04 mars 2017

Jacqueline Rebours (19 ? -) : Langue bussonnière

  Langue bussonnière   J’ai pétri en patois les mots de tous les jours Tantôt , à la reveyure, at’meriennée, haout’houre   J’ai croqué en patois les saveurs du courtil Meuletonnes et castilles, guerneouaiselles, badies   J’ai humé en patois le sentiment des fleurs Bonshommes et jalousies, pâques et ramoneurs   J’ai goûté en patois le ciel et puis les vents Le temps qui se cotit, les martiaous et les buans   J’ai couru en patois par landes et roquets Sente, venelles, cherrets, bussons... [Lire la suite]
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03 mars 2017

Shū Ting / 舒婷 (1952 - ) : - ? !

  ? !   Alors c’est vrai tu veux m’attendre attendre que j’aie semé le grain de mon panier attendre que j’aie ramené à la maison les abeilles égarées attendre que sur les bateaux, dans les villages, dans les usines                on ait allumé torches et lampes à huile attendre que j’aie lu les fenêtres brillantes ou obscures                et que j’ai fini de dialoguer avec... [Lire la suite]
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02 mars 2017

Emily Jane Brontë (1818 – 1848)) : Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you

    Il devrait n’être point de désespoir pour toi Tant que brûle la nuit les étoiles, Tant que le soir répand sa rosée silencieuse, Que le soleil dore le matin. Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes Ruissellent comme une rivière : Les plus chères de tes années sont-elles pas Autour de ton cœur à jamais ? Ceux-ci pleurent, tu pleures, il doit en être ainsi ; Les vents soupirent comme tu soupires, Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin Là où gisent les feuilles d’automne. Pourtant elles... [Lire la suite]
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01 mars 2017

Anne Perrier (1922 - 2017) : Prière

  Prière   Qu'on me laisse partir à présent Je pèserais si peu sur les eaux J'emporterais si peu de chose Quelques visages le ciel d'été Une rose ouverte   La rivière est si fraîche La plaie si brûlante Qu'on me laisse partir à l'heure incandescente Quand les bêtes furtives Gagnent l'ombre des granges Quand la quenouille Du jour se fait lente   Je m'étendrais doucement sur les eaux J'écouterais tomber au fond Ma tristesse comme une pierre Tandis que le vent dans les saules Suspendrait mon... [Lire la suite]
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28 février 2017

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966): Epilogue, I / Эпилог, I

    Epilogue, 1   J’ai vu comment les visages se défont, Comment on voit la terreur sous les paupières, Comment des pages d’écritures au poinçon Font ressortir sur les joues la douleur, Comment les boucles noires et cendrées Ressemblent soudain à du métal blanc. Le sourire s’éteint sur les lèvres dociles Et la peur tremble dans un petit rire sec. Si je prie, ce n’est pas pour moi seule, Mais pour tous ceux qui ont avec moi attendu, Dans le froid féroce, ou sous la canicule, Au pied du mur rouge, du mur... [Lire la suite]
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27 février 2017

Hélène Cadou (1922 - 2014 ) : "J'ai vu des paysages..."

    J’ai vu des paysages refermés sur leurs forêts Des nuits profondes comme des citernes Des arbres qui taisaient dans l’ombre leurs secrets Mais aujourd’hui les fenêtres du ciel S’ouvrent sur une province inconnue Où les blés montent plus haut que les étoiles Où les fontaines au coin des rues Fleurissent comme des lampes familières.  Je goûte un pain meilleur que le silence Et j’épelle les jours simplement pour le bonheur. Qui parle de retour ? Il faut saluer la vieille terre Et pour le grand... [Lire la suite]
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26 février 2017

Wisława Szymborska (1923 -2012) : Haine / Nienawiść

      Haine   Voyez combien elle reste efficace, combien elle se porte bien en notre siècle, la haine. Avec quel naturel elle prend les plus hauts obstacles. Combien il lui est facile : sauter, saisir.   Elle n’est pas comme les autres sentiments. Leur aînée, et pourtant leur cadette. Elle sait engendrer toute seule ce qu’il lui faut pour vivre. Si elle dort, ce n’est pas d’un sommeil éternel. L’insomnie ne lui ôte pas ses forces, au contraire.   Peu lui chaut, religion ou pas, ... [Lire la suite]
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25 février 2017

Alliette Audra (1897 – 1962) : N’envoyez plus de lettres

    N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille ou l’automne abat et dépose entre vos mains. Je ne les recevrai jamais le lendemain, mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre. Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus, cependant je lirai comme si j’avais su les paroles que vous formulez dans votre âme tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme. Choisissez les couleurs suivant le ton des... [Lire la suite]
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24 février 2017

Ananda Devi (1957 - ) : « Je te vois comme un hiver… »

  À ma mère    Je te vois comme un hiver, comme du givre ; transparente, brûlante,  transpercée de lumières; glacée, glaçante, cassable. Tout cela à la fois. Je te vois comme une source dont on ne soupçonne ni l'ampleur ni  la violence. Aujourd'hui, mes mains plongeant dans ton être, dans ta  matière, ont froid. Puis mes yeux retournent vers la fenêtre où, de  nouveau, la lumière a changé de couleur. Alors, au cœur même de ta  pâleur, je me souviens de tes ors.    Je te... [Lire la suite]
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23 février 2017

Marie Noël (1883 -1967) : Crépuscule

    Crépuscule   L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue Où je serai l’étrangère en ma maison, Où j’aurai sous le front une ombre inconnue Qui cache ma raison aux autres raisons.   Ils diront que j’ai perdu ma lumière Parce que je vois ce que nul œil n’atteint : La lueur d’avant mon aube la première Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint. Ils diront que j’ai perdu ma présence Parce qu’attentive aux présages épars Qui m’appellent de derrière ma naissance, J’entends s’ouvrir les... [Lire la suite]
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