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Les fileuses d’étoupe (II)

 

 

Au lever du soleil le pommier ne porte qu’une

     seule fleur

Puis deux, puis trois, puis cent, puis mille

Qui gonflent avec l’écume de la mer

 

Engourdi du nectar de l’abeille endormie

Ton corps

Repose sur le sol de poussière, dans les trous

     des broussailles

Et le mouvement des feuilles

 

 

 

 

Et me voici fleur unique sur l’unique pommier

     de la mer

La voile qui soutient le bateau est le soleil

Et le soleil est ton gland

 

 

 

 

L’Ange dort sous l’arbre du monde

Sa verge petite comme un orvet

 

Et les étoiles d’été très hautes

 

* * * * *

 

Lorsque nous entrerons dans l’auberge, couverts

     de papillons,

Que diront les logeurs à me voir venir

Poivrote et appuyée aux branches

Sous les ombres magiques des noisetiers

 

Nue dans les loques des feuilles de l’été

Mes cheveux tombant parmi les bris de l’herbe

 

Et ma voix rauque

 

 

 

 

Hors le silence d’une extase imparable

Dirai-je, ouvrant mes yeux de glace,

Qu’il n’ y a pas d’issue au sacre que je porte

 

 

 

 

Dans nos geôles de lumière

Il y a le vent sombre et tout ce qui nous excède

 

Ces ballots de bruyère

Dont ils nous envient la magnificence

Et qui nous arrêtent au passage

 

 

 

 

N’entends- tu pas mon cri de bataille

Quand venu le temps de l’aube

Je pénètre le royaume des Glaces et des Sangliers

     éclatants ?

 

 

 

 

 

   Ange Noir

aux yeux toujours ouverts

Je t’appelle par ton nom

Sur la mer et sur les glaces :

enfant de brume, chien, ivrogne

 

Et les nuages sales, impassibles et muets,

Pataugent et s’engraissent

Au fumier de la nuit

 

 

 

 

Sur les icebergs de Vesteralen

Les poissons perdent le sang de leurs ouïes

 

Et sur les trente et une îles du voyage de Mael Duin

Les traces de bêtes mystérieuses marquent comme

     le bleu de Chartres

 

La barre de mercure horrifie mes cheveux

Dans ce grand morceau d’absence, ce drap de gel

    et de bure,

Cette lande brûlante où les arbrisseaux ne mènent

     plus Combat

 

 

Les promesses ont passé

 

Sur le lit de la terre déchiré des labours de l’amour

Au sein des sillons pourrissants, on voit les cheveux

    de nos morts

Que guettent les oiseaux de Gwendollen nus sur

     les feuilles durcies des buis

 

 

 

 

L’oiseau a traversé le froid,

L’hiver, la nuit, les batailles des nuages ;

Son bec portait quelque chose

Que le voyage avait flétri parmi les glaces

 

J’appelle à moi l’oiseau

Afin qu’il nous rapporte

La chose étrange qui nous avait été annoncée

 

Et plus tard,

Il portait des miettes de notre destin

 

 

 

 

O l’adieu sous l’attelage funèbre du ciel

Le dos tordu des nuages

 

Au Champ Sainte-Anne

Les saxos soufflent avec leurs becs de bois

 

 

 

 

Et nos corps affranchis tombent

Dans un inconnu de pommiers délabrés de leurs mousses

 

 

 

* * * * *

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Les fileuses d’étoupe

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

Voir aussi :

« Nous ne sommes plus rien… » (29/01/2017) 

Les fileuses d’étoupes (I) (18/10/2017)

Mésange (06/10/2018)

Mémoire des dunes (06/10/2019)

Les fileuses d’étoupes (III) (04/042021)

Les fileuses d’étoupes (IV) (05/10/2021)