Femmes en Poésie

22 avril 2019

Anjela Duval (1905 – 1981) : Papillon et abeille / Balafenn ha Gwenanenn

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Papillon et abeille

 

- S’il fait beau

Dit le papillon volage

S’il fait beau

Je battrai bientôt la campagne.

- Et moi, dit l’abeille

Au papillon écervelé

Je me mettrai au travail

          S’il fait beau.

 

Juin 1967

 

Traduit du breton par Paol Keineg

 

Balafenn ha Gwenanenn

 

- Ma vez hinon

Eme ar valafenn hedro

Ma vez hinon

Emberr me ’z ay da vale bro

- Ha me, eme ar wenanenn

d’ar valafenn skañvbenn

 

Me ’gaso valabour en-dro

          Ma vez hinon

 

Miz Mezheven 1967

 

Anjela Duval : « Quatre poires. Recueil bilingue de poèmes

choisis et traduits par Paol Keineg »

Editions Mignoned Anjela, 22500 Paimpol

Voir aussi :

Poèmes de jour, poèmes de nuit / Barzhonegoù noz, barzhonegoù deiz (17/01/2017) 

La feuille / An delienn (04/05/17)

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18 avril 2019

Christine de Pisan (1361 – 1430 ?) : « Apprenez-moi, doux ami... »

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Apprenez-moi, doux ami,

S’il est vrai ce que j’ois dire,

Que d’ici la Saint Remy

Devait aller en l’Empire,

En Allemagne bien loin

Demeurer, comme j’entends,

Quatre mois ou trois du moins ?

Hélas ! que j’aurai mautemps !

 

Ne pourrait jour ni demi

Sans vous voir rien me suffire

Et quand vous serez de mi

Eloigné, quel dur martyre !

De mourir me fut besoin

Mieux que le mal que j’attends ;

Ronger me faudra mon frein.

Hélas ! que j’aurai mautemps !

 

Mon cour partira par mi

Au dire adieu, j’en soupire

Souvent et de deuil frémis,

Car je fondrai comme cire

Des soucis et des grands soins

Que pour vous aurai partant.

Si je vous perds de tous points,

Hélas ! que j’aurai mautemps !

 

Voir aussi :

La fille qui n’a point d’ami (13/03/2017)

« Seulette suis… » (20/04/2017)

Je ne sais comment je dure (04/01/2018)

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09 avril 2019

Véra Linhartova (1938 -) : « Les années s’allient... »

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Les  années  s’allient  et  s’annulent     L’instant      à   la

réflexion     peut toujours revenir sur ses pas   tandis que

moi   je serai repartie  pour  d’autres  instants  tout aussi

irréfléchis

 

 

Villes  entières     allées     rues  et  ponts ne s’écroulent

point sous la gravité de ces départs   Les objets résistant

à l’absence des êtres     Déjà le jour a changé    Les murs

en  s’attendant  à  ce  que  les  disparus reviennent      se

contentent      pour  l’instant     des revenants  taciturnes

 

 

Le lieu depuis longtemps hanté d’un visage qui n’a plus

de corps     des yeux sans visage     d’un creux sans yeux

d’une fissure sans creux    d’un tissu sans fissure   d’une

cicatrice  exsangue

 

Ni un cataclysme      ni la moindre des chose     Juste ce

qu’il faut pour reconnaître   la perte précise d’une chose

précieuse et     le fait établi      pour se remettre en route

Et  puis      la  réalité d’une table à écrire      de  la  table

immatérielle qui me suit où que j’aille      éclairée d’une

lumière  solide  dont  la  substance  ne  peut  pas  ne  pas

rester identique à elle-même

 

Le triomphe de la neige dans ce pays du soleil

 

 

A force d’y vivre     on s’accoutume à habiter la maison

des batailles livrées sans trêve       aux  sons  du  clairon

aux  nues de la poussière       à l’accaparement  du  bruit

indécent dans ce lieu du silence

 

Au fond       ce n’est pas vous  qui seriez  touchés à fond

par la grâce du supplice

 

