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J’ai vu des paysages refermés sur leurs forêts

Des nuits profondes comme des citernes

Des arbres qui taisaient dans l’ombre leurs secrets

Mais aujourd’hui les fenêtres du ciel

S’ouvrent sur une province inconnue

Où les blés montent plus haut que les étoiles

Où les fontaines au coin des rues

Fleurissent comme des lampes familières. 

Je goûte un pain meilleur que le silence

Et j’épelle les jours simplement pour le bonheur.

Qui parle de retour ?

Il faut saluer la vieille terre

Et pour le grand voyage préparer son cœur

Avant l’éclatement final des saisons.

J’ai peur d’être charmé par un reste d’aurore

Et je retarde l’heure verticale

Où je devrai sauter toute lumière éteinte

Dans l’eau brûlante du Seigneur

Mais je crois au port

Comme l’abeille à la ruche

Comme l’aile aux lois qui la portent

Car Dieu sur l’avenir allume l’espérance

Mieux qu’un million de phares sur la mer.

 

Cantate des nuits intérieures

Editions Pierre Seghers, 1958

Voir aussi :

« Ce soir / la nuit est bleue… » (18/01/2017)

« Ce printemps trop grand pour moi… » (03/04/2017)

Ilarie Voronca… (24/07/2017)