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L’après-midi à Bréhat

 

pour Tanguy

 

Débarquer dans l’île est une entrée en

douceur. Comme si d’être tenue en main

de mer faisait trembler une balance

sensible, une respiration secrète.

 

On pénètre dans l’île par un chemin

qui va vers l’intérieur. Avec la

royauté des maisons sur leur socle rocheux

et l’étonnement des arbres d’avoir si

près d’eux le tout autre.

 

La lumière est une couronne placée par

des mains invisibles sur notre tête à tous.

Partout la mer est regard et l’île – une

mesure de distance.

 

Habiter ici, c’est vivre dans la permanence

d’un désir jamais satisfait et toujours

comblé.

 

Les chemins bordés de haies vives aux

noms sauvages, ensorcellent les pas,

comme des flèches qui reviennent déjà.

 

Maintenant, au début de Novembre, les

jardins sont déserts et immaculés,

L’herbe est intensément verte.

 

Le cimetière est tout près de l’eau, un

mur le couronne. A l’intérieur dorment

ceux qui attendent leur  réveil dans un jour

autre et tendrement le même.

 

Sur la grève, les grands rochers se reposent

à marée basse, hors des importunités de l’eau. 

 

Le silence n’est jamais absolu. En ce moment

le chant d’un rouge-gorge déplie l’heure

de ses papiers immédiats et la suspend

à une étoile encore à venir.

 

Quelques feux brillent lentement en signe

de présence.

 

Plus tard au début de la traversée, la vedette

esquisse une manoeuvre de retour, comme si

le départ n’aurait jamais dû avoir lieu.

 

D’en face, où la mer est une rose de rien,

les ombres sur la grève regardent les

bateaux rentrer en traçant parmi les dés

de pierre leurs sillons de miroir. 

 

In, « Il fait un temps de poème

Textes rassemblés et présenter par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan

Voir aussi :

 « Matière de lumière les murs… » (14/01/2017) 

« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (11/02/2017)

« De mon lit… » (21/03/2017)

« Descendre à la mer… » (05/03/2018)