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Crépuscule

 

L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue

Où je serai l’étrangère en ma maison,

Où j’aurai sous le front une ombre inconnue

Qui cache ma raison aux autres raisons.

 

Ils diront que j’ai perdu ma lumière

Parce que je vois ce que nul œil n’atteint :

La lueur d’avant mon aube la première

Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.



Ils diront que j’ai perdu ma présence

Parce qu’attentive aux présages épars

Qui m’appellent de derrière ma naissance,

J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.



Ils diront que ma bouche devient folle

Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font

Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles

Sortent d’un silence insolite et profond.

 

Ils diront que je retombe au bas âge

Qui n’a pas encore appris la vérité

Des ans clairs et leur sagesse de passage,

Parce que je retourne à l’Éternité.



Chants d’arrière-saison,

Editions Stock,  1961

 

Voir aussi : 

Retraite (28/03/2017)

« Les chansons que je fais… » (09/05/2017)

Attente (06/05/2018)