images[1]

 

Un monde de pierres (II)

 

La matière grise

installée dans ma tête

se bloque

 

Pourquoi ne puis-je aller

au-delà de mes pensées

 

Comment forcer un démarrage

une accélération

de mon cerveau ?

 

Car la nuit reste daltonienne

le monde reste sans réponse

 

 

Le temps triche

avec la réalité

 

Chaque clarté

finit par s’obscurcir

 

Les visages vieillissent

et se perdent dans le miroir

           - - - -

Mon passé est la réponse

à la question du futur

           - - - -

Tout est signe

 

Il n’appartient qu’à ceux

qui savent le déchiffrer

 

 

Tous les jours

je réinvente

la réalité factice du monde

 

Parmi ses apparences

une marée noire de mots

inonde ma page

où le poème se balance

entre songe et réalité

 

 

Non je ne porterai pas

la croix du Christ

 

Je porterai le drapeau

de la liberté

 

Je saluerai Eve

désobéissante

 

Nous donnant la liberté

l’amour des contraires

 

J’éviterai ce monde

qui écrit son histoire

avec le sang des hommes

 

 

Dans mes poèmes

je retrace

ma géographie intérieure

 

Mes pensées

alourdissent ma parole

 

Je perds les questions

à travers mes réponses

 

Une marée noire de mots

inonde ma page

           - - - -

Qui suis-je ?

qui me dirige ?

 

Ma vie est opaque

comme le brouillard

qui m’entoure

 

Souvent la joie

est une tristesse déguisée

 

 

L’univers est un miroir

 

Il reflète les mêmes lumières

que nous portons en nous

           - - - -

Je trébuche sur l’avenir

 

Marchant

sans jamais arriver

 

Chaque être devient prisonnier

de l’autre

 

La nuit

j’entends les morts

traverser ma chambre

 

Venus d’un passé lointain

ils ont oublié la parole

 

Recouvert de plumes

tachetées de sang

ils arrivent

 

Devenus frères des vautours

ils me réveillent

par le claquement de leurs ailes

 

 

 

La mémoire

a construit le temps

 

Le monde est fait

d’après les images

que nous lui attribuons

 

Chaque parole

parlée ou écrite

contient notre mortalité

           - - - -

 

Aucune de nos complaintes

ne sera entendue

 

Dieu est sourd-muet

apprenez-lui

le langage gestuel

 

 

 

le temps

ne cesse de se réinventer

 

Retombant chaque jour

dans son moule initial

           - - - -

Chaque matin

après lui avoir brossé les ailes

 

Je range mon ange gardien

dans le placard

 

 

 

Dans ton sang

nagent les continents

 

L’alphabet saltimbanque

marche

sur les lignes tendues

de ta page

 

Avance dans tes poèmes

« danse avec les loups »

           - - - -

Je suis présente

et absente à la fois

 

Marchant sans but

d’un horizon à l’autre

 

Les lettres de l’alphabet

me poursuivent

 

Mes poèmes sont des pierres

du mur de lamentation

 

 

 

Combien de fois

ai-je tourné

autour du soleil

 

Même en dormant

je continue

à accompagner la terre

blottie sous mes couvertures

comme un animal

qui hiverne

 

Toute ma vie

n’a été qu’un dialogue

avec la mort

 

 

 

Une nouvelle saison s’annonce

 

Dans les arbres la sève descend

dans tout ce qui vit

et respire

le battement de mon cœur rebelle

 

Où est le sens dissimulé

de ce théâtre saisonnier

où le souffle s’accorde

aux brumes matinales

 

Dans le tournoiement fou

de l’univers

j’éteins le jour

comme une bougie

 

Un monde de pierres

Editions Arfuyen, 2015

Voir aussi :

Un monde de pierres (I) (08/12/2021)