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Parler toute seule

 

EPITOME

 

Ce que tu éveilles de saisons mortes, moineau

qui picore de ci de là

n’a rien à faire de lui-même

parfois je le regrette

 

rire tout seul

pensées fluctuantes il nous faudra mourir

 

vivre on peut nommer cela

un arc cruel

formes ténues

passant sans cesse d’un désir à l’autre

sans motif

sans fruit

 

 

 

Brûlera-t-elle encore

l’arrogante lune d’été ?

 

lune d’hiver

brasier pâle

kaki rouge sur la neige

 

me poursuit désormais

la rigueur de la flèche

 

 

 

Amer amer et amer assez délayé le fiel

dit la mort il faut le boire

 

sur mes doigts les larmes acides

qui ne fleurissent pas

 

 

 

mon cœur mâle et femelle

guette et n’a pas d’état d’âme

tapi dans le fourré

 

la mort est partout

parfois intimement courte

celle de l’éphémère

rouge gorge d’hiver tué contre la vitre

chenilles sous le pied

la mort quatre doigts

de la main

 

 

 

Je pèse mes mots

 

centre

obscur

source

lumière

sang

corps

eaux

 

le fléau frémit

juste poids juste balance

 

 

 

Inspirer

expirer

derrière les portes du corps

le labeur

de la vie de la mort et dehors

mon œil

anémone océane

 

ma muse Ataraxie

 

 

 

Parler toute seule remuer le sable

déplacer les pierres

un peu de l’irradiant défi

s’éteint

les grand fruits verts du  catalpa

pendent tout droit

le rouge gorge s’agite

étrange paix

qui ne va pas sans peine

au-dessus de ma tête

battent les ailes du septentrion

 

aujourd’hui premier novembre

face à rien

à la pointe extrême

l’air lui-même devient cendre

 

 

 

Amour laisse mes yeux

animer un moment ce tas informe qu’est le monde parfois

laisse mes yeux se rappeler la cible

 

comme ce fut un soir d’été

dans l’air déchiré

de cigales

où le voisin dos tourné

ton port ta minceur le profil de ta joue

riait avec les enfants

sous ma fenêtre

 

brusquement

tombe la lumière du corps absent

 

 

 

Lumière sourde la ligne d’une joue

comme un signe peint

périssable perfection tirée sur le néant

et jamais l’étonnement ne cesse

 

présent obscur

dressé dans son obscure forme

- talus des bois troué d’énigmes

le corps aimé nous porte

où nous devons aller, simples mortels

en arrière en arrière

par la porte d’Apsù

 

 

 

Rouges camélias

les mots flottent ce sont des fleurs

têtes coupées qu’on voit passer dans le courant

ce sont des fleurs

sur les marches de pierre

dans le printemps

à Shishigatani

 

discipline des mots

pétales de l’être

 

ou

                        déréliction

 

In, Revue « Moriturus, N° 5, Août 2005 »

Editions fissile, 09310 Les Cabannes

Voir aussi :

La petite fille et la mort (27/01/2021)