Louise Warren (1956 -) : « Minuit moins vingt... »
Minuit moins vingt, tu te tiens
dans l’embrasure de la porte, tu frôles mes genoux,
prends-moi toute. Tu peux rester
ici ce soir si tu le veux. La prochaine fois
on se parlera moins, la langue simplement
pour lécher partout. Une correspondance s’insinue
entre la peau et la caresse, je cachette l’enveloppe
et laisse ma bouche faire des bulles avec le réel.
Tu ne sais pas grand-chose
de moi. Tu connais le goût
du vin laissé sur ma langue mais tu n’as pas goûté ma bouche
gonflée de sommeil. Tu sais
que la nuit je vois des serpents et des flèches
sur les murs de ma chambre et j’entends siffler
des trains. Quand la lune est ronde,
elle fait des vœux, seulement les mercredis de pleine lune,
seulement les mercredis. Tu connais un échantillon de ma peau
et tu sais les tissus qui m’habillent. Tu as deviné
que la soie sauvage est agréable à toucher. Je ne te demanderai pas
de caresser ma tête, çà fait tellement longtemps. J’aime
quand tu me dis à bientôt et je m’obstine
à ne pas poser de rideaux aux fenêtres. Tu as appris mon âge :
tu l’oublies toujours. Tu ne reconnais pas encore ma voix
au téléphone. Dans la pièce vide, il y a un store,
c’est l’unique chose à manipuler dans l’ancienne chambre.
C’est parce que je ne te connais pas autrement
qu’à travers tes transparences… que disais-tu
de ce chandail posé ce soir-là ?
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L’Amant gris,
Editions Triptyque (Montréal), 1984
Voir aussi :
L’Amant gris : (26/01/2020)