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à Tal-coat

 

F

AILLE

 

Je suis celui qui marche

vers les sommets

à l’heure tremblée de midi

quand les chiens de soleil

dévorent la montagne

et que le regard se tait

entre les paupières épuisées de lumière

 

C’es l’heure où émergeant de la brume

d’étranges animaux

se couchent à l’horizon

têtes et corps emmêlés

frémissements de croupes et de dos

 

Leurs flancs gris portent les traces

de cicatrices anciennes

et leurs mufles sans âge

striées de fissures

de crevasses

racontent les ruptures primitives

de la terre et des rocs

 

Je suis celui qui marche

dans le temps arrêté

auprès de la montagne

où les troupeaux impassibles

boivent à même le ciel

la brûlure de l’été

 

Je suis celui qui passe

à travers la montagne

déchiffrant dans la roche

les signes originels

de blanc, de noir et d’ocre

 

C’est l’heure où le corps s’unit au rocher

où les doigts se lient à la pierre

Les pieds se posent en arabesques

s’élèvent en lignes lentes   en courbes fugitives

Les mains lissent les rondeurs tièdes

effleurent les creux   les pointes

et glissent dans les fissures humides et fraîches

Elles cherchent à tâtons le chemin des failles

qui montent vers les crêtes

 

Je celui qui passe

les abrupts, les ressauts

les dalles et les arêtes

 

A la croisée des failles

sur les traces de pierre

ivre du battement de mon cœur

dans le souffle du temps

 

Le chant des pierres et de l’eau

Editions Samizdat, 1218 Grand-Saconnex (Suisse)