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 Une prière

 

Je me réveille à l’aube et ma prière

Est un poison amer.

J’appelle le déluge une nouvelle fois

A projeter plus haut que les tours et les toits

Tous les flots de la mer,

Que ne puise voguer nulle arche secourable.

 

O ! comme il sera bon le frôlement glacé

De la mort.

Peut-être éteindra -t-il la souffrance amassée

Dans nos corps,

Les décombres du cœur, la honte de mâcher

Le pain, au bord

Des cendres par monceaux de nos frères et sœurs.

 

O ! comme il sera bon de toucher les nuages

Dans cette nage d’agonie,

Sentir peut-être en moi cette douceur descendre :

Entendre de ces corps dont volèrent les cendres

Une voix pure.

J’apaiserai – fermant le cercle de la vie –

Le cri de leur blessure.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski

In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple »

Editions Gallimard (Poésie), 2000

De la même autrice :

Dieu de miséricorde (19/09/2019)