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Les uns échangent des caresses de regards,

Les autres boivent jusqu'aux premières lueurs,

Mais moi, toute la nuit, je négocie

Avec ma conscience indomptable. 

 

Je dis : "Je porte ton fardeau,

Et il est lourd, tu sais depuis combien d'années."

Mais pour elle le temps n'existe pas,

Et pour elle il n'est pas d'espace dans le monde. 

 

Voici revenu le sombre soir du carnaval,

Le parc maléfique, la course lente du cheval,

Le vent chargé de bonheur et de gaieté,

Qui s'abat sur moi des pentes de ciel. 

 

Au-dessus de moi, un témoin tranquille

Montre sa double corne...Oh, m'en aller,

Par la vieille allée du Pavillon chinois,

Là, où l'on voit des cygnes et de l'eau morte. 

1936.
Léningrad. 

 

Traduit du russe par Jean-Louis Backès

In, Anna Akhmatova « Requiem, Poème sans héros et autres poèmes »

Editions Gallimard (Poésie), 2007

 

Voir aussi :

Troisième élégie (28/02/2017)

Epilogue, I / эпилог, I (06/04/2017) 

Solitude / Уединение (05/08/2017)