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 C

 

La bannière de mon corps flotte au vent brandebourgeois.

Une vieille femme veut entrer dans ma chambre, je

la vois à travers la porte, sa main de feutre rouge

appuyant en vain sur le loquet ; des parcelles de

ses cris me parviennent comme la chanson

barbare d'un violon reprisant la nuit ;

Je vais lui glisser une rose sous la porte.

une rose de sang noir, peut-être partira-t-elle ?

Et je pourrai me vautrer dans le hamac de

mûrier mais sa voix hoquète : Ophélie

Je m'appelle Ophélie, ouvrez-moi, O-phé-lie…

— Que m'importent ses contorsions grotesques

Quel mensonge me porte-t-elle ? Pourquoi ne

me le tend-elle pas à travers ces feuilles de

sable comme elle me tend son nom… Ophélie,

Ophélie, son ombre ricoche dans l'aura de

mon crépuscule. Ophélie, sa voix grince comme

la crécelle des lépreux, phélie, phélie …

 

Alphabets de Soleils

Editions Seghers, 1952

Voir aussi :

« Des soleils noirs… » (19/04/2017)

« J’ai plongé mon avide soif… » (12/01/2018)

« Les ancolies d’ébène... » (12/01/2019)

A Vincent Van Gogh (12/01/2020)