09 mars 2021

Selma Meerbaum-Eisinger (1924 - 1942) : Chant de désir / Sehnsuchtslied

Czernowitz, mai 1940   Chant de désir     Doucement, tu entonnes dans ton chant une musique Et tu as l’impression qu’il manque quelque chose. Et confusément tu cherches auprès de chaque note Si par hasard elle pourrait te dire Où l’on peut la trouver, où, quand, comment… Mais la première est bien trop pâle Et la seconde trop voluptueuse Et la troisième trop pleine de lointain… Bien trop pleine.       Longtemps tu cherches : bémol, dièse, bémol Deviennent vivants sous tes doigts. Et... [Lire la suite]
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05 mars 2021

Heather Dohollau (1925 – 2013) : Paulina à Orta

  Paulina à Orta   Je serai éternellement bleue Pierre Jean JOUVE « Paulina 1880 ».   Seul l’unique est l’autre E. LEVINAS.   Ici au bord du lac est le seul espace Où partir sur une mer bordée de terre ? Le soleil et la lune grandissent les heures En hautes frondaisons bleues aux tiges absentes Les pentes des jardins hésitant en marches Etirent le ciel sur une couche mouvante Surface sans substance réelle où brillent en leurre Les ailes miroitantes d’un vol suspendu    ... [Lire la suite]
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02 mars 2021

Kiki Dimoulá / Κική Δημουλά (1931 - 2020) : Oblivion beach

Oblivion beach   Ce qu'elle en bave, dis donc, l'âme quand au lieu de dormir elle songe à des orthographes mafieuses : l'Homme, par exemple, pourquoi veut-il à tout prix s'écrire avec deux m comme deux poings serrés, pour quoi faire ?   Regarde-moi ça, mon vieux, quelle hypocrisie, à faire dresser les cheveux sur la tête : tout ce que j'ai subi la nuit, tout ce qui m'a torturée, toutes les ténèbres menaçant de m'emmener encore, ces terreurs qui me bandaient les yeux pour m'empêcher de voir où nous allions,... [Lire la suite]
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15 février 2021

Zu Shuzhen / 朱淑真 (1135 – 1180) : Promenade au lac un jour d’été

    Promenade au lac un jour d’été   Air : « Joie pure et sereine »   Brumes irritantes, rosée lancinante Qui nous retiennent un instant. Main dans la main sur la route le long du lac aux Nénuphars, Une ondée de fleurs jaunes et fines d’abricotier.   Simple et sotte, sans peur d’être devinée. Tout habillée je m’endors sur sa poitrine. Plus encore, quand je lâche sa main et m’en retourne Chez moi, trop indolente pour m’approcher de ma coiffeuse.   Traduit du chinois par... [Lire la suite]
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11 février 2021

Danielle Collobert (1940 – 1978) : « Corps là... »

    Corps là noué noué aux mots l’étranglement du souffle perte du sol pendu balancement à l’intérieur des mots - troués – vide approche de la folie peur continuelle de la fuite verticale les mots en spirale fuyante – aspirée sans prise sans arrêt tremblement ou cri peur continuelle – absence des mots – gouffre ouvert – descente – descente mains accrochées au visage toucher corps là résistance – rassure entendre encore le souffle – quelque part à l’instant savoir – souffle là à l’écoute du bruit ... [Lire la suite]
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03 février 2021

Louise Labé (1526 – 1566) : Oh ! si j’étais en ce beau sein ravie

  Oh ! si j’étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant ; Si avec lui vivre le demeurant De mes courts jours ne m’empêchait envie :   Si m’accolant me disait : chère Amie, Contentons-nous l’un l’autre, s’assurant Que jà tempête, Euripe, ni courant Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;   Si, de mes bras le tenant accolé, Comme du lierre est l’arbre encercelé, La mort venait, de mon aise envieuse,   Lors que, souef plus il me baiserait, Et mon esprit sur ses... [Lire la suite]
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27 janvier 2021

Pavie Zygas (1949 -) : La petite fille et la mort

  La petite fille et la mort   Dans un cimetière sur une tombe elle demeure allongée   parfois elle se dresse quand on passe et s’assied mais jamais jamais elle ne pardonne         Passage sentes ténues éphémère extinction de l’être   sanctuaire du soir   la patte crépusculaire se pose sur la branche les pierres la courbe d’une tige toutes nous glissons dans l’ombre       Pourtant j’ai mangé de ta chair et bu de ton sang, mère     ... [Lire la suite]
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25 janvier 2021

Virginia Pésémapéo-Bordeleau (1951 -) : Je te veux vivant

    Je te veux vivant   Ces mots arrachés à pleine pages, Déracinés de leur boue, Ils portent mon mal et ma peur Qui rampent sur ta vie, Sur la mienne.   Nous n’aurons pas ce temps des amours Qui veillent auprès des flammes, Qui jettent les branches sur le feu, Afin que le froid se dérobe.   Il y a déjà ce seuil familier, Emprunté par mon père, Attendu par ma sœur, Espéré par ma mère, Imprévu pour mon frère, Déchirure pour mon fils.   Leur âme me percute Au cœur de mes nuits, Me... [Lire la suite]
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21 janvier 2021

Evdokiya Petrovna Rostopchina / Евдокия Петровна Ростопчина: « Vous penserez à moi... » / « Вы вспомните меня когда-нибудь... »

  Vous penserez à moi, mais il sera trop tard, Vers mes steppes déjà je serai repartie ; Pour longtemps, pour toujours, cachée à vos regards. Mon image, soudain par l’absence éclaircie, Vous penserez à moi, mais il sera trop tard.   Vous passerez devant la maison triste et vide, Où vous trouviez toujours un chaleureux accueil Et vous demanderez, arrêté sur le seuil : « Elle n’est donc plus là ? » La calèche rapide Vous emportant, à moi vous penserez trop tard !     ... [Lire la suite]
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16 janvier 2021

Andrée Chedid (1920 – 2011) : Démarche

  Démarche   Nul n’a vécu le fond d’une rose l’espace d’un océan Ou le lieu de son corps Nul n’entrevoit l’écart entre le nœud et l’écorce Ne démêle l’écheveau de l’ombre et de la fleur   Les nuits martèlent nos clairières Le jour abreuve nos ravins   Nul chemin n’est plus heurté que le nôtre Mais nul plus souverain   In, « De tout les lieux du Français » Fondation d’Hauvilliers pour le dialogue des cultures, 1975 Voir aussi : Le cœur naviguant (26/01/2017)   L’escapade des... [Lire la suite]
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