Je peux attendre     D’une voix blanche :  j’ai  tout  mon

temps

 

 

Pluie fine en plein nuit

 

 

Paralysé en présence d’autrui     néant à l’état splendide

de l’isolement  à quoi tient enfin ce qui se cherche cons-

tamment dans une solitude peuplée

 

Twor

Editions G.L.M., 1974

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30 mars 2019

Clod’Aria (1916 – 2015) : La mère de famille

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La mère de famille

 

Et quand elle eut trimé

tant trimé tant gratté

tant frotté tant râclé

qu’elle en devint ridée

 

Et quand elle eut cousu

tant cousu tant rabattu

décousu recousu

qu’elle en devint bossue

 

Et quand elle eut donné

tant donné tant distribué

partagé prodigué

qu’elle en fut dépouillée

 

Alors ils s’en allèrent

bien nippés bien repus

égoïstes ingénus

 

et la mère mourut.

 

Poèmes choisis

Plein chant éditeur, 1976

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25 mars 2019

Alicia Bykowska-Salczynska (1953 -) : Au vent

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Au vent

 

La Bretagne est la région de France où il y a le plus de suicides ;

c’est ce que disent les statistiques.

 

Il est vrai qu’il y en a plus que jamais.

C’est à cause de ce vent qui souffle sans arrêt,

comme tu l’écris, Chéri,

dans le récit

de ton premier voyage.

Jean-Luc sourit, amer

quand je lui lis ton article traduit.

Ce n’est pas le spleen, dit-il.

C’est la pauvre eau de vie, le dur labeur,

et le sentiment d’être encore plus mal

sur sa pauvre terre.

 

Alors, il leur paraît plus facile

aux gens

de tout jeter

au vent.

 

Kamienny Ogrod, 1996

 

Traduit du polonais par Frédérique Laurent

In, « Terra Nullius. Une anthologie de la poésie polonaise

contemporaine de Varmie et Mazurie »

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2004

Voir aussi :

Nuage (26/03/2018)

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08 mars 2019

Rita Mestokosho (1966 -) : Mistapéo, l’âme de la Tierra

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Mistapéo, l’âme de la Tierra

 

Ninakamum tshetshi petuikan

je chante pour que tu m’entendes

voilà ce que mon Mistapéo te dit

Je marche sur la pointe des arbres

pour que tu me voies

je vole seulement quand je dors

le ciel est d’un bleu violet

ma voix n’est pas la mienne

elle est faite du grand mystère

 

natuta neme ninakamum

entends entends les bruits

je suis comme l’arbre au printemps

que le vent assaille avec douceur

je m’accote contre la mer

elle est froide là d’où je viens

j’aime penser qu’elle voyage

 

tu m’appelles eau

mais je suis rivière

tu m’appelles arbre

mais je suis forêt

 

l’eau faut un bruit puissant

qu’elle soit salée ou douce

 

l’arbre pousse en silence

mais tu l’entends quand

le vent souffle sur lui

 

Il y a un feu sacré

qui crépite sur les morceaux de lumière

je l’entends car le gardien du feu

me raconte sa vie

 

Il y a un son dans le mot bruit

un peu comme l’absence du silence

quand le temps est venu pour nous

d’entendre notre propre silence

 

mes yeux entendent la lumière

qui arrive naturellement sur mes mains

je suis assise avec mon esprit

seulement pour écouter

 

j’entends une voix autour de moi

et je touche le vent

ce grand vent animé par les ailes du printemps

il ramène les outardes chez moi

 

nous ferons du bruit en silence

nos hommes guetteront leur arrivée

nous mangerons en riant

nous pleurerons de joie

 

 

Et que le Grand Esprit vous protège !

 

In, Revue « Hopala !, N°43, septembre-novembre 2013 »

29000 Quimper, 2013

Voir aussi :

 Un peuple sans terre (26/04/2017)

Aide-nous, grand-père / Uitshinan Nimushum (11/03/2018)

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05 mars 2019

Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Une lumière rose... »

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Une lumière rose derrière les paupières

Les oiseaux brisent à petits coups

L’œuf de silence

Un parfum de chèvrefeuille

Nappe les airs.

