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Elle voit plus loin

 

A vous, vous qui allez mourir et avez peur,

n’ayez crainte

la Mort n’est pas maladie, douleur ou corruption

la Mort est la sœur jumelle de la vie

elle ne gît pas sur une civière d’hôpital

elle n’a ni cathétaire ni aiguilles dans les veines

La Mort est sacrée

Nul médecin ou vivant ne peut

la profaner ou la comprendre

La Mort est plus haute

La mort vous a toujours eu près de son cœur, et quand elle vient

avec douceur elle vous charme, comme l’enfant

à l’heure du coucher et sa mère

lui murmure doucement à l’oreille une berceuse

Vous ne serez pas seuls à l’heure de la Mort

Vous serez loin d’être seuls

parce que tandis que dans le monde vous vous agitiez

vous serez moins seuls

parce que vous n’aurez plus d’ennemis

personne ne laisse d’ennemis quand il meurt              vous ne ressentirez plus la haine

nulle ambition ne vous tourmentera            aucun appétit n’aurez

vous ne serez plus insatisfaits                     il n’y aura plus de mal

dans vos cœurs     vous ne craindrez rien

sauf la Mort et quand vous comprendrez

qu’elle n’est ni indignité ni honte mais absolution

et qu’en Elle se résolvent

les trahisons et offenses de la vie

vous verrez alors aussi que la vie

n’était pas le printemps qui fait fondre les glaces le velours

vert les oiseaux dorés du printemps

mais une étroite petite ceinture asphyxiante

tel le maillon d’une chaîne

La vie vous a séduits

flattant vos appétits promettant des cadeaux

à vos égoïsmes

La Mort ne flatte personne et ne promet pas

mais le bien que vous avez fait elle ne vous le prend pas

La Mort vous accorde

votre bonne mémoire

du mal que vous avez fait elle vous absout

N’ayez pas peur de la Mort

Quand elle sera légère à votre porte

laissez- là vous guider courtoisement

à votre centre secret de gravité

là où vous retirerez pour congédier le monde

Elle ne rira pas de votre peur

Elle comprend tout

laissez-la vous guider courtoisement à l’endroit

jusqu’à la moelle où vous êtes vous réellement

où vous n’êtes pas ce que vous avez toujours pensés être     où vous êtes

sans tous ces masques de l’Être     masques qui divisent

et confrontent les hommes

En-dessous et en son fond dans son centre caché

il y a ce qui vous fait être comme tout homme

La racine et le sens de la fraternité / Le lieu

où en réalité vous n’avez jamais été mauvais

Il était une fois un village qui avait un cimetière,

et le gardien était un homme bon

Les villageois le haïssaient parce qu’à leur société

il préférait celle des morts

Je lui ai rendu visite une fois et nous avons marché dans les allées de ce cimetière

« Regarde », disait-il, « ces deux que vous voyez là,

ne se sont jamais entendus ; celui-là

a ruiné celui-ci en provoquant un incendie

Et cependant la victime, il y a désormais très longtemps,

m’a raconté qu’une fois morte elle a parlé sans rancœur avec son assassin :

si la vie ne les avait pas aveuglés, m’a-t-il dit,

ils auraient pu être de bons amis

Moi, tant qu’ils sont vivants, je ne les aime pas,

Mais quand ils arrivent ici, ils deviennent tous bons. »

C‘est pourquoi vous qui en ce moment

être peut-être en train de mourir,

ne soyez pas tourmentés et n’ayez pas peur

La vie n’est pas une aimable caresse ; la vie

ne vous a jamais fait de caresses / Ne vous trompez pas sur la vie

Ne vous tromper pas non plus sur la Mort

Elle ne gît pas

verte et défigurée sur un lit

Personne ne peut l’humilier / Elle est sacrée

Elle n’est ni dans les hypothermies ni dans les blouses

Elle n’est pas enfermée dans une chambre

avec un ou de nombreux lits

Elle est partout et nulle part

comme la lumière la nuit le son le silence

Dehors, dans l’air libre, qui est à tous

et qui n’est à personne, Elle ne se traîne pas lourdement

ne se dérobe pas aux regards ne se cache pas

Légère, elle se promène et flotte

Elle est la sœur de la vie

Dans le bourgeon qui vient de s’ouvrir

elle est déjà là, comme dans tout ce qui est beau

et donne de la joie, et sa forme n’est pas

une forme insidieuse ou clandestine, mais ostensible et claire

pour qui veut la voir, comme la forme manifeste

d’un sourire

Vous pouvez la prendre par la main lui lisser les cheveux

Elle vous atteindra en vous laissant le temps

Jusqu’à ce que vous soyez prêts

Elle ne se montrera jamais cruelle avec vous          Elle ne vous donnera pas

d’amour auquel vous auriez à répondre

comme celui que les vivants vous ont donné                          Elle ne désire rien

reprocher             Pas davantage

Elle ne vous demandera de faire ou d’être

rien de particulier               Elle ne veut rien exiger de vous

Elle n’a besoin

de rien pour vous aimer et vous abriter          Pour sa protection

elle ne met pas de condition                           Elle

ne se plaint pas   ni ouvertement

ni sournoisement               ni amère ou insatisfaite

comme si jamais rien de ce que vous seriez ou feriez   

pouvait lui suffire              C’est la vie qui agit ainsi

C’est la vie qui vous tue pas la Mort                          La Mort ne fait que

vous consoler et vous accueillir     Elle n’est

jamais insatisfaite et ne réclame rien            Jamais vous ne La

verrez mécontente

Si vous avez les ongles sales ou mal mise

la cravate si la couleur de votre rimel est choquante

ou si votre chemise est tachée

de café cela Lui importe peu très peu            Pour Elle

tout est absolument parfait optimal                              pour Elle

tout cela n’a pas la moindre importance

Elle n’y pense même pas

Elle voit plus profond Elle voit plus loin

Elle ne vous dira pas qu’elle est autre

que ce qu’elle est                 Elle ne vous demandera pas d’être

ce que vous n’êtes pas ou que vous soyez un jour

ceci ou cela           Elle ne le fera pas ouvertement

ou sournoisement              pour Elle tel que vous êtes

vous êtes déjà parfaits

Elle voit plus profond

Soyez tranquille abandonnez la peur            cessez de vous

Agiter      de vous vendre de vous efforcer

de corrompre                        vous n’avez pas besoin de le faire               

Elle voit plus loin

 

Traduit de l’espagnol

Revue « Conséquence #3 », 2019

Voir aussi :

 Icare (11/03/2020)