19 mai 2022

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av. J. C.) : « Je ne change point... »

Statue de Sapho par Pierre Travaux, 1859. Musée du Louvre     Je ne change point, ô vierges de Lesbos ! Lorsque je poursuis la Beauté fugitive, Tel le Dieu chassant une vierge au peplos Très blanc sur la rive. Je n’ai point trahi l’invariable amour. Mon cœur identique et mon âme pareille Savent retrouver, dans le baiser d’un jour, Celui de la veille. Et j’étreins Atthis sur les seins de Dika. J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte, L’ombre, que longtemps ma douleur invoqua, De Timas la morte. ... [Lire la suite]
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01 mai 2022

Marcela Delpastre (1925 – 1998) : Le pays mort / Lo pais mòr (01/04/2022)

  Le pays mort        Je parle d’un pays mort qui ne sait pas s’il vit encore. D’un pays mort dans ses ronces ; dans la rouille de ses rigoles. D’un pays qui s’oublie lui-même.      Je suis née d’un pays qui meurt tous les jours dans son âme et sa chair.      Qui meurt de ses vieux accablés de travail le nez contre la terre ;      et de ses fils fauchés dans la sève et la fleur comme l’herbe de juin ; ... [Lire la suite]
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22 avril 2022

Marceline Desbordes – Valmore (1786 - 1859) : Ma chambre

  Ma chambre Ma demeure est haute, Donnant sur les cieux ; La lune en est l’hôte, Pâle et sérieux : En bas que l’on sonne, Qu’importe aujourd’hui ? Ce n’est plus personne, Quand ce n’est plus lui !   Aux autres cachée, Je brode mes fleurs ; Sans être fâchée, Mon âme est en pleurs ; Le ciel bleu sans voiles Je le vois d’ici ; Je vois les étoiles Mais l’orage aussi !   Vis-à-vis la mienne Une chaise attend : Elle fut la sienne, La nôtre un instant ; D’un ruban signée, Cette chaise est là, ... [Lire la suite]
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04 avril 2022

Cartographie Messyl (19 ? -) : Le verbe

Photographie : Litzic   Le verbe   Aujourd’hui, je me suis dévêtue Totalement je dis Ou Trois fois le rien Porté les bras ouverts Je suis le verbe Le corps en verbe Pas de terminaison Aucune conjecture   Ni le temps ni l’espace Pas même le présent Le verbe dans son infinitif Brut et sans mouvement Posé dans le froid du dico Ou plutôt évadé L’infinitif qui n’attend rien Qui se vit           ... [Lire la suite]
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27 mars 2022

Clod’Aria (1916 - 2015) : « Depuis qu’il était gaga... »

    Depuis qu’il était gaga qu’elle le poussait dans une petite voiture son Don Juan elle était soulagée l’épouse soulagée tranquille souriante il était là bien à elle comme un bébé il n’irait plus jamais la tromper   (Voir vivre, 1977)   Poèmes choisis Plein chant éditeur, 1976 Voir aussi :   La mère de famille (30/03/2019) Symbole (27/03/2020) J’ai jamais pu... (31/03/2021)
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21 mars 2022

Inger Christensen (1935 - 2009) : Il

  Il   Il est une pièce minuscule, cachée           dans la source de l’espérance Il est un matin le rouge du soleil           la dernière couleur que j’oublierais Il est dans le trèfle précoce ce que je           trouve très tôt sans chercher Il est une fissure dans la terre de l’hiver           printemps obstiné, bouche d’eau ... [Lire la suite]
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17 mars 2022

Li Qingzhao / 李清照 (1084 – vers 1155) : Tristesse de la séparation

Illustration par Yu Yige   Tristesse de la séparation   Dans l’encensoir doré, la cendre est déjà refroidie La couverture de soie rouge ondule tout au long de la nuit Je me lève sans avoir le courage de me peigner Laissant ma coiffeuse se couvrir de poussière Et les rideaux fermés, inondés du soleil déjà haut De peur de raviver ma douleur Je retiens ma tristesse Je ne trouve personne pour partager ma souffrance Je maigris de chagrin, l’ivresse n’y est pour rien La mélancolie d’automne encore moins   Tout... [Lire la suite]
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15 mars 2022

Montserrat Álvarez (1969) : Argos

  Argos, chien d’Ulysse, ouvre tes yeux aveugles, l’homme ne mérite ni ton amour ni ta pitié, l’homme se regarde à minuit dans le miroir et son visage épouvantable se brise en éclats de rire L’homme est une créature que Satan a forgée en pétrissant des monceaux de matières monstrueuses et quand il trouve devant lui son propre visage infame il montre du doigt un supposé démon Argos, chien d’Ulysse, ne trompe plus ta noble cécité qui ne comprend plus le Bien, piège du Mal, ni non plus ce dernier, et qui n’a pas connu ... [Lire la suite]
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09 mars 2022

Selma Meerbaum-Eisinger (1924 – 1942) : « Ô toi, sais-tu comment crie un corbeau ?... » / « Du, weißt du, wie ein Rabe schreit..

  Ô toi, sais-tu comment crie un corbeau ? Et comment la nuit, blême, effrayée, Ne sait plus par où s’enfuir ? Sais-tu comment, anxieuse, elle ne sait plus Si c’est son règne ou si ce n’est plus son règne, Si elle appartient au vent ou si c’est lui qui lui appartient ? Et les loups, avec leur voracité, Ne sont-ils pas prêts à nous déchirer ?   Ô toi, sais-tu comment le vent hurle aujourd’hui Et comment la forêt, blême, effrayée, Ne sait plus par où s’enfuir ? Sais-tu comment, anxieux,... [Lire la suite]
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06 mars 2022

Heather Dohollau (1925 – 2013) : Lieux

  Lieux   ELOGE DE L’ENNUI LLWYN Y PIA   D’ici à là-bas     le monde s’étire l’ennui a pris     un visage d’herbe midi est loin     au bord de la pelouse   chaque fleur de pensée     bricole son espace pétales veloutés     pourpre propre aux rois avec un œil jaune     pour tout regard   le vide en somme     se creuse à l’horizon l’éternité... [Lire la suite]
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