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Nuage

 

Dis, toi, nuage sous le ciel de Bréhat,

d’où viens-tu ?

De ce côté-ci du silence,

où j’entends son mugissement désarticulé,

où j’effleure la terre assombrie

par l’orage qui viens d’éclater ?

Dis, nuage, te fallait-il parcourir

mille milles,

pour comprendre une fois de plus

que l’amour nous a quittés,

en même temps que la parole ?

Mais au-dessus des rochers

un grand oiseau crie,

un ton plus haut

que la corde vocale qui cède

dans la gorge de Dieu.

 

Nuage, j’apprends

à parler encore une fois

ta langue,

ta langue et sa langue à Lui. 

Jeziora wewnetrzne, 1994

 

In, « Terra Nullius. Une anthologie de la poésie polonaise

contemporaine de Varmie et Mazurie »

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2004