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Alors c’est vrai

tu veux m’attendre

attendre que j’aie semé le grain de mon panier

attendre que j’aie ramené à la maison les abeilles égarées

attendre que sur les bateaux, dans les villages, dans les usines

               on ait allumé torches et lampes à huile

attendre que j’aie lu les fenêtres brillantes ou obscures

               et que j’ai fini de dialoguer avec l’âme de la clarté et

                                                                       celle des ténèbres

attendre que les grands principes se transforment en chansons

attendre que le soleil vienne illuminer l’amour

et que l’immense Voie Lactée se précipite sur nous

tu veux encore patiemment m’attendre

en construisant un petit radeau de fidélité

 

Alors c’est vrai

tu ne changeras pas brusquement d’avis

même si mes mains délicates se couvrent de gerçures

               et si le rose de mes joues disparaît

même si ma flûte ne souffle plus que du sang

               et si glace et neige ne fondent pas pour autant

même si j’ai le fouet dans le dos et le précipice devant moi

même si les ténèbres m’attrapent avant l’aurore

               et si je sombre avec la terre

jusqu’à ne plus pouvoir laisser échapper un oiseau messager

                                                                                 de l’amour

malgré tout, ton attente et ta fidélité

sont bien le prix de tous mes sacrifices

 

laisse - les maintenant

tirer sur moi

je veux traverser sans me presser d’immenses territoires

pour venir à toi, à toi

le vent soulèvera mes longs cheveux épars

et je serai ton lys dans la pluie tourmentée

 

1981

 

Traduit du chinois par Jean – Rémy Bure

In « Le Ciel en fuite. Anthologie de la nouvelle poésie chinoise »

Editions Circé, 2004

 

Voir aussi :

  Au chêne (09/04/2017)

 

La perle, cette larme de mer (24/01/2018)