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Il me plaît que vous ne soyez pas fou de moi,

 Il me plaît de ne pas être folle de vous,

Et que jamais le lourd globe terrestre

Ne fuie au-dessous de nos pieds.

Il me plaît de pouvoir être ridicule –

Troublée – et de ne pas jouer sur les mots,

Et de ne pas souffrir d’une faiblesse étouffante

Lorsque nos deux manches se frôlent.

 

Il me plaît aussi que devant moi

Tranquillement vous enlaciez une autre,

Et que vous ne souhaitiez pas les feux

De l’enfer parce que moi j’en embrasse un autre.

Que vous ne prononciez pas mon nom, si tendre,

Vous, mon tendre ami, matin et soir – à la légère…

Que jamais, dans le silence de l’église,

On ne chante, par-dessus nos têtes : Alléluia !

Je vous remercie de tout mon cœur, et de mes mains

De tant m’aimer – sans le savoir vous-même !- :

Et pour la tranquillité de mes nuits,

Pour la rareté des rencontres aux heures du soir,

Pour les promenades au clair de lune

Que nous n’avons pas faites, et pour le soleil,

Qui ne brille pas au-dessus de nous – et

Je vous remercie de ne pas être – hélas !-fou de moi,

Et de pas être – hélas ! – folle de vous

 

3 mai 1915 

Traduit du russe par Henri Deluy

In « L’Offense lyrique », Edition Fourbis, 1992

 

Voir aussi : 

Tentative de jalousie / Попытка ревности (07/04/2017)

« Une fleur est accrochée à ma poitrine… » / « Кто приколол - не помню... » (26/08/2017)

« De pierre sont les uns... » (28/08/2018)