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Femmes en Poésie
15 septembre 2025

Adèle Nègre (1965 -) : Résolu par le feu (4)

 

Adèle Nègre : Chahut. Exposition, Corridor Eléphant, Paris, Novembre 2017

 

 
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Quand je voudrais tout noter quand je voudrais

 

seulement délier - en vérité  

 

et respirer

 

voici vivement que

 

dans le soir perce jusqu’à mes pensées

 

Hespéris matronalis

 

laisse dans l’air sans air

 

à son secret

 

c’est tout l’être qui se consume

 


 
 
Assise là en se consumant

 

consciente seulement de sa résolution et la grande esse S de l’ouïe toute

 

ouïe

 

 

abouchée sur l’âme

 

un violon chante 

 

ou un grillon

 

ou n’importe quoi ici

 

tant que 

 

tremblent la table et l’assise 

 


 
 
Assise attendre

 

que verse à ma dépossession la nuit

 

ses sons.

 

Dépossession ou possession de tous mes ratés,

 

ces vestiges.

 

Des ruines chantent. Est-ce encore le vent.?

 

Saurai-je me souvenir ?

 

Quelle fleur s’appuie sur ma peur et

 

à quelle racine

 

de quel verbe adventice puiser ?

 

Des sons Des sens épars dans la sécheresse, les Hespéris

 

ramènent doucement des commencements.

 

Des langues vivantes reviennent vagues émeuvent encore

 

le jardin dehors accorde la sensation.

 


 
 
Il se tordra devant toi dit-il.

 

Dans un splendide effort essor vers tes pores dilatés dans la nuit

 

pétrie le monde tors et l’œil avec .L’iris accordé luit.

 

Il viendra à ta peau à ta tête, extasié, volatile.

 

Connivent avant même le commencement, signe

 

avant même qu’il ne vienne.

 

Sans comment sans pourquoi pour table l’inclinaison

 

et sous chaque racine monter qu’on y est. Cymes

 

hélices, je suis vos contours réfléchis. C’est un iris

 

de plus qui tiendra son œil (ou le grand paon ses ocelles) incontournable, 

 


 
 
ce que sera le mobile. Tandis qu’à la porte

 

par la porte oblique – est-ce que je rêve ? – j’entends 

 

les Juliennes et la pluie.

 


 
 

J’enracine l’attente

 

déterminée à ne rien faire.

 

Je croise les faits et les doigts. Pas d’ordre, pas d’angle droit.

 

aucune loi.

 

N’incline à rien, le temps endure, incline seulement les os et les eaux, arrose

 

effleure.

 

Ce qui lèvera voudra bien croître.

 


 
 
Où mènes-tu ce soir, où te mets-tu 

 

sur l’échelle des couleurs, où ? Dessines-tu-

 

un froissement de sureau par la porte, avec d’autres bruits –

 

ou bien c’est la nuit glacée

 

une lucane se perd

 

entre les ligne ratisse un blanc violacé

 

persiste le banc de feuilles, tu lui dis reste ! Et elle reste !

 


 
 
Et comment !

 

Toute de nuit prostrée et tue

 

la tête et les stigmates ombreux sur les flancs du dessin

 


 
 

Est-ce le vent ?

 

La nuit arrondit

 

et agrandit l’ombre

 

les grillons pieds à pieds

 

remontent l’air

 

courbe la nuit respire

 

jusqu’à confondre l’œil

 

jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer

 

ce qui est vu de qui voit

 


 
 
Enfin tu n’entends plus les mouches

 

les grillons modèlent l’espace

 

ne pas reprendre – toit tilleul fourche tendue – aux vitres dérobées 

 

point de luisance dans

 

la nuit étagées à coups d’archets et de boucliers opposés

 

l’obscurité qui t’entoure forte de ses chants frottés touche

 

jusque par tes mains

 

gravides rythmées les rythmes

 

respirer par les mains

 


 
 
Je suis assise, je reviens, j’écris

 

l’iris brille que j’ai fourbi à la lumière,

 

mes yeux ont vu  les cirses

 

ce qui est pleuré s’ en va sans demander

 

son restes, larmes

 

qui restent ici, et s’atténuent

 

