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Les fileuses d’étoupe (IV)

 

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C’était, je crois, l’heure de notre rencontre

Sur les pics et les ravins couvant le feu

 

Couvrant tes paroles de poésie

          plus rouge

que les sentiers de mûres

 

Où naguère je m’en allais

 

 

 

L’espoir en ce temps de mûres

était plus vif

 

Que le poulain des nuits de Beltaine

enfui sous le futaies vertes

 

Plus dangereux aussi

 

 

 

Souviens-toi souviens-toi

du tremblement des nids

Dans les buissons de rosée

 

Les feuilles qui s’envolaient par la blessure

Laissant pendants les fruits aux ronces

 

 

 

Gravés au rouge

Sur les taillis brillants de l’horizon

Alignés

Les grains s’échappent

en un éclair

 

Et les larmes

 

 

 

Le jour de l’Avant-Pâques

J’ai marché dans le souffle des vents

Et des premières fleurs

Avec moi les poulains

Blancs comme neige

S’en allaient

 

 

 

Tu auras toujours mon aide

Le manger et le boire

Sur les tables de Mai

Parmi les pommiers verts

Où, assise,

Sur une chaise de bois,

Je ne cesse de t’attendre

              * * * * *

 

 

 

Cortèges sauvages des chemins

Qu’un azur plus mouvant ferait s’évanouir

 

 

 

Sur les routes, les chevaux aux crinières célestes

S’agenouillent sur les marches des calvaires

 

 

 

Avec les cris des râles sur les tertres

A ras des flots

 

Avec les cris des chiens d’Arawn aux oreilles rouges

Quand nous longeons les vagues

 

Où croissent les améthystes

 

 

 

Mugissements candides

Le soir

Au-dessus des prairies

 

Dans les rivières

Le cœur se charge de boue

 

 

 

Et de loin

Regardons

 

La terre qui s’incarne

 

 

 

O Saint-Ange

          Qui

Voyant revenir l’Automne

Se désespère devant l’ouest ensanglanté

 

 

 

Passent les grands charrois d’automne, l’amour,

          la neige, le viol et les grands froids

Tous les forfaits du cœur, toutes les mélancolies,

L’Ardeur inoubliable de tout ce qui fut beau,

          égaré comme les feuilles sur les glèbes,

Passent les sens et les soupirs de l’Ange

Sur les chemins immenses, de l’autre côté du monde

Et l’angoisse de nos rêves marqués de cet amour

 

Des quatre coins du monde jaunis sous la tourmente

Les yeux ne servent plus

 

A peine si on décèle la Vierge dans le Loup

 

1974-1975

Les fileuses d’étoupe

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017) 

Les fileuses d’étoupes (I) (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

Mémoire des dunes (06/10/2019)

Les fileuses d’étoupes (II) (06/10/2020)

Les fileuses d’étoupes (III) (04/04/2021)