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     J’ai plongé mon avide soif dans l’algue de ton corps sur l’enclume reposé,

splendide charogne, trésor des Galapagos j’ai plongé mes mains dans tes

entrailles en ai retiré  la robe de pierres de la Dame Noire, pierres d’herbes,

d’eau et de ciel, pierres de fils et de soleil.

     J’ai plongé mes mains dans ton ventre, en ai retiré le cheval de bois blanc

comme un astre, avec son harnais de tulipe.

     J’ai plongé mes mains et mon visage dans ta chair pourrissante et j’en ai

retiré ton cœur rongé par un gros chat,  ton cœur qui continue à battre au creux

de mes mains plus vivant que le Kohi-Noor, plus précieux que le chariot de

la mer.

     J’ai embrassé tes seins roides, beaux comme la pérennité et ta bouche,

colchique de cendre, a dit : haine.

     Tes yeux me l’ont encore répété lorsque j’ai soulevé leurs paupières, oh !

Madeleine.

     Alors avec un tour j’ai creusé ta tempe nacrée. En jaillirent les brises

voraces qui de ton cerveau firent une loque d’azur.

 

Alphabets de soleil

Editions Seghers, 1952

Voir aussi :

« Des soleils noirs… » (19/04/2017)