à nourrir les adventices

 


 
 
Sur les toits fait métalliques 

 

à blanc    

 

ondulent les mains fanées du soleil

 

piquent les cheminées capitées

 

les sirènes strient les faces

 

les oreilles à vide captent les oreilles

 

du lointain monde au sol

 


 
 
Avec toi sur les trottoirs brûlants, je pense à l’ombre viride,

 

mais cela est trop demander, trop

 

car torride

 

c’est Paris où claquent les murs, où

 

le bruit sec et serré à l’instant sécrète, j’ai oublié où

 

je vis

 

dans l’air dur

 

et vireux, aux Buttes

 

allons, cet où

 

oublieux, immobiles,  chômons !

 


 
 
Je flétris l’attente.

 

Qu’attendre encore sans ce vouloir qui me quitte ?

 

Les mains fanent avant la caresse, fleur attardée, sans savoir

 

quelle vie,

 

de quelle vie la tardive clameur.

 

Les doigts persistent, contournement de l’ardeur, doublent aveugles le jardin

 

     contourné.

 


 
 
Nuit 

 

perte des angles de clarté,

 

plus tard je gagne en son ce que j’ai perdu en murs,

 

je gagne en rondeur.

 

S’accroît la maison. J’ai mûri les vitres à force de regard,

 

je vois les iris briller,

 

le tilleul abreuve le dormant. Je veux rester, je ne veux pas, bras sur

 

l’accoudoir, cloué par l’épi.

 

Penser en épi.

 


 
 

Tilleul m’envoûtant, sur un air d’aboiements

 

distants de tout un peu, dans la nuit,

 

et l’épouvantable défaite

 

des décisions.

 

Penser par le tilleul, courbe enténébrée, la tête le peut

 

sans poids

 

écoute courber le vent

 


 
 

Tilleul - l’arôme entête –

 

secoue l’appréhension

 

feuilles borgnes

 

et trouées pour voir

 


 
 

Comment, le tilleul

 

comme tel accable

 

un  nu respire sous l’ombre flottante

 

l’arbre ressuscite le bras tigré

 

d’une petite fille

 


 
 

Toutes ruches dehors, en crue, c’est-à-dire

 

arène pour les yeux. Au centre est une fontaine

 

d’abus – ombre résurgente, j’erre au-dessous – l’air remue

 

de sombres masses de chaleur roulent sur les bras mûrs,

 

la lumière disperse des mires

 

serrées dans leur réticule, de très anciennes visées.

 


 
 

Seuil et soif

 

ce soir 

 

tousse

 

le bois rien ne vient de là

 

et rien mais très furtivement du côté du champ

 

passe

 

seul le tilleul respire

 

seul

 

lourdement par ses fleurs

 

la nuit résorbe doucement son massif

 

poumon

 


 
 
Non pas un parfum – une masse

 

accable la marche.

 

Frêle sous la tunique palpite jouissive

 

hâtive à rompre (heurt épidermique)

 

la voix asphyxiée

 

je compte les chutes, fixe la source – tilleul penchant – 

 

ce qui nous renverse propulse

 

un dire animal

 

vulnérable affleure sous l’hymen

 


 
 

Nuit où jeter des mots, sans plafond

 

ni sol,

 

et à l’épreuve des pertes 

 

le tilleul ainsi que quelques sphinx et noctuelles

 

près de l’ampoule

 

donnant forme à celle que nous appelons, pour finir

 

temps, que nous appelons espace

 

tandis que s’efface tout autre signe de vie

 


 
 

Répits

 

noirs moins noirs

 

le nuancier des verts

 

universel secours

 

impose son proverbe

 


 
 
« regard en arrière »

 


 
 
 
Résolu par le feu

 

Bruno Guattari, Editeur, 41250 Tour en Sologne,2018

 

Voir aussi


« Tu ne tonitrueras pas... » (08/10/2020)


Parler avec le sphinx (extraits) (07/10/2021)


Résolu par le feu (1) (06/10/2022)


Résolu par le feu (2) (06/10/2023)


Résolu par le feu (3) (17/09/2024)

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