01[1]Czernowitz, mai 1940

 

Chant de désir

 

 

Doucement, tu entonnes dans ton chant une musique

Et tu as l’impression qu’il manque quelque chose.

Et confusément tu cherches auprès de chaque note

Si par hasard elle pourrait te dire

Où l’on peut la trouver, où, quand, comment…

Mais la première est bien trop pâle

Et la seconde trop voluptueuse

Et la troisième trop pleine de lointain…

Bien trop pleine.

 

 

 

Longtemps tu cherches : bémol, dièse, bémol

Deviennent vivants sous tes doigts.

Et soudain tu frappes une touche

Mais il n’en sort aucun son.

Et le silence est comme un sarcasme assourdi,

Car tu le sais tout d’un coup :

C’est cette note qui te manque. Si tes doigts la trouvaient,

Alors s’évanouirait le sort de ta chanson,

Et la fin ne serait plus si vide, si grise.

 

 

 

Et tu frappes alors, frappes encore la touche,

Tu te demandes bien d’où vient ce coup d’arrêt,

Et tu cherches si ce n’est pas la moiteur de tes mains.

Tes yeux mendient, pleins de désir.

Aucune note ne vient, seule la solitude s’invite

Dans la chanson, qui te semble si lourde et a si bien mûri.

 

 

 

À cause de cette note non jouée tu auras éternellement peur,

Peur du bonheur qui ne t’a qu’à peine touché

Dans les nuits douces, lorsque la lune te berce

Et que le silence ne comprend pas tes larmes.

 

 

 9 janvier 1941

 

 

Traduit de l’allemand par Marc Sagnol

In, Revue « Temporel, N°20, 23 Septembre 2015 »

Revue en ligne publiée par l’Atelier GuyAnne, 77144 Chalifert

 

 

Sehnsuchtslied

 

 

Leise schlägst in deinem Lied du einen Ton an –

und dir ist, als fehlte noch etwas.

Und du suchst verwirrt bei allen Tönen,

ob sie dir nicht sagen können,

wo's zu finden, wo und wie und wann ...

Doch der eine ist zu blaß

und zu lüstern ist der zweite

und der dritte ist so voll mit Weite -

viel zu voll.

 

Du suchst lange - Moll und Dur und Moll

werden lebend unter deinen Händen.

Und dann schlägst du plötzlich eine Taste an,

und - es kommt kein Ton.

Und das Schweigen ist dir wie ein dumpfer Hohn,

denn du weißt es plötzlich ganz genau:

Dieser fehlt dir. Wenn ihn deine Hände fänden,

fiele ab von deinem Lied der Bann,

wär' das Ende nicht mehr leer und grau.

 

Und du rührst und rührst die Taste –

fragst dich, wo hier wohl die Hemmung liegt,

suchst, ob nicht doch deiner Hände Weiche siegt,

deine Augen betteln voll Verlangen.

Kein Ton kommt. Einsamkeit bleibt nun zu Gaste

in dem Lied, das dir so schwer und süß gereift.

 

Um den ungespielten Ton wirst du nun ewig bangen,

bangen um das Glück, das dich nur leicht gestreift

in den leisen Nächten, wenn der Mond dich wiegt

und die Stille deine Tränen nicht begreift.



9.1.1941

 

 

Blütenlese

Editions de l’Université de Tel-Aviv (Israël), 1976