29 avril 2017

Joyce Mansour (1928 – 1986) : « Vous ne connaissez pas… »

  Vous ne connaissez pas mon visage de nuit Mes yeux tels des chevaux fous d’espace Ma bouche bariolée de sang inconnu Ma peau Mes doigts poteaux indicateurs perlés de plaisir Guideront vos cils vers mes oreilles mes omoplates Vers la campagne ouverte de ma chair Les gradins de mes côtes se resserrent à l’idée Que votre voix pourrait remplir ma gorge Que vos yeux pourraient sourire Vous ne connaissez pas la pâleur de mes épaules La nuit Quand les flammes hallucinantes des cauchemars  réclament ... [Lire la suite]
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28 avril 2017

Heather Dohollau (1925 – 2013) : L’après-midi à Bréhat

  L’après-midi à Bréhat   pour Tanguy   Débarquer dans l’île est une entrée en douceur. Comme si d’être tenue en main de mer faisait trembler une balance sensible, une respiration secrète.   On pénètre dans l’île par un chemin qui va vers l’intérieur. Avec la royauté des maisons sur leur socle rocheux et l’étonnement des arbres d’avoir si près d’eux le tout autre.   La lumière est une couronne placée par des mains invisibles sur notre tête à tous. Partout la mer est regard et l’île – une ... [Lire la suite]
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27 avril 2017

Pernette du Guillet (1520 – 1545) : « La nuit était pour moi si très-obscure… »

  La nuit était pour moi si très-obscure Que Terre et Ciel elle m'obscurcissait, Tant qu'à Midi de discerner figure N'avais pouvoir - qui fort me marrissait (*) :     (*) m’affligeait Mais quand je vis que l'aube apparaissait En couleurs mille et diverse, et sereine Je me trouvai de liesse si pleine - Voyant déjà la clarté à la ronde - Que commençai louer à voix hautaine (*)      (*) à haute voix Celui qui fit pour moi ce Jour au Monde.     Rymes de gentile, et... [Lire la suite]
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25 avril 2017

Marceline Desbordes – Valmore (1786 -1859) : Les séparés

  Les séparés   N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre. Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau. J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre, Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.                               N'écris pas!   N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes. Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je... [Lire la suite]
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24 avril 2017

Louise Labé (1524 – 1566) : « Tant que mes yeux… »

  Tant que mes yeux pourront larmes épandre, A l’heur passé avec toi regretter : Et qu’aux sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre :   Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignard Luth, pour tes grâces chanter : Tant que l’esprit se voudra contenter De ne vouloir rien fors que toi comprendre :   Je ne souhaite encore point mourir. Mais quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante,   Et mon esprit en ce mortel... [Lire la suite]
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20 avril 2017

Christine de Pisan (1361 – 1430 ?) : « Seulette suis… »

  Seulette suis et seulette veux être, Seulette m'a mon doux ami laissée, Seulette suis, sans compagnon ni maître, Seulette suis, dolente et courroucée, Seulette suis, en langueur mesaisée (*),            (*) mal à l’aise Seulette suis, plus que nulle égarée, Seulette suis, sans ami demeurée.   Seulette suis à huis ou à fenêtre, Seulette suis en un anglet muciée (*),,             (*) cachée Seulette... [Lire la suite]
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19 avril 2017

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : « Des soleils noirs… »

    Des soleils noirs Les soleils noirs Millions de soleils noirs Girent dans le ciel Dévorent le ciel S’abattent sur les pavés Eventrent les églises du Bon Dieu Eventrent les hôpitaux Eventrent les gares Comme de visqueuses méduses Eventrent les eaux des ports Poussent sur les visages des femmes Poussent dans les mains des hommes qui ont des mains Poussent effroyables jouets dans les mains des enfants Mille soleils de faims inassouvissables Mille soleils de vertige et de douleur Mille soleils de... [Lire la suite]
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15 avril 2017

Anna-Elisabeth de Noailles (1876 – 1933) : « T'aimer… »

  T'aimer. Et quand le jour timide va renaître, Entendre, en s'éveillant, derrière les fenêtres, Les doux cris jaillissants, dispersés, des oiseaux, Éclater et glisser sur la brise champêtre Comme des grains légers de grenades sur l'eau... - T'espérer ! Et sentir que le golfe halète En bleuâtres soupirs vers le ciel libre et clair ; Et voir l'eucalyptus, dans la liqueur de l'air, Agiter son feuillage ainsi que des ablettes ! - Voir la fête éblouie et profonde des cieux Recommencer, et luire ainsi qu'au temps... [Lire la suite]
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14 avril 2017

Sabine Sicaud (1913 – 1928 ) : Vous parlez ?

  Vous parlez ?   Vous parlez ? Non. Je ne peux pas. Je préfère souffrir comme une plante, Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul. Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.   Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul. Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.   La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire ? Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on... [Lire la suite]
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13 avril 2017

Andrée Chedid (1929 – 2011) : Je t’aime, hostile oiseau

  Je t’aime, hostile oiseau   Ce n’est pas de mourir que nous mourrons   Mais de porter le jour en mille échardes D’être la proie d’un seul de nos visages De tenir nos maisons pour le lieu   Ce n’est pas de mourir que nous mourrons   Mais de l’écume qui perd mémoire de ses tempes d’océan   De l’herbe forcée dans son repaire Des plaines que l’heure racornit   Gorgés de forêts insondables De n’en dévoiler qu’un rameau Et du hasard, Atoll qui se réduit   Vie tigrée sur nos... [Lire la suite]
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