Il y a si peu de temps

Pour être matin

Entre le sommeil et le soir

 

Matière de lumière,

Editions Folle Avoine, 1985

Voir aussi :

 « Matière de lumière les murs… » (14/01/2017) 

« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017)

« De mon lit… » (21/03/2017)

L’après-midi à Bréhat (28/04/2017)

« Descendre  à la mer… » (05/03/2018)

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02 mars 2019

Anne Perrier (1922 – 2017) : « Voici ma place... »

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Voici ma place

Pour l’éternité

Une chaise de paille basse

Le silence et l’été

Un mur que le ciel a fendu

Comme une rue

Et mon âme qui s’habitue

A dire tu

 

Le petit pré

Editions Payot, Lausanne (Suisse), 1960

Voir aussi :

 « Lorsque la mort viendra… » (20/01/2017) 

Prière (01/03/2017)

: « Ce n’est pas assez… » (21/04/2017)

« Suis-je venue… » (03/03/18)

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22 février 2019

Marguerite de Navarre (1492 – 1549) : « Las ! tant malheureuse je suis ... »

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Las ! tant malheureuse je suis,

Que mon malheur dire ne puis,

Sinon qu'il est sans espérance :

Désespoir est déjà à l'huis (*)          (*) porte

Pour me jeter au fond du puits

Où n'a d'en saillir apparence.

 

Tant de larmes jettent mes yeux

Qu'ils ne voient terre ni cieux,

Telle est de leur pleur abondance.

Ma bouche se plaint en tous lieux,

De mon coeur ne peut saillir mieux

Que soupirs sans nulle allégeance (*).    (*) soulagement
 

 

Tristesse par ses grands efforts

A rendu si faible mon corps

Qu'il n'a ni vertu ni puissance.

Il est semblable à l'un des morts,

Tant que, le voyant par dehors,

L'on perd de lui la connaissance.

 

 

 

Je n'ai plus que la triste voix

De laquelle crier m'en vais,

En lamentant la dure absence.

Las ! de celui pour qui vivais

Que de si bon coeur je voyais,

J'ai perdu l'heureuse présence !

 

Sûre je suis que son esprit

Règne avec son chef Jésus-Christ,

Contemplant la divine essence.

Combien que son corps soit prescrit (*),   (*) annéanti

Les promesses du saint Écrit

Le font vivre au ciel sans doutance.

 

Tandis qu'il était sain et fort,

La foi était son réconfort,

Son Dieu possédait par créance (*).  (*) croyance

En cette foi vive il est mort,

Qui l'a conduit au très sûr port,

Où il a de Dieu jouissance.

..................................................

Mort, qui m'a fait si mauvais tour

D'abattre ma force et ma tour,

Tout mon refuge et ma défense,

N'as su ruiner mon amour

Que je sens croître nuit et jour,

Qui ma douleur croît et avance.

 

Mon mal ne se peut révéler,

Et m'est si dur à l'avaler,

Que j'en perds toute patience.

Il ne m'en faut donc plus parler,

Mais penser de bientôt aller,

Où Dieu l'a mis par sa clémence.

.....................................................

 

Les Chansons spirituelles

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21 février 2019

Ananda Devi (1957 -) : « Je ne vous connais pas ... »

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Je ne vous connais pas

J'ignore jusqu'à votre nom

Votre visage m'est étrange

Balafré de sa rage

 

Quand vous déchirerez ma page

Vous saurez qui j'étais

Un trou, un remous

Un déchet sur un rêve

 

Vous le maître de nos destins

Dont je ne connais pas le nom

D'où vous vient cette colère

Cette fureur sans pardon ?

 

J'ai eu beau fuir

Vous me ramenez

Me tirant par mes cheveux

Comme la dernière des damnées.

 

Quand la nuit consent à me parler

Editions Bruno Doucey, 2011

Voir aussi :

« Je te vois comme un hiver… » (24/02/2017) 

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