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Ah ! les vains regrets de ma terre

M’ont révélé tous leurs secrets !

Je suis, en tout lieu, solitaire,

Peu m’import où je dois errer...

 

Portant mon sac, je rentre encore

Du marché le long des bâtisses,

Vers une maison qui m’ignore

Comme une caserne, un hospice...

 

Mais peu m’importe de connaître,

Pauvre lionne hérissée,

Tous les milieux d’où je vais être

Infailliblement évincée.

 

N’étant plus de ma langue éprise,

Et sourde à son appel lacté,

Ne pouvant plus être comprise,

Je vois des mots la vanité.

 

Ma voix montant du fond des âges,

Tu ne liras pas mes feuillets,

Lecteur de pages et de pages,

Lecteur de tonnes de papier !

 

L’arbre qui, seul, pousse à l’écart

Ne rejoindra l’allée jamais,

Et rien ne peut plus m’émouvoir

De ce que j’ai le plus aimé.

.................................................

 

Sur une feuille vide et lisse

Les lieux, les noms, tous les indices,

Même les dates disparaissent.

Mon âme est née, où donc était-ce ?

 

Toute maison m’est étrangère,

Pour moi tous les temples son vides,

Tout m’est égal, me désespère,

Sauf le sorbier d’un sol aride...

Paris

 

Traduit du russe par Katia Granoff,

In, « Anthologie de la poésie russe »

Editions Gallimard (Poésie),1993

Voir aussi :

« Il me plaît que vous ne soyez pas fou de moi… » / Мне нравится, что вы больны не мной (09/02/2017)

Tentative de jalousie / Попытка ревности (07/04/2017)

« Une fleur est accrochée à ma poitrine… » / « Кто приколол - не помню... » (26/08/2017)

« De pierre sont les uns... » (28/08/2018)