu­dów. 

 

 

Nie tyl­ko taj­nym spi­skom to­wa­rzy­szy ci­sza. 

Nie tyl­ko ko­ro­na­cjom or­szak przy­czyn. 

Po­tra­fią być okrą­głe nie tyl­ko rocz­ni­ce po­wstań, 

ale i ob­cho­dzo­ne ka­my­ki na brze­gu. 

 

 

Za­wi­ły jest i gę­sty haft oko­licz­no­ści. 

Ścieg mrów­ki w tra­wie. 

Tra­wa wszy­ta w zie­mię. 

De­seń fali, przez któ­rą prze­wle­ka się pa­tyk. 

 

 

Tak się zło­ży­ło, że je­stem i pa­trzę. 

Nade mną bia­ły mo­tyl trze­po­ce w po­wie­trzu 

skrzy­deł­ka­mi, co tyl­ko do nie­go na­le­żą 

i prze­la­tu­je mi przez ręce cień, 

nie inny, nie czyj­kol­wiek, tyl­ko jego wła­sny. 

 

 

Na taki wi­dok za­wsze opusz­cza mnie pew­ność, 

że to co waż­ne 

waż­niej­sze jest od nie­waż­ne­go. :

Voir aussi :

Une voix dans la discussion sur la pornographie / Głos w sprawie pornografii (21/01/2017)

Haine / Nienawiść (26/02/2017)

Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry (04/04/2017)

Psaume / Psalm (14/07/2017)

Impressions théâtrales / Wrażenia z teatru (12/07/2018)

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30 juin 2019

Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : « Mon plus grand bonheur... » / « I’m happiest…»

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Mon plus grand bonheur, c'est qu'au loin

Mon âme fuie sa demeure d'argile,

Par une nuit qu'il vente, que la lune est claire,

Que l’œil peut parcourir des mondes de lumière —

 

Que je ne suis plus, qu'il n'est rien —

Terre ni mer ni ciel sans nuages —

Hormis un esprit en voyage

Dans l'immensité infinie.

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

 

 

Ah, la joie éperdue de pouvoir m’en aller

Et d’arracher mon âme à sa gangue d’argile,

Lorsque le vent fouette la nuit

Hantée de lune claire,

Et que mon âme embrasse un monde de lumière,

 

 

Lorsque je cesse d’être, et que rien ne demeure,

Quand mon regard ne perçoit plus

Ni la mer, ni la terre, où le ciel éclatant...

Mon âme libre enfin erre sans nulle entrave,

 Parcourant l’infini et son immensité.

 

 

Traduit de l’anglais par Mireille Best,

in, Emily Brontë « Les orages du cœur »

Pierre Seghers éditeur (Cahiers P.S.), 1950 

 

 

I’m happiest whan most away

I can bear my soul from its home of clay

On a windy night when the moon is bright

Ant the eye can wander through worlds of light —

 

When I am not and none beside —

Nor earth nor sea nor cloudless sky —

But only spirit wandering wide

Through infinite immensity.

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…” (01/08/2018)

« Je viendrai quand ... » / « I’ll come when …” (02/082019)

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29 juin 2019

Catherine Pozzi (1882 – 1934) : Maya

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Maya

 

Je descends les degrés de siècles et de sable

Qui retournent à vous l’instant désespéré

Terre des temples d’or, j’entre dans votre fable

          Atlantique adoré.

 

D’un corps qui ne m’est plus que fuie enfin la flamme

L’Âme est un nom chéri détesté du destin —

Que s’arrête le temps, que s’affaisse la trame,

Je revins sur mes pas vers l’abîme enfantin.

 

Les oiseaux sur le vent dans l’ouest marin s’engagent,

Il faut voler, bonheur, à l’ancien été

Tout endormi profond où cesse le rivage

Rochers, le chant, le roi, l’arbre longtemps bercé,

Astres longtemps liés à mon premier visage,

 

Singulier soleil de calme couronné.

 

Poèmes,

Revue « Mesures N° 3, Juillet 1935 »

Voir aussi :

Ave (22/01/2017)

Vale (06/05/2017)

Scopolamine (01/07/2018)

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