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Berck plage 

 

Et voilà la mer, cette grande absence.

Le soleil – ventouse aspire ma brûlure.

 

Des sorbets aux couleurs électriques, puisés à même le gel

Par de pâles filles, courent le ciel en des mains écorchées

 

Pourquoi ce calme ? Que me cache-t-on ?

J’ai deux jambes et je vais souriante.

 

Un étouffoir de sable tue les vibrations ;

Il s’étend sur des milles, les voix amenuisées

 

Flottent irréelles et rétrécies à demi.

La ligne de vision, échauffées par les surfaces nues,

 

Revient en boomerang et nous blesse.

Pourquoi s’étonner de ses lunettes noires,

 

Pourquoi s’étonner de sa noire casaque ?

Et le voilà qui vient parmi les pêcheurs

 

Qui lui font un mur de leurs dos.

Ils manient ces verts et noirs losanges comme des lambeaux de chair.

 

La mer, qui les cristallise, recule et rampe,

En mille vipères qui sifflent de détresse…

 

Traduit de l’anglais par Laure Vernière

In, Sylvia Plath : « Ariel »

Edition des Femmes, 1978

Voir aussi :

L’agneau de Marie / Mary’s Song (09/03/2017)  

Lettre d’amour / Love letter (16/04/2017) 

 

Berck-plage

 

This is the sea, then, this great abeyance.


How the sun's poultice draws on my inflammation.



Electrifyingly-colored sherbets, scooped from the freeze


By pale girls, travel the air in scorched hands.



Why is it so quiet, what are they hiding?

I have two legs, and I move smilingly..



A sandy damper kills the vibrations;


It stretches for miles, the shrunk voices



Waving and crutchless, half their old size.


The lines of the eye, scalded by these bald surfaces,



Boomerang like anchored elastics, hurting the owner

.
Is it any wonder he puts on dark glasses?



Is it any wonder he affects a black cassock?


Here he comes now, among the mackerel gatherers



Who wall up their backs against him.


They are handling the black and green lozenges like the parts of a body.



The sea, that crystallized these,


Creeps away, many-snaked, with a long hiss of distress.