03 février 2021

Louise Labé (1526 – 1566) : Oh ! si j’étais en ce beau sein ravie

  Oh ! si j’étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant ; Si avec lui vivre le demeurant De mes courts jours ne m’empêchait envie :   Si m’accolant me disait : chère Amie, Contentons-nous l’un l’autre, s’assurant Que jà tempête, Euripe, ni courant Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;   Si, de mes bras le tenant accolé, Comme du lierre est l’arbre encercelé, La mort venait, de mon aise envieuse,   Lors que, souef plus il me baiserait, Et mon esprit sur ses... [Lire la suite]
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27 janvier 2021

Pavie Zygas (1949 -) : La petite fille et la mort

  La petite fille et la mort   Dans un cimetière sur une tombe elle demeure allongée   parfois elle se dresse quand on passe et s’assied mais jamais jamais elle ne pardonne         Passage sentes ténues éphémère extinction de l’être   sanctuaire du soir   la patte crépusculaire se pose sur la branche les pierres la courbe d’une tige toutes nous glissons dans l’ombre       Pourtant j’ai mangé de ta chair et bu de ton sang, mère     ... [Lire la suite]
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25 janvier 2021

Virginia Pésémapéo-Bordeleau (1951 -) : Je te veux vivant

    Je te veux vivant   Ces mots arrachés à pleine pages, Déracinés de leur boue, Ils portent mon mal et ma peur Qui rampent sur ta vie, Sur la mienne.   Nous n’aurons pas ce temps des amours Qui veillent auprès des flammes, Qui jettent les branches sur le feu, Afin que le froid se dérobe.   Il y a déjà ce seuil familier, Emprunté par mon père, Attendu par ma sœur, Espéré par ma mère, Imprévu pour mon frère, Déchirure pour mon fils.   Leur âme me percute Au cœur de mes nuits, Me... [Lire la suite]
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21 janvier 2021

Evdokiya Petrovna Rostopchina / Евдокия Петровна Ростопчина: « Vous penserez à moi... » / « Вы вспомните меня когда-нибудь... »

  Vous penserez à moi, mais il sera trop tard, Vers mes steppes déjà je serai repartie ; Pour longtemps, pour toujours, cachée à vos regards. Mon image, soudain par l’absence éclaircie, Vous penserez à moi, mais il sera trop tard.   Vous passerez devant la maison triste et vide, Où vous trouviez toujours un chaleureux accueil Et vous demanderez, arrêté sur le seuil : « Elle n’est donc plus là ? » La calèche rapide Vous emportant, à moi vous penserez trop tard !     ... [Lire la suite]
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16 janvier 2021

Andrée Chedid (1920 – 2011) : Démarche

  Démarche   Nul n’a vécu le fond d’une rose l’espace d’un océan Ou le lieu de son corps Nul n’entrevoit l’écart entre le nœud et l’écorce Ne démêle l’écheveau de l’ombre et de la fleur   Les nuits martèlent nos clairières Le jour abreuve nos ravins   Nul chemin n’est plus heurté que le nôtre Mais nul plus souverain   In, « De tout les lieux du Français » Fondation d’Hauvilliers pour le dialogue des cultures, 1975 Voir aussi : Le cœur naviguant (26/01/2017)   L’escapade des... [Lire la suite]
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12 janvier 2021

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : « La bannière de mon corps... »

 C   La bannière de mon corps flotte au vent brandebourgeois. Une vieille femme veut entrer dans ma chambre, je la vois à travers la porte, sa main de feutre rouge appuyant en vain sur le loquet ; des parcelles de ses cris me parviennent comme la chanson barbare d'un violon reprisant la nuit ; Je vais lui glisser une rose sous la porte. une rose de sang noir, peut-être partira-t-elle ? Et je pourrai me vautrer dans le hamac de mûrier mais sa voix hoquète : Ophélie Je m'appelle Ophélie, ouvrez-moi, O-phé-lie… —... [Lire la suite]
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10 janvier 2021

Renée Vivien (1877 – 1909) : Le toucher

   Le toucher   Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches. Voilé comme une femme, évoquant l’autrefois, Le crépuscule passe en pleurant... Et mes doigts Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.   Mes doigts ingénieux s’attardent aux frissons De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale... L’art du toucher, complexe et curieux, égale Les rêves des parfums, le miracle des sons.   Je suis avec lenteur le contour de tes hanches, Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés. Mon... [Lire la suite]
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03 janvier 2021

Alicia Suskin Ostriker (1937 -) : Huitième et treizième / The Eighth and Thirteenth

  Huitième et Treizième     La Huitième de Chostakovitch, Mise en musique du comble De l’horreur qu’offre l’histoire, A été rediffusée hier soir Sur les ondes nationales. Seule Devant mon vin, j’ai bu Cette sombre symphonie Jusqu’à la lie sordide. Le compositeur Accentue les tierces mineures, l’avalanche Des cuivres s’abat sur l’ensemble en grumes Tout juste retranchées de leur forêt, qu’emportent Courant et chant de bateliers. Comme des corbeaux  Qui sentent venir la viande, Les hautbois volent... [Lire la suite]
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17 décembre 2020

Joyce Mansour (1928 – 1986) : La cuirasse

  La cuirasse   Quand la guerre pleuvra sur la houle et sur les plages J’irai à sa rencontre armée de mon visage Coiffée d’un lourd sanglot Je m’étendrai à plat ventre Sur l’aile d’un bombardier Et j’attendrai Quand le ciment brûlera sur les trottoirs Je suivrai l’itinéraire des bombes parmi les grimaces de la foule Je me collerai aux décombres Comme une touffe de poils sur un nu Mon œil escortera les contours allongés de la désolation Des morts brasillants de soleil et de sang Se tairont à mes côtés Des... [Lire la suite]
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11 novembre 2020

Leanne O’Sullivan (1983 -) : Enfants du Cillínach / Children of the Cillínach

  Enfants du Cillínach (*)   Viens à nous avec des lis et des reines des prés, viens à nous de cœur et non de vue, cette palpitation d’amour toute douleur encore, dans le cercueil de sombre terreau de ton ventre.   Maman, j’ai reconnu ton poids et la longueur de tes mains douces alors que tu t’inclinais sur ce sol rude, à l’abandon. Je t’ai reconnue aux pâquerettes d’oubli   liées avec de la ficelle bleu et rouge. J’ouvre les yeux ; tu me regardes. Si jamais on m’autorise une voix tu me... [Lire la suite]
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