17 juillet 2018

Françoise Ascal (1944 -) : « Des orages, chaque jour... »

  Des orages, chaque jour, qui métallisent le paysage. Lumière implacable qui jaunit la gamme des verts frais d’avril – ces verts que j’ai longuement contemplés dans les toiles du musée de Colmar et de Bâle, sur ces robes moyenâgeuses, austères, d’où émerge un long cou blanc, un visage qui ne sourit pas, se détachant sur fond de tenture pourpre. Oui, vert de Bâle, ainsi je le nomme, et l’aime, et rêve de m’en vêtir à mon tour. Il y entre un soupçon de moutar- de, une pointe de bronze, et c’est exacte- ment cela que... [Lire la suite]
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06 juillet 2018

Marceline Desbordes – Valmore (1786 – 1859) : Elégie

  Elégie J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu.  Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ;  Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu,  Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne.  Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ;  Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre ;  Mon être avec le tien venait de se confondre ;  Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.    Savais-tu ce prodige ? Eh bien, sans te... [Lire la suite]
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01 juillet 2018

Catherine Pozzi (1882 - 1934) : Scopolamine

  Scopolamine   Le vin qui coule dans ma veine A noyé mon cœur et l'entraîne Et je naviguerai le ciel À bord d'un cœur sans capitaine Où l'oubli fond comme du miel.   Mon cœur est un astre apparu Qui nage au divin non pareil. Dérive, étrange devenu ! Ô voyage vers le soleil — Un son nouvel et continu Est la trame de ton sommeil.   Mon cœur a quitté mon histoire Adieu Forme je ne sens plus Je suis sauvé je suis perdu Je me cherche dans l'inconnu Un nom libre de la mémoire.     ... [Lire la suite]
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25 juin 2018

Angèle Vannier (1917- 1980) : J'adhère

  J'adhère        J'adhère au chant du berger solitaire qui use du bois de son propre corps pour alimenter le feu créateur      J'adhère au voyou à l'oeil louche qui jette son mégot contre une meule de paille pour griller l'antre du métayer      J'adhère à la jeune fille qui se noie dans les eaux inférieures pour un simple chagrin d'amour      J'adhère à la chute des eaux supérieures qui lavent notre crasse et fait des vierges avec... [Lire la suite]
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06 mai 2018

Marie-Noël (1883 – 1967) : Attente

  Attente   J’ai vécu sans le savoir,        Comme l’herbe pousse… Le matin, le jour, le soir        Tournaient sur la mousse. Les ans ont fui sous mes yeux        Comme, à tire-d’ailes,        D’un bout à l’autre des cieux Fuient les hirondelles… Mais voici que j’ai soudain        Une fleur... [Lire la suite]
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22 avril 2018

Jeanine Baudenine (1946 -) : Plaisirs d’O

  Plaisirs d’O   Ne rien laisser qui ne s’écoule sans sertir du doigt     cette pâle lueur d’entre les ombres ce reflet rond     cette goutte de sueur sur les hanches.   Appelants, appelés     et jusqu’aux lèvres porter cette eau     perles odorantes qui roulent de points cardinaux en points cardinaux.   De la bouche et des yeux, le ciel se déformant dépliant son essor     Le cavalier chevauchant... [Lire la suite]
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22 mars 2018

Joyce Mansour (1928 – 1986) : Trous noirs

  Trous noirs   Nommer une blessure avant qu’elle ne suppure Partout l’objet du mépris saigne et pustule à bon escient Nommer l’infamie rose sous ses dentelles avant qu’elle n’implose Partout l’homme se met à genoux pleure et transpire flétri par le deuil solitaire Partout le malaise fleurit L’empire du cadavre s’étend Nommer une fosse une fois recouverte semer dessus des glands et passer votre chemin car la mort est contagieuse et son nom souillera vos lèvres vos lèvres votre langue votre bouche votre... [Lire la suite]
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13 mars 2018

Pernette du Guillet (1520 – 1545) : « Jà n'est besoin que plus je me soucie …

  Jà n'est besoin que plus je me soucie  Si le jour faut, ou que vienne la nuit,  Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie : Car tout cela certes rien ne me nuit,  Puisque mon Jour(1) par clarté adoucie  M'éclaire toute, et tant, qu'à la minuit  En mon esprit me fait apercevoir  Ce que mes yeux ne surent oncques voir.    (1) mon Jour : c’est le surnom que Pernette du Guillet donne au poète Maurice Scève   Rymes de gentile, et vertueuse dame D. Pernette Du Guillet,... [Lire la suite]
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05 mars 2018

Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Descendre à la mer… »

  Descendre à la mer A travers la verdure Où la chaleur flambe Sous un ciel qui dit bleu Comme pour la première fois   Entre mer et ciel Sur des appuis invisibles Légèrement penchée Passe par la terre L’échelle des anges   Matière de lumière, Editions Folle Avoine, 1985 Voir aussi :  « Matière de lumière les murs… » (14/01/2017)  « Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017) « De mon lit… » (21/03/2017) L’après-midi à Bréhat (28/04/2017) ... [Lire la suite]
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07 février 2018

Sabine Sicaud (1913 – 1928) : Chemins du Nord

  Chemins du Nord   Lorsque « je pâlissais au nom de Vancouver » et que j’étais du Nord, trop de froid traversait ma pelisse d’hiver et mon bonnet de bêtes mortes. Mes frères chassaient les oursons jusqu’au fond des grottes de fées; du sang parlait sous leurs trophées, les Tomtes se cachaient, le vent hurlait aux portes et la glace barrait les fjords lorsque j’étais du Nord. Murs blancs du froid, prison. Je ne voyais jamais passer Nils Holgerson. Selma, Selma, pourquoi m’aviez-vous oubliée? Il fallait... [Lire la suite]
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