23 février 2017

Marie Noël (1883 -1967) : Crépuscule

      Crépuscule   L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue Où je serai l’étrangère en ma maison, Où j’aurai sous le front une ombre inconnue Qui cache ma raison aux autres raisons.   Ils diront que j’ai perdu ma lumière Parce que je vois ce que nul œil n’atteint : La lueur d’avant mon aube la première Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint. Ils diront que j’ai perdu ma présence Parce qu’attentive aux présages épars Qui m’appellent de derrière ma naissance, J’entends s’ouvrir... [Lire la suite]
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21 février 2017

Christiane Baroche (1935 - ) : Soleil

  Soleil Hommage à Jean Cocteau   Mes yeux sont morts. Mon bonheur de lumière s’est enfoncé dans l’eau, L’interrogation de la nuit me tire A l’envers des surfaces, Je n’ai plus de la vie que sa racine obscure Et plus ne m’illumine que ton innocence Dans la tanière du jour. Enfant médiatrice, chante-moi le soleil Dans mon âme assourdie comme un bois sans clairière, Redis-moi son désordre et sa crépitation, Je ne reconnais plus que sa guenille chaude, Mes yeux sont morts de transparences.   Chante-moi... [Lire la suite]
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18 février 2017

Joyce Mansour (1928 – 1986) : « Le téléphone sonne… »

  Le téléphone sonne Et ton sexe répond. Sa voix rauque de chanteur Fait frémir mes ennuis Et l’œuf dur qu’est mon cœur Frit.   Déchirures, Edition de Minuit, 1955 Voir aussi : Bleu comme le désert (15/01/2017) Chant arabe (22/03/2017) « Vous ne connaissez pas… » (29/04/2017) Trous noirs (22/03/2018) « Les vices des hommes... » (18/01/2020)         
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12 février 2017

Louise Labé (1524 – 1566) : « Je vis, je meurs… »

    Je vis, je meurs : je me brûle et me noie. J'ai chaud extrême en endurant froidure ; La vie m'est et trop molle et trop dure. J'ai grands ennuis entremêlés de joie ; Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure ; Mon bien s'en va, et à jamais il dure ; Tout en un coup je sèche et je verdoie.   Ainsi Amour inconstamment me mène ; Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.   Puis,... [Lire la suite]
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11 février 2017

Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Si pour vivre … »

  Si pour vivre il suffit de toucher la terre Comme le vent aux doigts légers joue dans le blé toujours mur L’amour serait le chant de l’oiseau dans l’arbre Le nuage qui passe dont même l’ombre reste claire Mais le blé ne germe qu’au soleil noir de la mort Et l’autre demeure notre linceul sous le ciel   Le Point de rosée, Editions Folle Avoine, 1999 Voir aussi : « Matière de lumière les murs… » (14(01/2017) De mon lit (21/03/2017) L’après-midi à Bréhat (28/04/2017) « Descendre à la... [Lire la suite]
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08 février 2017

Marceline Desbordes – Valmore (1786 - 1859) : Les Roses de Saadi

  Les roses de Saadi   J'ai voulu ce matin, te rapporter des roses ; Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir. Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.  Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir. La vague en a paru rouge et comme enflammée.  Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée : Respires-en sur moi l'odorant souvenir.    Poèmes inédits,  Jules Fick, Genève,... [Lire la suite]
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06 février 2017

Françoise Hàn (1928 -) : Notes en marge

  Notes en marge   De l'ouvert on ne parle pas   Les peintres chinois devant l'ouvert tracent d'un pinceau léger une calligraphie   La nuit parfois dans l'absence de couleurs (mais c'est une image grossière)   L'impossible n'est pas l'ouvert   ce qui reflue des rives de l'été quand la lumière vacille n'est pas l'ouvert ce qui paraît au-delà de la musique de l'amour des grands pavots silencieux n'est pas l'ouvert   car dans la musique dans l'amour dans les fleurs ... [Lire la suite]
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29 janvier 2017

Denise Le Dantec (1939 -) : « Nous ne sommes plus rien… »

      Nous ne sommes plus rien Quand nous plongeons nos yeux dans nos miroirs Et peignons nos cheveux du côté où nous ne     sommes pas   Enroulée dans le drap des ténèbres   Les Fileuses d’étoupe. Editions Folle avoine, 1985 Voir aussi : « O l’adieu… » (18/10/2017) Mésange (06/10/2018) mémoire des dunes (06/10/2019)      
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26 janvier 2017

Andrée Chedid (1920- 2011) : Le cœur navigant

  Le coeur naviguant   Loin des cultes qui nous réduisent en cendres, Des temples où le ciel se force en vain une entrée, Loin des puissances d’airain que d’autres puissances culbutent   Élisons encore la vie Au sommet du jour blessé.   Plutôt le fruit hasardeux Que la lettre de marbre, Plutôt toujours chercher Et ne jamais savoir :   Arc à travers buissons, Aile à travers pièges, Que la sinistre fresque d’une vérité bouclée.   Le temps fond comme cire, Et les verrous ne... [Lire la suite]
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22 janvier 2017

Catherine Pozzi : Ave

    Ave Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais, Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez mon histoire, En quel sommeil se voyait votre gloire, Ô mon séjour… Quand je serai pour moi-même perdue Et divisée à l’abîme infini, Infiniment, quand je serai rompue, Quand le présent dont je suis revêtue Aura... [Lire la suite]
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