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Oraison funèbre pour une femme sans importance

 

 

Elle nous quitta sans que blêmisse une joue ou frémisse une lèvre

Les portes n’entendirent personne rapporter le récit de sa mort

Aucun rideau de fenêtre suintant le chagrin

Ne se leva pour suivre son cercueil des yeux jusqu’à ce qu’il

     disparaisse

Dehors de rares personnes s’émurent de son souvenir

La nouvelle se perdit dans les ruelles sans que se répande son écho

Et se réfugia dans l’oubli de quelques fosses

La lune déplora ce malheur

 

La nuit n’y porta aucune attention et se rendit au jour

Alors vint la lumière avec les clameurs de la laitière, le jeûne,

Le miaulement d’un chat affamé n’ayant que la peau sur les os,

Les querelles des marchands, l’amertume, la lutte,

Les enfants se jetant des pierres d’un bout à l’autre de la rue,

Les eaux souillées dans les rigoles et les vents jouant seuls aux

     portes des terrasses

dans un oubli presque total.

 

Traduit de l’arabe par Abdul Kader El Janabi  et  M. Huerta

In, « le Poème arabe moderne »

Maisonneuve et Larose éditeurs, 1999

Voir aussi :

Déshonneur (18/03/2017)

 

Jeunesse (29/04/2018)