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La fileuse

 

Le ciel est haut, la lune est rouge et pleine ;

Le tisserand chante à manquer d’haleine ;

La terre tourne et travaille tout bas ;

Et mon fuseau pourtant ne tourne pas !

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi soleil,

          J’ai tant sommeil !

 


De mon rouet le bruit me berce l’âme ;

J’ai les yeux gros de regarder la flamme.

Aube, chère aube, à quand votre retour ?

Je filerai quand filera le jour.

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi, soleil,

          J’ai tant sommeil !



Mes yeux fermés suivent un si beau songe !

S’il n’est pas vrai, mon Dieu ! qu’il se prolonge.

Ô mes fuseaux, tournez si doucement

Que sur ma lampe il s’appuie un moment !

          Mon lin se casse,

          Ma main est lasse ;

          Sans toi, soleil,

          J’ai tant sommeil !

 

Bouquets et prières

Dumont éditeur, 1843

Voir aussi :

Les Roses de Saadi (08/02/2017)

Qu'en avez-vous fait ? (20/031/2017)

Les séparés (25/04/2017)

« J’étais à toi... » (06/07/2018)

La lune des fleurs (22/04/2020)