emily-bronte[1]

Viens-t’en avec moi

 

Viens-t’en avec moi ;

Il n’est plus que toi

Dont mon cœur se puisse réjouir ;

Nous aimions par les nuits d’hiver

Errer dans la neige :

Si nous renouvelions ces vieux plaisirs ?

Noires et folles, les nuées

Tachent d’ombre, là-haut, les terres élevées

Comme elles faisaient autrefois,

Et ne s’arrêtent que là-bas,

A l’horizon confusément amoncelées,

Tandis que les rayons de lune

Si prestement luisent et fuient

Qu’à peine pouvons-nous dire qu’ils ont souri.

 

Viens avec moi – viens te promener avec moi ;

Nous étions bien plus autrefois,

Mais la Mort nous a dérobé nos compagnons

Comme le Soleil la rosée ;

Oui, la mort les a pris un à un, nous laissant

Tous deux seuls désormais ;

Aussi mes sentiments se voudraient-ils aux tiens

Nouer étroitement, n’ayant d’autres soutien.

 

« Non, ne m’appelle pas, cela ne saurait être ;

L’Amour serait-il si constant ?

La fleur de l’Amitié peut-elle dépérir

Pour revivre après de longs ans ?

Non, quand même le sol est humide de larmes

Et si belle qu’elle ait pu croître ;

Car la sève une fois tarie, son flux vital

Ne s’épanchera jamais plus :

Mieux encore que ne fait l’étroit cachot des morts

La Terre sépare le cœur des hommes. »

(Printemps 1844)

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,

In, Emily Brontë : Poèmes (1836 – 1846)

Editions Gallimard, 1963

 

Come, walk with me

 

Come, walk with me ;

There's only thee

To bless my spirit now ;

We used to love on winter nights

To wander through the snow.

 Can we not woo back old delights?

The clouds rush dark and wild ;

They fleck with shade our mountain heights

The same as long ago,

And on the horizon rest at last

In looming masses piled;

While moonbeams flash and fly so fast

We scarce can say they smiled.

Come, walk with me-come walk with me;

We were not once so few ;

But Death has stolen our company

As sunshine steals the dew ;

He took them one by one, and we

Are left the only two;

So closer would my feelings twine

Because they have no stay but thine.

 

« Nay call me not - it may not be ;

Is human love so true?

Can Friendship's flower droop on for years

And then revive anew?

No ; though the soil be wet with tears,

How fair soe'er it grew ;

The vital sap once perished

Will never flow again ;

And surer than that dwelling dread,

The narrow dungeon of the dead ,

Time parts the hearts of men. »

 

C. W. Hatfield : « The Complete Poems of Emily Jane Bronte,

Revised from Manuscripts »

Columbia University Press, New-York, 1941

Voir aussi :

Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (02/03/2017)

Le soleil est couché / The sun has set (05/04/2017)

« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey…” (01/08/2018)

« Mon plus grand bonheur... »  / « I’m appiest… » (30/06/2019)

« Je viendrai quand ... » / « I’ll come when …» (02/08/2019)