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Ciels

           pierres

                          saisons

 

 

Folles hirondelles qui peuplent

tes ruelles d’enfance

          portées d’automne

entre les poteaux de tous les partir

 

leurs têtes indigo

striées de trajectoires

                          et de cris.

 

 

 

 

Saisons des ciels     soirs

pierres promises

dans les étangs

les étoiles tombent

 

saison de nuages       fous

entre les tombes

nuit   errant au matin

vers quels rivages ?

 

saison de terre                écalée  

ornières à nue

dès l’aube abreuvée

aux lèvres du monde.       

 

 

 

 

Sésame du voyage  

                       paternelle la langue.

 

 

 

 

L’île n’en finit pas  

d’ouvrir ses impasses à d’autres horizons

où de longs doigts de lierre écartèlent les murs

 

de son corps ponctué de sels et de brisants

tu guettes des nuées

                            la partance têtue.

 

 

 

 

Peu avant le printemps

le ciel traîne ses blancheurs migratoires

une dernière branche casse au cerisier

nu     la petite chèvre tient jusqu’au matin

dans les friches du jardin     une flaque s’attarde

l’oiseau boit la lune

 

des loups hurlent dans les écorces

les feuilles poussant leurs cornes tiendront jusqu’à

l’automne          qui chantonne ?

rien ne s’avoue encore ni

une hirondelle ni le sang du ciel

pas même la faiblesse des crocs sur une chair

chauffée à blanc

 

c’est     peu après l’hiver

inaudible

naît ou meurt sans qu’on sache

un bruit de dents           de hordes

d’oubli          d’abandon

une absence de saison.

 

 

 

 

Il semble qu’il fasse beau

                                              sauf

ce geste d’abandon d’une branche

obstinée à la noirceur la nudité

                                                     sauf

ce résidu d’ailes broyées ressurgi

de la terre en travail

                                      sauf

ce halètement du souffle

qui convainc de l’inavouable

 

 

 

 

Posée

libellule mobile     vol

d’été

d’ailes arrachées à la terre n’osant

ni le ciel      ni

la poussière.

 

 

 

 

Immobile

insecte sur marche de granit

 

la fenêtre crisse

dans l’ombre sans pardon

 

il pleut

l’été achève ses délires à coups de vent lourd

 

l’âme s’épuise     à bras le corps

 

vivre mot-couteau fièvre sourde

palpitement où point l’orage

 

inaudible agonie d’une aile

dans un crépitement de clous.

 

 

 

 

L’enfance rêve au jardin              torrent

 

le ciel en pleure    elle glisse

 

le long des murs         oublie

la maison où la lumière vient de s’éteindre

 

un crapaud furtif annonce la nuit

la terre chuchote

 

elle marche aux larmes             s’évanouit

revient vers le seuil où la mort patiente

 

les pierres plongent leurs racines

dans la blancheur du matin.

 

 

 

 

Un jour l’automne

 

attente de la pluie          soir

de la nuit      fin des fruits et des histoires

que l’été raconte à l’enfance même si

 

dans le gris d’octobre palpite un soleil tenace.

 

 

 

 

Un vol de paupières obscurcit l’horizon

bleus les yeux du père sève des regards

sa mort livre au noir

 

tu cherches sous les pierres l’étoile

abolie.

 

 

 

 

L’impatience a défait les fleurs

du jardin monte une douceur frileuse

des marais semblent aux portes

de la maison          on perd ses cheveux

une robe d’été change de place

de laineux parfums envahissent la chambre

les signes se font rares        tout est à craindre

du ciel à l’eau violente

 

en tombant les derniers fruits laissent

la voix des morts saisir nos mains.

 

 

 

 

Blancheurs chavirées de l’automne les nuées

glissent dans les blessures du ciel

 

les fraisiers sanglants au jardin abandonnent

l’espérance d’une tardive floraison

 

les arbres sont mouvantes peintures accrochées

aux vitres de l’innocence

 

sur la cour des enfants s’empoignent pour

ne pas pleurer

 

dans l’ombre embuée de la nuit

une femme entre

                            lente saison

 

 

 

 

Il est des jours sans rives

des jours de paupières sur le ciel bleu

que les oiseaux la nuit

transpercent

dans l’angle mort de l’ombre.

 

 

 

 

Ne plus savoir s’il a fait froid

si les nuits étaient amères

si dans les rues sourdes

                     on était de bois

de peur

 

et le jour finissant

où dans la ferveur d’une aurore

farouchement

         s’en remettre à la lumière

du désastre.

 

 

 

 

Le matin qui s’étonne

de la voûte à grande eau lavée par la douleur

livre aux vents la chambre vide

 

temps de tirer la porte

sortir de ses gonds

             son battant d’amours mortes.

 

 

 

 

Dans le soir qui comparaît

quelle prière native

                       scelle la parole ?

 

 

 

 

Départ

d’entre les murs les tombes

les meubles

les saisons

 

dan le grand jardin la mère

à l’abandon.

 

 

 

 

Décalage

 

dans le ciel courant l’heure du soleil cherche à te rattraper

la nuit craque d’impossibles blancheurs    éclairs d’orages

 

l’avion bat coeur chaud sous l’aile métallique le temps

     d’en bas

croît     nous saisit    s’éloigne

 

l’enfant dit :

nous irons       plus vite que le jour dans la grande nuit.

 

 

 

 

Nous nous quittons encore bien après le partir

les ponts      veines     sont tranchés

nos poignets vendangés

la nuit     laine      appuie sur mes épaules

                                                 son larcin de désir.

 

 

Ton ventre est l’océan

Editions Bruno Doucey, 2011

Voir aussi :

Graines plumes coquillages (19/08/18)

Amer III (25/08/2019)

Amer I (25/08/2020)